Analyse

Bientôt un hold-up allemand sur la BCE ?

Le 5 janvier 2012 par Portail de l'IE
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Aujourd’hui, après les multiples refinancements des Etats de la zone Euro, la BCE est devenue aussi fragile qu’un hedge fund. Si elle s’avère nécessaire, sa recapitalisation peut devenir une opportunité pour l’Allemagne de renforcer son influence sur la zone euro.

Ces derniers mois, la population allemande s’est montrée critique face à la gestion financière laxiste de plusieurs pays de la zone euro. Cette contestation a déstabilisé la force politique de la chancelière. En réponse, la récente fragilisation de la BCE peut être un moyen pour Angela MERKEL de renforcer l’influence de l’Allemagne dans la gestion de la zone euro afin de renforcer sa légitimité. Comment le refinancement des pays en difficulté de la zone euro peut-elle aboutir à une opportunité d’accroissement de pouvoir pour Berlin ? Le montant total des actifs de la Banque Centrale Européenne s’élève aujourd’hui à 2 300 milliards d’euros alors que ses fonds propres (capital et réserves) se résument à 82 milliards d’euros, ce qui correspond, en fait, à un levier de 28. La BCE est donc aujourd’hui aussi fragile qu’un fond spéculatif à haut risque. Cela signifie que la baisse de 3,5 % de la valeur de ses actifs absorbera son capital et ses réserves. C'est-à-dire qu’un défaut, même partiel, de la Grèce pourrait mettre la BCE sur la paille.

Face à une impossibilité de faire marcher la planche à billets qui ruinerait sa crédibilité, la BCE ne peut que demander sa recapitalisation. Ses actionnaires sont les membres de la zone euro et en premier chef l’Allemagne (18,9%) et la France 14,2%). Sa santé financière le lui permettant, l’Allemagne est le seul pays étant en position de répondre à cette demande.

Le principal organe de décision de la politique monétaire européenne de la BCE est le conseil des 23 gouverneurs. Malte y a autant de pouvoir que la France ou l’Allemagne. Cette situation participe au sentiment d’indisposition allemand vis-à-vis de la zone euro. En recapitalisant la Banque Centrale, l’Allemagne peut alors exiger que le fonctionnement du conseil reflète enfin la puissance économique et le poids démographique de ses pays membres. En réclamant cette contrepartie, la chancelière allemande aura les moyens de prescrire une gestion de la zone Euro correspondant plus aux standards allemands.

Les récents évènements et la culture stratégique allemande montre que Berlin verra dans les difficultés de la BCE une opportunité stratégique. Mais l’Allemagne en a-t-elle véritablement les moyens ?

Amel Hammoum, Pierre-Yves Amiot et Sylvain Boivin

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