Analyse

[JdR] Peut-on parler de résurgence de Daesch en asie du sud ?

Le 6 juin 2019 par Marie Landini

La victoire annoncée par le Président Trump sur l’organisation islamique « Daesh » en Syrie ne semble pas pour autant avoir mis un terme aux velléités de création d’un Etat islamique. Les Combattants ayant quitté en masse le territoire Syrien ont trouvé refuge auprès d’organisations extrémistes en Afrique et en Asie du Sud. Cette région d’Asie du sud ne risque-t-elle pas de devenir le nouveau territoire propice à l’instauration d’un califat ? Les attaques simultanées et multiples au Sri lanka revendiquées par l’état islamique contre des églises ayant fait des centaines de mort peuvent laisser effectivement penser que l’organisation revient en force dans la région.

Risque-t-on de voir une résurgence de Daesh par l’Asie du sud ?

Les États-Unis peuvent crier victoire, l’ultime réduit de Daesh à l’extrême sud-est de la Syrie, niché dans un coude du fleuve de l’Euphrate à la frontière irakienne, Baghouz, a été repris par les forces démocratiques Syriennes ( FDS).

Alors que le président Donald Trump affirme fin mars que le groupe état islamique est vaincu à 100% en Syrie, ce dernier revendique un attentat des plus meurtriers au Sri Lanka faisant des centaines de morts. Il s’agit de 8 attaques simultanées menées principalement contre des hôtels de luxe et des églises. Le Sri lanka n’avait connu pareil bilan depuis la guerre civile qui a pris fin en 2009.

Ces attentats marquent-ils une résurgence de Daesh en Asie du Sud ?

 

Daesh est-il mort ?

Il serait illusoire d’affirmer que Daesh est mort. Daesh n’est pas une organisation militaire, ce n’est pas un état, ni une nation ou un territoire, mais bien quelque chose de plus transcendant : Daesh est une idéologie.

Abou Mohamed Al Adnani qui fût l’un des leaders les plus charismatique de l’organisation djihadiste déclara « ce serait une erreur de nous juger sur nos pertes territoriales, notre territoire est mental c’est celui de la charia et du califat ».

Le combat de Daesh, a pour objectif une conquête idéologique, il s’agit de conquérir les esprits pour instaurer un califat mondial et convaincre que la charia est la seule solution, l’unique modèle auquel se référer.

Ainsi, l’idéologie de Daesh n’a cessé de progresser, le groupe djihadiste possède des ramifications et des implantations partout dans le monde. Il dispose de zones de repli pour survivre mais aussi pour jaillir, en Afrique de l’ouest, en Afghanistan, aux Philippines, en Égypte, en Libye, au Yémen…

Le départ de Daesh des territoires Syriens a créé une trainée de cellules dormantes.

 

L’Asie du Sud, une région privilégiée pour Daesh

Cette région a toujours été marquée par la présence de groupes extrémistes religieux, ce qui a permis à l’idéologie de Daesh de prendre rapidement racine.

De plus, cette zone se révèle être particulièrement propice au développement rapide des métastases de l’État islamique ;

256 millions de musulmans, de hauts niveaux de pauvreté, des tensions religieuses entre Chrétiens, bouddhistes et musulmans, des frontières poreuses, la faiblesses des institutions et un tissu économique fragile sont autant de facteurs qui créent un terreau favorable à la maturation de l’idéologie djihadiste.

Si l’ensemble de la région de l’Asie du Sud est menacé, les groupes djihadistes se fédèrent sur 4 pays en particuliers : l’Indonésie, la Malaisie, les Philippines et Singapour.

Ainsi, on dénombre dans la région plus de 63 groupes djihadistes qui ont prêté allégeances à Daesh répartis comme suit :

20 aux Philippines (pourtant à 92% chrétiens), 10 en Malaisie et 30 en Indonésie.

L’arrivée de combattants de l’organisation islamique qui ont fui les combats en Syrie déstabilise encore plus la région. En effet, depuis 2017, on dénombre 30 000 combattants qui auraient rejoint les rangs des groupes extrémistes locaux en Asie du sud mais aussi en Afrique.

 

Ainsi, la percée de Daesh dans la région n’est pas concomitante avec la « défaite » en Syrie, mais est déjà à l’œuvre depuis plusieurs années. En témoigne, la prise de la ville musulmane de Marawi par la branche philippine de Daesh qui a été sous leur contrôle de mai à octobre 2017.

Cette dernière s’est constituée par l’association des groupes Abou Sayyf qui terrorise la Philippine depuis 20 ans et Maute pour favoriser la création d’un état islamique.

Les tensions religieuses s’accentuent aux Philippines (pays à 92% chrétien), à tel point que le Président Duterte à décidé d’organiser un référendum fin janvier dernier afin d’offrir la possibilité à la région sud de Bangsamaro à forte majorité musulman d’obtenir plus d’autonomie. Ceci dans l’espoir d’apaiser les velléités des groupes djihadistes. Pourtant, 4 jours après le succès de ce référendum une attaque terroriste revendiquée par état islamique était perpétrée contre la cathédrale de Jolo située dans la province du Sulu bastion de Abou Sayyf faisant 18 morts et des dizaines de blessés.

L’Indonésie, pays musulman le plus peuplé (87 % confession islamique), n’échappe pas à la radicalisation de son islam pourtant réputé libre, ouvert et modéré. L’influence de Daesh ne cesse d’augmenter dans ce pays. L’organisation djihadiste prend racine sur des groupes extrémistes déjà implantés et actifs tel que ISEA (Islamic State in east Asia soutenu par l’organisation JAD ; Jamaah Ansharut Daulah qui a fait allégeance à Daesh). L’Indonésie avait déjà connu dans les années 2000, des vagues d’attentats meurtriers dont le dernier à Jakarta en 2009.

La radicalisation des Indonésiens s’effectue essentiellement en ligne sur les réseaux sociaux, et même si les extrémistes sont estimés à quelques centaines de citoyens, ils n’en demeurent pas moins très actifs. Cinq Attaques terroristes ont été perpétrées en 2 jours au mois de mai 2018. Trois d’entre elles sont des attentats suicides revendiqués par le groupe djihadiste Etat islamique (EI) contre des églises à l’heure de la messe, à Surabaya. Le mode opératoire se distingue par le fait que les auteurs soient membres d’une même famille :la mère, le père, les deux filles de 9 et 12 ans et les deux fils de 16 et 18 ans. Cette famille était liée au mouvement extrémiste islamiste Jamaah Ansharut Daulah (JAD).

La Malaisie quant à elle, connait un calme tout relatif car la menace terroriste est avérée. L’engagement de ce pays aux côtés des forces de la coalisions en Syrie contre Daesh en fait une cible privilégiée. La péninsule est dans la ligne de mire des combattants de l’état Islamique. Daech compte en effet une cellule composée de combattants venus d’Asie, la Katibah Nusantara Lid Daulah Islamiyyah, qui a fermement déclaré ses intentions de djihad contre le pays.

La prise en compte de la monté des groupes extrémistes et djihadistes dans ces pays semble tardive et les influences moyen-orientales bien implantées comme l’Arabie Saoudite ou l’Iran ( financements de mosquées, madrasas…) Les réponses apportées sont différentes selon les états ; lutte contre l’idéologie, durcissement de lois anti terroristes, modification de l’univers carcéral, référendum pour l’attribution de territoire autonome…

Rien ne semble réellement efficace, le vrai ch de bataille étant celui de l’idéologie.

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