Analyse

Entretien avec Henry Billaudel, Chef du département Opérations, au sein de la direction Sûreté du groupe Total

Le 9 janvier 2018 par Anthony Losso, Franck Dambakizi, Jerome Janin, Léonard Korkmaz, Pierre Lasry, Théodore Soudat et PB

Chef des Opérations de la direction Sûreté du groupe Total, Henry Billaudel a accepté de s’entretenir avec le Club Sûreté de l’AEGE. Chef de corps de la 13ème demi-brigade de la Légion étrangère de 2004 à 2006, il quitte l’institution militaire en 2008 et occupe pendant quatre ans la fonction de directeur Sûreté pour le groupe Total au Yémen. Il rejoint le siège en 2012 en tant que délégué géographique pour le continent africain, avant d’être nommé en 2016 à son poste actuel.

Pour Henry Billaudel, la sûreté se définit comme l’ensemble des mesures à mettre en œuvre pour protéger les personnes, les biens et l’information contre tout acte de malveillance. Groupe de notoriété internationale présent dans plus de 120 pays, le géant du pétrole attire les convoitises. Parmi ses principales préoccupations sécuritaires, Total doit notamment faire face au risque terroriste et à la criminalité sous toutes ses formes (vol, racket, sabotage, braquage de stations-services, etc.).

Pour anticiper ces menaces et défendre ses « assets stratégiques », la structure sûreté du Groupe est divisée en quatre départements : « Veille et Analyse de la menace », « Protection », « Support et Protection de l’Information » et « Opérations ». Ce département, dirigé par Henry Billaudel, se compose de cinq délégués géographiques. Leur rôle principal est de s’assurer que les mesures de sûreté préconisées par le Groupe sont mises en place dans les filiales, d’apporter à ces dernières une expertise et de soutenir les entités en cas de crise d’ordre sécuritaire.

À cet effet, la direction Sûreté a mis en place une cartographie de la menace qui s’articule autour de trois prismes d’analyse : la situation politico-économique, le risque terroriste et la criminalité. Chaque pays, évalué à partir de ces trois critères, se voit attribuer une couleur (blanc, jaune, orange 1, orange 2, rouge). Cette couleur pays détermine un niveau d’approbation pour les missions et la mise en place de mesures de sûreté adaptées pour y opérer, parfois contraignantes mais dans tous les cas nécessaires.

S’ajoute à cette structure une capacité de gestion de crise, avec un espace dédié au siège, permettant la gestion de deux crises simultanées.

 

Les personnes en charge de la sûreté, déployées par le Groupe, travaillent essentiellement dans les pays ou zones dites « à risques » qui exigent une réelle expérience de ce type d’environnement, une bonne connaissance du terrain et une capacité reconnue à résister à la pression et à gérer une crise. Comme l’affirme Henry Billaudel « la sûreté consiste à inspirer confiance et à rassurer. Elle doit donc être mise en œuvre sur le terrain par des personnes dont la légitimité s’appuie à la fois sur la compétence et sur l’expérience ». Pour ces différentes raisons, Total a généralement recours à du personnel contractuel appartenant à des ESSD (Entreprises de services de sécurité et de défense). Ces experts de la sûreté cumulent a minima une expérience de trois à cinq ans, le plus souvent forgée au sein de services étatiques (armées, police, services spécialisés, etc.). En effet, comme le dit Henry Billaudel « même s’il ne faut pas désespérer de l’amateurisme - l’arche de Noé a été construite par des amateurs et le Titanic par des professionnels…. - il est souhaitable, pour être légitime et obtenir une confiance absolue des collaborateurs du Groupe, d’avoir une réelle expérience opérationnelle ».

Fort de cette expertise et de cette expérience, la direction de la Sûreté jouit d’une excellente réputation au sein du Groupe. Sa mission est essentielle pour garantir partout dans le monde la protection des activités. Cette direction, parfaitement intégrée, définit les mesures permettant au Groupe d’opérer, même dans des conditions sécuritaires dégradées, en conservant sa liberté d’action et une capacité de réaction. 

 

Aujourd’hui, l’avis de la direction de la Sûreté est toujours sollicité et les mesures préconisées strictement respectées dans l’ensemble du Groupe.  Alors que l’on constate une montée en puissance des tensions et une complexification des échanges, la fonction sûreté au sein des grands groupes internationaux est appelée à tenir un rôle important au profit de leur croissance internationale et on peut, sans prendre de risque, penser que ce rôle ira grandissant dans les années à venir.

 

Anthony Losso, Franck Dambakizi, Jerome Janin, Léonard Korkmaz, Pierre Lasry, Théodore Soudat et PB

du Club Sûreté de l'AEGE