Analyse

La diplomatie scientifique française, un vecteur d'influence utile

Le 23 avril 2014 par Anais Ferradou
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L’expression de diplomatie est polymorphe. Bien loin de se résumer aux seules relations inter-étatiques, elle comprend aujourd’hui d’autres concepts tels que, celui de diplomatie scientifique, qui participe à la visibilité de la France.

La diplomatie, un concept polysémique

Traditionnellement entendue comme le pré-carré du Quai d’Orsay, l’expression de diplomatie recouvre pourtant toutes les « actions et manière de représenter son pays auprès d'une nation étrangère et dans les négociations internationales ».

Initialement apparu aux États-Unis, le concept de diplomatie scientifique était originellement défini comme l’utilisation et l’application de la coopération scientifique pour participer à l’établissement de liens et renforcer les relations entre Etats, en particulier dans les domaines où il pourrait ne pas y avoir d’autres moyens d’approche politique et diplomatique. La frontière entre le diplomate et le scientifique est alors bien mince…

La diplomatie scientifique, fruit d’une stratégie concertée

Elle est le fruit d’une étroite collaboration entre le Ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche et le Ministère des Affaires étrangères. Cette stratégie est issue d’un rapport du Ministère des Affaires Etrangères de janvier 2013. Sa publication relativement récente n’est pas pour autant synonyme de l’inexistence d’une diplomatie scientifique antérieure au rapport.

Les auteurs soulignent en effet que « depuis des années, la France a fait de la coopération scientifique et de la recherche des éléments clés de sa politique d'influence sur la scène internationale ».

L’objet du présent document est d’établir et renforcer les interactions entre les scientifiques français et le réseau diplomatique dans un contexte d’hyper mondialisation.

L’enjeu de cette nouvelle forme de diplomatie est de véritablement repenser la place du chercheur et son rôle dans un environnement tant national que mondial. Bien plus qu’un simple scientifique, il participe par ses activités, à la promotion de l’image d’excellence scientifique et technologique française, à la compétitivité de ses entreprises et contribue à son attractivité auprès de chercheurs étrangers.

Applications concrètes de cette diplomatie scientifique

Les Instituts français de recherche à l’étranger

Crées en 2007 et sous la double égide du Ministère des Affaires étrangères et du Centre national de la Recherche scientifique (CNRS), ces instituts contribuent indubitablement au rayonnement de la France. Séminaires, colloques, conférences… ce sont autant d’évènements qui font de ces organismes de véritables forces d’appui françaises relayées par la plupart des réseaux sociaux : un site internet commun à toutes ces structures, Twitter, Facebook mais également des carnets et des blogs.

Aujourd’hui au nombre de 27, implantées dans 34 pays à travers le monde et animés par près de 150 chercheurs, leur principale mission est la constitution ainsi que la préservation de relations pérennes entre scientifiques français et étrangers. Par quels moyens ? Principalement par le biais de coopérations ainsi que de partenariats avec l’Etat d’accueil. Ces coopérations et partenariats sont alors incarnés par les  institutions universitaires et de recherche mais sont aussi en lien avec des organisations françaises de recherche en sciences humaines et sociales telles que l’Institut de recherche pour le développement (IRD), les Maisons des sciences de l’homme (MSH), l’École pratique des hautes études (EHPE).

Si l’institution de ces « antennes françaises » semble récente, leur histoire est cependant relativement ancienne. Ancêtres de ces Instituts de recherche, les premières missions archéologiques furent en effet créées dès 1890 telles que la mission archéologique française en Iran, prémices de l’Institut français en Iran et de la Délégation archéologique française en Afghanistan établie en 1923. La Maison française d’Oxford (MFO) est par exemple le seul organisme de recherche non britannique basée dans cette université, l’une des plus réputée au monde.

Essentiellement présente en Méditerranée, au Proche et Moyen-Orient, l’Amérique latine ainsi que l’Asie comptent aussi plusieurs instituts.

Malgré la très grande diversité des attributions qui leur sont confiées, nombre d’entre eux assurent un soutien majeur à la recherche archéologique française par des missions de fouilles à l’image des instituts français de recherche syrien, libanais ou mexicain. Certains de ces instituts assurent d’ailleurs de manière exclusive des missions purement archéologiques en relation avec le paysage culturel et scientifique local.

Les conseillers pour la science et la technologie

Outre ces instituts de recherche, la diplomatie scientifique française peut également compter sur les Attachés ou Conseillers pour la science et la technologie. Ces Attachés dépendent directement des réseaux diplomatiques et consulaires, structures de taille variable selon les Etats.

A titre d’exemple, il existe au sein de l’Ambassade française aux États-Unis, la mission pour la Science et la Technologie, mission qui regroupe aujourd’hui plus de huit attachés scientifiques d’expérience, appuyés par une dizaine de jeunes chercheurs français recrutés comme "volontaires internationaux". La totalité de cette équipe de scientifiques est sous la charge de la Conseillère pour la Science et la Technologie, qui rend compte directement à l’Ambassadeur. Cette mission a pour finalité l’établissement de partenariats avec des universités américaines reconnues.

La diplomatie scientifique française passe également par la mise en place d’une véritable politique de promotion de l’archéologie à l’étranger.

Politique de promotion de l’archéologie à l’étranger

Sous l’égide du Ministère des Affaires étrangères et sur les conseils de la Commission consultative des fouilles, la promotion de l’archéologie est assurément un vecteur du rayonnement international de la France. Ce sont, en 2014, plus de 148 missions (pour un budget total de 2.4 millions d’euros) archéologiques qui sont financées par les pouvoirs publics français pour la constitution de travaux de recherche bilatéraux. Elles témoignent de l’excellence et du savoir-faire archéologique français alimentés par de nombreux chercheurs du CNRS puisque plus de 63 pays accueillent aujourd’hui ces missions françaises.

Indispensable à l’étude de peuples et civilisations du passé, l’établissement de ce type de mission destinée à la formation des professionnels de l’archéologie et du patrimoine suscite le vif intérêt des pays étrangers.

La diplomatie scientifique française semble atteindre ses objectifs en contribuant véritablement au soft power. Témoignage de cette attractivité scientifique, le CNRS accueille en son sein de nombreux scientifiques internationaux.

Si ce pouvoir de séduction des chercheurs français n’est plus à démontrer, force est de constater qu’il ne semble pas en être de même en France. Plus concrètement, quelle place faut-il aujourd’hui accorder à nos scientifiques français ?

Anais FERRADOU