Analyse

Métaux rares : le CESE invite la France à se doter d’une stratégie

Le 17 avril 2019 par Vincent Grimaldi d'Esdra

L’approvisionnement de la France en métaux rares est une question dont l’importance grandit, en raison de l’augmentation de la demande mondiale, liée notamment à la transition énergétique. La France cherche sa place entre potentielle production et recherche d’un approvisionnement pérennisé.

Métaux rares : de quoi parle-t-on ?

Le conseil économique social et environnemental est à l’initiative d’un avis adopté au début de l’année 2019. Cette étude s’intitulant « la dépendance aux métaux stratégiques, quelles solutions pour l’économie » pointe les défis dans ces nouvelles problématiques, quand le gaz et le pétrole apparaissent en déclin.

Les métaux rares représentent un ensemble de métaux présents dans la croûte terrestre, mais qui prennent la dénomination de « rares » car leur concentration est faible, rendant leur extraction compliquée. On peut notamment citer le cobalt, le gallium ou encore les terres rares qui désignent un ensemble de 17 métaux (le scandium, l’yttrium ainsi que les 15 lanthanides). Derrière ces noms complexes se cache une des clés de l’indépendance des États. Utilisés notamment pour la télécommunication, ou les autres équipements électroniques, ces minerais sont nécessaires dans les domaines de l’armement, de la transition écologique, de l’industrie ou encore de l’aéronautique.

L’OCDE dans un rapport publié en février 2019, souligne que la consommation de métaux rares passera de 7 à 19 milliards de tonnes en 2062. Ceci est le résultat de deux phénomènes visibles : l’augmentation de la population mondiale et l’arrivée de centaines de millions de nouveaux consommateurs, notamment en Inde et plus globalement en Afrique. Il est ainsi probable que l’approvisionnement de certains métaux soit de plus en plus contraint.

L’approvisionnement en métaux rares, entre tensions géopolitiques et fluctuations économiques

L’approvisionnement en métaux rares est aujourd’hui contraint par plusieurs impératifs, géopolitiques et économiques.

Les contraintes géopolitiques s’expliquent notamment par la faiblesse du nombre d’États producteurs. On y retrouve principalement la Chine, mais aussi le Brésil, l’Inde, le Vietnam et les États-Unis. Certains pays précédemment producteurs ont décidé de fermer leurs exploitations pour des raisons de santé publique (Le Salvador en 2017 a interdit l’extraction des minerais quels qu’ils soient) ; d’autres ont décidé un embargo sur les exportations afin de dédier la production minière à l’économie locale (Indonésie en 2014). Les pays comme la France ne sont pas les seuls à être contraints par la géopolitique : les entreprises sont aussi concernées. En la matière, la société Airbus s’est ainsi retrouvée en grande difficulté d’approvisionnement : la situation en Ukraine a provoqué une série de mesures à l’encontre de personnalités russes. Cela a entraîné l’arrêt des échanges commerciaux avec l’une des plus grandes raffineries d’alumine russe. L’aluminium  étant un métal fondamental dans la confection des avions, ces tensions géopolitiques ont contraint l’approvisionnement d’Airbus.

L’approvisionnement en métaux dépend par ailleurs du prix de la matière, qui n’est pas toujours fixé en fonction de l’équilibre offre/demande. Ainsi la Chine à travers sa position monopolistique et dans le cadre d’une guerre économique mondiale vendait ses ressources à ses clients étrangers, pour un prix 20 % supérieur au prix national. Une plainte déposée devant l’OMC par les États-Unis en 2016 a permis de rectifier cette situation.

L’évolution mondiale de la demande, en raison notamment de la transition énergétique, et de l’augmentation de la population mondiale rend nécessaire un approvisionnement pérenne en métaux rares. Dans ce cadre, et à l’aune de l’avis du CESE, la France doit se doter d’une stratégie pour pérenniser ses importations, et développer sa propre production.

Quelles stratégies pour la France ?

L’outre-mer apparaît comme une solution dans les problématiques de production nationale. La délégation outre-mer a contribué à l’avis rendu par le CESE en janvier dernier. Il y apparaît que la production minière soulève plusieurs enjeux :

  • Des enjeux économiques : certains territoires comptent sur la mine pour développer une activité économique.
  • Des enjeux sociaux : de gros conflits peuvent éclater quand l’activité minière rentre en contradiction avec la culture. L’ONU a interpellé la France sur la montagne d’or en Guyane qui ne respecte pas les traditions ancestrales des populations locales.
  •  Des enjeux environnementaux : les départements et les régions d’outre-mer représentent 87 % de la biodiversité de la France. L’État devra choisir entre deux ressources : celles des mines et celle découlant de la protection de l’environnement (les ressources bio marines clés utilisables à long terme).

Par exemple, la Nouvelle-Calédonie extrait du nickel depuis 150 ans. Mais les exploitations minières actuelles peuvent soulever des poussières néfastes pour la préservation des lagons de nouvelle Calédonie classés au patrimoine mondial de l’UNESCO. Ces problématiques sont nouvelles, et doivent être prises en compte dans le cadre d’une exploitation minière dans les outre-mer.

Le CESE a ainsi émis des propositions pour réduire la dépendance française aux métaux stratégiques. Ce dernier préconise notamment de :

  • Sécuriser nos approvisionnements : tenir compte dans notre politique étrangère des rapports de forces quant aux métaux, prendre en compte ces problématiques dans les accords internationaux. Le comité préconise de redonner une puissance financière et une importance stratégique aux divers organes en charge de ces questions, comme le Commissariat aux métaux stratégiques.
  • Recycler les objets contenant ces métaux : l’avis souligne la nécessité de créer une filière de recyclage développée en France ou en Europe. Il y aurait dans les tiroirs des Français près de 100 millions de téléphones mobiles à recycler représentant plusieurs dizaines de tonnes d’or ou d’autres métaux. L’avis préconise de lutter contre l’obsolescence programmée des objets afin d’économiser les ressources mondiales.
  • D’un point de vue géologique en Europe il est difficile de trouver des mines de métaux rares ou des terres rares, mais il existe des exploitations en Autriche ou en Suède. Ainsi la problématique de l’ouverture des mines sur le territoire national se pose. Selon les experts de l’avis, la mine peut être responsable : mais il est difficile de faire accepter une mine à la population. La nécessité d’encadrer les exploitations et celle de changer le code minier (datant de Napoléon et n’ayant été modifié que pour les exploitations d’uranium) sont des pistes à évaluer dans la nouvelle donne énergétique.