Analyse

Le numérique, incubateur d’innovations en Afrique

Le 30 mars 2016 par Isabelle Simon

Depuis quelques années, l’Afrique présente un potentiel incontesté dans le domaine du numérique. Les technologies de l’information et de la communication (TIC) se sont considérablement développées sur le continent. On compte environ 85% de la population africaine détentrice d’un téléphone mobile et 195 millions d’utilisateurs internet.

La part du numérique sur le continent Africain

La prolifération des téléphones portables ainsi que l’accès de plus en plus accru à internet sur le continent sont les signaux d’une transformation économique et sociale mais aussi d’une révolution numérique que sont en train de vivre les sociétés africaines.

Le continent est le deuxième marché mondial en terme de téléphonie mobile, considéré d’ailleurs comme la terre promise des télécoms. On compte en effet 160 opérateurs de téléphonie mobile en Afrique, avec pas moins de 900 millions d’usagers. Si les téléphones portables ont autant de succès sur le continent c’est en raison du fort taux de déplacements, spécifiques à ce continent, de surcroît dans des lieux où les infrastructures ne permettent pas facilement d’avoir recours à un accès de télécommunication fixe. Le coût d’un téléphone mobile, nettement plus avantageux et moderne qu’un fixe, explique ainsi l’attrait des jeunes africains pour cette nouvelle technologie.

Ce sont enfin les services particulièrement adaptés aux besoins et particularités du contient que les opérateurs télécoms ont su offrir, qui ont attiré la convoitise des populations africaines. Ce secteur a d’ailleurs été l’instigateur d’une pénétration fulgurante d’internet à travers le continent. En effet, plus de la moitié des connexions internet en Afrique se font grâce aux mobiles, considérés donc comme outils incontournables afin de rester connecté au monde et particulièrement à la diaspora. L’accroissement constaté de l’utilisation des Smartphones en est la preuve, notamment avec l’apparition de Smartphones low-cost venant de Chine.

L’ampleur du phénomène se mesure par la position que prend le numérique en comparaison aux autres services de base du continent. Selon une étude réalisée par le magazine économique américain Forbes, « les africains ont presque autant accès à l’électricité qu’à un téléphone mobile».

Les TIC en Afrique : des perspectives prometteuses

Grâce à l’émergence des TIC en Afrique, de nombreuses perspectives se dessinent. C’est tout d’abord un accès révolutionnaire à l’information qui est offert aux populations, qui peuvent, en outre, être mises en relation bien plus aisément, notamment avec la diaspora. Les réseaux sociaux ont accentué cet échange d’informations et de contacts entre usagers.

Les services que les TIC offrent constituent, par ailleurs, un second levier d’innovation pour le continent.  Parmi les plus marquants on peut citer le mobile banking, le mobile money et l’e-banque, qui ont démocratisé l’accès aux services bancaires, accessibles à peu de personnes en Afrique, et faciliter le transfert d’argent. Le service M-Pesa développé au Kenya en est un exemple. Ces services permettent enfin à leur détenteur d’obtenir un portefeuille de crédits permettant de faire des achats, effectuer des transactions et avoir accès aux micro-crédits pour certains. MTN, Orange et Vodafone sont parmi les opérateurs qui ont développé des services de mobile money sur le continent. Cette évolution est allée de pair avec le développement de l’e-commerce. Le site nigérian de commerce électronique Jumia est leader sur le continent.

Les gouvernements ont saisi l’importance des TIC pour le progrès économique et social du continent et développent-bien que toujours timidement- des services d’e-gouvernement (système de gouvernement électronique), notamment avec l’instauration de sites internet institutionnels mais aussi avec le recensement électronique, les cartes d’identités et passeports biométriques.

L’émergence du numérique a également favorisé le développement de la cartographie et de la géolocalisation en temps réel. La plateforme Ushahidi créée au Kenya en 2008 connaît aujourd’hui un succès fulgurant à travers le monde. Celle-ci permet grâce au crowdsourcing de réaliser une cartographie en temps réel de situations particulières (situations sécuritaires, aide humanitaire…). Le crowdsourcing au même titre que le crowdfunding sont également des services qui se développent sur le continent grâce à l’émergence des TIC. Ceux-ci permettent de récolter et diffuser des données efficientes, dont l’objectif est la meilleure gestion du développement.

Ces services innovants, essentiels pour le développement du continent le sont également à travers leur impact sur l’économie africaine.

L’impact du numérique sur l’économie africaine

L’impact fulgurant du numérique se retrouve dans les activités économiques qui y sont liées, plus communément qualifiées d’économie numérique. L’essor de la sphère digitale et les autres services liés à la téléphonie mobile ont permis de développer une économie numérique non négligeable. Le secteur du mobile emploie à lui tout seul 3,5 millions de personnes avec des recettes estimées à environ 5% du PIB des pays africains. De même, l’accroissement du nombre de téléphone et de l’accès à internet a permis de dynamiser plusieurs secteurs de l’économie, tels que l’agriculture, les services financiers, l’éducation, la santé, le commerce mais aussi les services de gouvernements. Les gains de productivité de ces différents secteurs, grâce à leur interaction avec les TIC, sont estimés à des dizaines de milliards de dollars selon l’étude produite par le cabinet McKinsey.

L’impact positif du numérique dans l’économie africaine se retrouve également dans le secteur de l’emploi. Celui-ci offre la possibilité à la jeunesse africaine de développer sa créativité, en faire usage pour s’auto-employer et créer des produits, services et techniques innovantes, adaptées à la demande du continent.

Les services du numérique représentent également une manne financière importante pour les gouvernements qui en retirent des recettes fiscales considérables. 7% des recettes de l’Afrique proviennent du marché du numérique, soit 71 milliards de dollars.Ce dynamisme a enfin permis d’accroitre considérablement la part des investissements étrangers. Google, Microsoft et Facebook ont ouvert plusieurs bureaux en Afrique.

Le développement du numérique modifie considérablement le fonctionnement des économies africaines et est incubateur d’innovations. Toutefois, des défis sont encore à relever afin d’optimiser au maximum cette révolution.

Les défis liés au boom des TIC en Afrique

La révolution numérique que vit actuellement l’Afrique est révélatrice de la profonde mutation que connaît le continent. Les modes de circulation de l’information, de l’argent, des biens et des services en sont bouleversés. Toutefois, afin d’optimiser cette situation, l’Afrique doit encore progresser dans le développement d’une véritable industrie des TIC, dans la mise en place d’infrastructures adéquates et résoudre certains problèmes majeurs tels que l’instabilité politique, l’insécurité, la corruption, ou encore les vides juridiques. Sans cet effort, il semble peu probable que des entreprises souhaitent investir durablement sur le continent, incertaines quant à la survie de leur entreprise. En effet, la réglementation dans le domaine du numérique est encore très imparfaite voire inexistante, empêchant ainsi l’assurance d’une sécurité numérique.

Il faudrait enfin que les pays africains assurent l’accès de la majorité de la population à ces services numériques. Afin de relever ces défis, la mobilisation doit être tous azimuts : les Etats doivent investir dans le déploiement d’infrastructures numérique et du e-gouvernement, doivent s’engager à garantir la stabilité et la sécurité sur leur territoire, et lutter contre la corruption. Le secteur des télécommunications doit être réglementé et sécurisé, le secteur privé doit investir aux cotés de l’Etat, et la jeunesse africaine doit continuer de prendre part à cette révolution riche en opportunités. C’est à cette condition que la révolution numérique africaine sera inclusive et permettra d’accélérer le développement.

Isabelle Simon