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Centre national de ressources et d'information sur l'intelligence économique et stratégique

Historique de l'intelligence économique

Apparue pour la première fois au début des années 1990, la notion d’intelligence économique est le fruit d’une réflexion atypique, développée dans un premier temps en marge de l’institution et du monde de l’entreprise. L’idée d’un concept global visant à structurer la pensée théorique et pratique sur l’utilité de l’information est venue d’une rencontre entre des membres de la société civile et des politiques.

 En 1991, Edith Cresson, alors ministre des Affaires européennes, a pris connaissance d’une étude publiée par le ministère de la Recherche représenté par Thierry Gaudin et demande de développer cette réflexion dans un cadre plus collectif. De cette rencontre naît l’idée de créer un groupe de travail au Commissariat Général du Plan, sur le thème intelligence économique et stratégie des entreprises. Cette démarche originale, finalisée en 1994 par la publication du rapport « Martre », résulte de la volonté de dépasser les blocages qui ont freiné en France l’évolution de la pensée dans un domaine appelé à prendre une grande importance.

La culture française de l’information est à l’origine très individualiste, fortement ancrée dans un contexte d’économie de subsistance, c’est-à-dire dans une approche défensive de l’usage de l’information. Dans un tel contexte, l’information de valeur a été très vite assimilée à du renseignement sur le concurrent. Cette théorie de la valeur de l’information, principalement véhiculée par les chefs d’entreprise, a réduit les sources ouvertes à une utilisation basique.

L’université a abordé l’étude des flux informationnels par le biais des sciences de l’information et de la communication. Les travaux d’Henri Dou  et Humbert Lesca ouvrirent la voie à une approche analytique de l’usage des sources ouvertes. Dans le même temps, les spécialistes de l’information scientifique et technique étaient sensibilisés à l’émergence des technologies de l’information et donnaient naissance à la veille technologique.

Ces nouvelles recherches s’ajoutaient à un existant très hétéroclite. Le monde de l’information économique était depuis des décennies dispersé en plusieurs pôles distincts et assez hermétiques. L’un des premiers a été celui du renseignement commercial et du recouvrement de créances. Inventé au XIXè siècle par Vidocq, un ancien bagnard devenu préfet de police, le renseignement commercial est aujourd’hui une offre informationnelle très lucrative proposée par des multinationales de taille mondiale du type Dun and Bradstreet ou SCRL.  Dans la foulée des révolutions industrielles, les besoins en information se sont diversifiés. La collecte de l’information scientifique et technique est devenue un besoin vital. Sa gestion a été confiée progressivement aux services de documentation qui ont vu le jour dans les grandes entreprises. Cette montée en puissance de l’information dans le fonctionnement de l’entreprise n’a pas été théorisée comme ce fut le cas aux Etats-Unis à partir des années 50. Au contraire, la gestion de l’information est restée en France un sujet dénué d’importance dans la mesure où la valeur accordée aux sources ouvertes était diluée dans le processus industriel.

La problématique de la sécurité de l’information a suivi une évolution similaire. Pour faire face aux pratiques d’espionnage industriel et de concurrence déloyale, les chefs d’entreprise ont créé des postes de responsabilité attribués le plus souvent à d’anciens cadres des services d’Etat. Ce milieu très fermé de la protection privée du patrimoine a renforcé naturellement la valorisation du renseignement aux dépens des sources ouvertes. Les directions générales ont accru cette tendance en n’accordant une importance factuelle qu’au renseignement concurrentiel en cas d’affrontement avec une entreprise particulièrement agressive. Seul le conseiller du Président, affecté au suivi des concurrents, avait une vision globale des problématiques informationnelles.

Au début des années 1980, la mondialisation des échanges génère de nouveaux besoins. Comment investir dans une économie émergente ? Quels sont les intermédiaires fiables ? Par quels moyens trouver de bons partenaires ? Quels sont les bouleversements politiques éventuels qui risquent de porter atteinte aux intérêts de l’entreprise cherchant à se positionner sur ces nouveaux marchés ? Autant de questions laissées souvent sans réponse par absence de management interne et externe de l’information. C’est à cette époque que prend forme une profession spécialisée dans le traitement du risque pays constitue une première tentative de décloisonnement des sources ouvertes à un niveau stratégique de l’entreprise. Les spécialistes du risque pays cherchent à faire converger un certain nombre de flux informationnels internes et externes au niveau corporate. Mais cette tentative échouera par faute de légitimité auprès de leurs interlocuteurs directs dans les grands groupes. Un des obstacles les plus insurmontables est la méfiance des chefs de projet qui protègent instinctivement leur territoire de compétence. Par définition, un expert du risque pays apporte un complément d’analyse au chef de projet qui ne dispose pas toujours de tous les éléments d’information pour évaluer les sources de menaces locales ou régionales. Une fois de plus, la tradition l’emporte sur la modernité. Cependant, quelques pionniers, tels que François Jakobiak, d’Atochem et Bruno Martinet, des Ciments Français, publient des ouvrages de référence sur la veille technologique et concurrentielle. Jacques Villain, de la Société Européenne de Propulsion sera le premier auteur à tenter une synthèse sur les flux informationnels centrés à la fois sur l’innovation et sur l’affrontement concurrentiel.

Cependant, à la fin des années 1980, deux mutations majeures bouleversent les habitudes prises au cours des révolutions industrielles précédentes :


  • l’essor de la société de l’information par internet,

  • les nouvelles formes d’affrontement entre puissances après la chute du mur de Berlin.

Sans que les Français s’en rendent bien compte, ce changement de système mine les bases de leur culture de l’information. De la verticalité et du secret des réseaux corporatistes, on passe en quelques années à la transversalité et à l’ouverture des réseaux sur le monde des multimédias. La révolution des esprits, symbolisée par l’ouvrage des Toffler, bouscule les approches traditionnelles. Elle légitimise la démarche d’intelligence économique lancée en France, à partir d’une comparaison des cultures nationales des puissances industrielles dominantes comme les Etats-Unis, le Japon, et l’Allemagne. Cette approche impulsée par les futurs créateurs de l’Ecole de Guerre Economique servira de base méthodologique au groupe de travail présidé par Henri Martre entre 1992 et 1994. L’objectif est de créer un concept intégrant les différentes dimensions prises par l’information dans les domaines géoéconomique, concurrentiel et sociétal.

Après quinze ans de cheminement théorique et pratique, le concept d’intelligence économique gagne peu à peu du terrain. Les rapports Carayon 1 en 2003 et le rapport Carayon 2 publié en 2006 constituent un pas supplémentaire dans l’élaboration d’une grille de lecture des enjeux informationnels des entreprises.

Catégorie : Fondamentaux
Dernière modification le 19/01/13
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