Analyse

[JdR] Le risque environnemental et son impact sur l’entreprise

Le 11 avril 2019 par Hoëlle Le Goas

Toute organisation, par le simple exercice de son activité, produit un impact sur son environnement naturel et humain. S’agissant d’un phénomène relativement nouveau, le risque environnemental reste aujourd'hui encore assez peu considéré par les entrepreneurs, et même si ce constat tend à s’inverser, beaucoup placent les aspects juridiques, économiques, concurrentiels et industriels en priorité. L’atteinte à l’environnement est aujourd'hui sanctionnée par l’article 131-138 du Code pénal, qui introduit la notion de Responsabilité Civile Atteinte à l’Environnement. Deux cas de figure se présentent alors : l’entreprise peut être soit responsable, soit victime d’une atteinte à l’environnement humain ou naturel, survenu par voie accidentelle ou de manière graduelle. Dans le cas où la responsabilité de l’entreprise est engagée, le Code pénal dispose que le montant des amendes est multiplié par 5. Ainsi, quel est l’impact du risque environnemental pour les entreprises ? Quelles conséquences en termes de business et de réputation ? Quelles solutions mettre en place pour ne pas être tributaire des effets du risque ?

Constat : le risque environnemental, un phénomène issu d’une prise de conscience récente mais en plein accroissement

Le risque environnemental constitue aujourd’hui un enjeu majeur pour les entreprises, puisque dans le cas où leur implication est prouvée, leur responsabilité est engagée. En effet, la maîtrise de technologies de pointe, par le développement d’outils intelligents, est à la fois synonyme de limitation du risque et de son accroissement. Qu’il s’agisse du scandale Ikea, dont les sous-traitants de sous-traitants abattaient du bois issu de forêts protégées de manière illégale pour le transformer en fibre de bois, ou du naufrage du Grande America, qui contenait près de 45 conteneurs de matières dangereuses (fuel, substitut de térébenthine, acide chlorhydrique et sulfurique), on dénombre de plus en plus de scandales impliquant des entreprises connues du grand public et associées à ce type de pratiques non respectueuses de l’environnement.

Par ailleurs, la pollution spatiale constitue également un véritable défi. En effet, on estime à quelques 6800 tonnes le nombre de débris gravitant en orbite basse autour de la Terre, soit autant de risques de collision pour l’ISS, les astronautes en sortie véhiculaire ou encore les satellites en service. Ceci a encore été démontré le mardi 2 avril 2019, avec la destruction par l’Inde d’un satellite placé en orbite géostationnaire lors d’un test de missile antisatellite. L’explosion a généré une masse critique de débris susceptibles, de par leur altitude et leur nombre, d’endommager la station spatiale internationale (ISS) selon la NASA.

Les conséquences du risque environnemental pour les entreprises

Cette image de « générateurs de déchets » n’est pas sans conséquences pour les grands groupes. En effet, qu’elle soit responsable ou victime, l’entreprise en fait les frais. Dans le cas où sa responsabilité est engagée, cela se traduit par une mise à l’amende par des instances étatiques ou supranationales, un ralentissement de l’activité de production et la perte de parts de marché. Ainsi, dès la révélation de l’affaire Volkswagen, le cours de l’action de l’entreprise a chuté de 21% en quelques heures.

Au-delà de l’aspect purement financier, le risque environnemental se révèle nuisible à l’image de l’organisation, atteignant en premier lieu la fidélité des consommateurs. Ces derniers, en plus de se mobiliser dans la rue, de mettre en place des actions de « green bashing » sur les réseaux sociaux, blogs et forums provoquant un effet de masse sont parfois appelés à boycotter ces entreprises, dont les pratiques se montrent en réalité peu en phase avec la politique écoresponsable et « eco-friendly » qu’elles tentent de mener.

De ce fait, qu’il s’agisse de la firme japonaise qui opérait la centrale de Fukushima, du consortium soviétique associé à la catastrophe nucléaire de Tchernobyl, de Volkswagen et du scandale sur les tricheries anti-pollution ou encore de l’usine AZF de Toulouse, la multiplication d’accidents aux conséquences néfastes pour l’environnement a entaché durablement l’image de ces entreprises. Aujourd’hui, nul ne peut évoquer le secteur nucléaire russe sans référence implicite à Tchernobyl. Il en est de même, pour la firme américaine Union Carbide, qui, à la suite de la catastrophe de Bhopal en 1984, a peiné à refaire surface.

Les réponses des entreprises pour pallier le risque

Face à ces crises récurrentes liées aux risques naturels, les entreprises ont dû adapter leurs réponses, afin de les éviter, mais surtout d’éviter de les aggraver. Cela passe en premier lieu par la réalisation d’études amont afin d’appréhender l’environnement immédiat de l’entreprise (établissement accueillant du public de type école, parc national, « Zone Natura 2000 » cours d’eau, transport de matières dangereuses, etc.), de mesurer le risque et d’en évaluer les conséquences. Le développement au sein de chaque grand groupe de cellules de Responsabilité Sociale et Sociétale d’Entreprise (RSE), de plus en plus performantes et proactives, permet de renvoyer une image d’entreprise plus responsable, qui contrôle l’ensemble de sa chaîne de production. Du point de vue assurantiel, la plupart des organisations ont également recours à des prestataires externes, comme AXA Assurances, qui proposent des services liés au risque environnemental.

De plus, en cas de catastrophe, la maîtrise des outils et techniques de communication est primordiale afin d’éviter que la situation ne s’aggrave, ceci dans le but de développer une réactivité à toute épreuve sur les réseaux sociaux, premiers vecteurs de signaux faibles. La pratique régulière de simulations de crise permet aussi une meilleure gestion des situations de crise réelles – par la répétition de scénarios et la mise en condition de stress intense. Enfin, dans le cadre de la pollution spatiale par les débris, le développement de nouvelles technologies moins polluantes, ou à visée de dépollution, tels que la course aux lanceurs réutilisables entre le géant américain SpaceX et son rival européen Ariane groupe, ou encore le développement d’un module faisant office « d’aspirateur » spatial par Airbus Defence & Space annoncé à l’été 2018,  représentent des développements encourageants. Equipé d’un harpon, le module d'Airbus Defense & Space, entré en phase de test à l’automne 2018, devrait in fine être opéré depuis l’ISS.

Ainsi, bien que qualifié juridiquement depuis peu, le risque environnemental fait des ravages parmi les pratiques dites « écoresponsables » des organisations. Néanmoins, dans le cas où la responsabilité de l’entreprise est engagée, les amendes et autres contre-mesures ne restent qu’un moyen dissuasif. Reste alors à compter sur une prise de conscience des dirigeants quant aux enjeux que représentent la sauvegarde de l’environnement, et sur la bonne foi des entreprises à respecter la règlementation.