Analyse

L’alliance Total-Zhejiang Energy Group à l’assaut d’un nouveau marché

Le 15 novembre 2019 par Florent Rousse

À l’occasion de l’International Petroleum and Natural Gas Enterprises Conference (IPEC 2019), l’entreprise française Total et l’entreprise publique chinoise Zhejiang Energy Group (ZEG) ont signé un accord actant la création d’une coentreprise de développement d’un nouveau carburant marin.

Un accord hautement stratégique pour les deux acteurs

Le 21 octobre 2019, lors de l’IPEC, Total et ZEG ont finalisé la création de la coentreprise destinée à développer et vendre un carburant marin moins chargé en soufre, élément extrêmement polluant et présent dans les fuels nautiques. 

Total China Investment possédera 49% de l’entreprise et Zhejiang Zheneng Petroleum New Energy (propriété de ZEG) restera majoritaire avec 51% des parts sociales. Ce partenariat démontre une implantation solide de Total sur le marché chinois des énergies. Total a en effet été le premier acteur étranger à pénétrer ce marché il y a bientôt 40 ans et profite de sa connaissance du terrain pour développer une alliance avec un acteur public majeur.

La coentreprise aura pour but la distribution d’un nouveau fuel marin moins polluant. En effet, dès janvier 2020 les carburants marins devront abaisser leur taux de soufre pour faire suite à l’entrée en vigueur d’une décision de l’Organisation maritime internationale (OMI). Cette dernière a décidé en 2016 de fixer à 0.5% la teneur en soufre maximal dans les carburants utilisés par le transport maritime (contre 3,5% aujourd’hui). 

Une nouvelle réglementation difficile à appliquer en 2020

Aujourd’hui le transport maritime consomme à lui seul presque la moitié de ce fioul lourd et polluant (environ 200 000 millions de tonnes par an). Ce carburant est issu d’un mélange de plusieurs éléments pétroliers peu raffinés le rendant bon marché et permettant d’utiliser tous les éléments de la chaîne de production pétrolière. Une aubaine pour le secteur, le mélange ne comporte presque que des déchets. L’industrie a eu 4 ans pour s’adapter à ce changement de composition. Deux solutions sont vite apparues : la mise en place de dispositif de traitement de fumée sur les bateaux (appelé « scrubber ») ou l’utilisation d’un nouveau carburant comportant moins de soufre.

Si un nombre important de bateaux occidentaux ont opté pour la pose de scrubber, il n’est pas possible pour tous les armateurs d’équiper leur flotte avec ce matériel et les nouveaux carburants moins polluants restent donc absolument nécessaires. C’est dans ce contexte que Total a lancé le développement de son fioul bas taux de soufre. 

En effet, le temps relativement court laissé à la marine marchande pour améliorer ses appareils laisse une partie des acteurs incapables de s’aligner sur le nouveau standard en temps voulu. L’OPEP s’est penchée sur la question et estime que 30% de la flotte marchande mondiale ne sera pas en mesure de respecter la nouvelle réglementation durant les premières années. 

Un partenariat au cœur de la première zone de trafic maritime

La coentreprise verra le jour dans la région du Zhoushan, plus grande plateforme mondiale du trafic naval avec notamment dans la zone, les ports de Shanghai et Ningbo. Total se met donc dans la position de pouvoir distribuer son nouveau carburant dans la région maritime la plus fréquentée par le fret et devenir un vendeur de carburant marin incontournable de la région. 

De plus, si les transporteurs ne s’inquiètent pas de trouver du carburant peu soufré dans les ports américains et européens dès janvier 2020, la brève période d’adaptation laissée par l’OMI, leur laisse craindre en revanche, un mauvais approvisionnement dans d’autres zones géographiques, notamment en Asie. Il est donc déterminant de constituer un réseau de production et de vente au sein de cette plaque tournante économique.

Une concurrence déjà forte sur les nouveaux carburants à destination de l’Asie

Total réalise une belle opération en Chine 2 mois avant l’application de la décision de l’OMI. Cependant d’autres géants pétroliers possèdent déjà leur carburant à faible teneur de soufre et la bataille fait déjà rage pour délivrer à temps les solutions alternatives au fioul lourd.

 C’est le cas de l’américain ExxonMobil qui prévoit d’être en capacité de fournir son carburant dans les ports d’Anvers, Rotterdam, Gênes, Marseille, Singapour, Laem Chabang et dans toute l’Amérique du Nord dès janvier 2020. 

Shell pour sa part a décidé dès octobre 2018, de développer sa gamme de gaz naturel liquéfié (GNL) et prévoit de mettre en place un réseau mondial de stations GNL. Le groupe a également acquis la fourniture de GNL pour deux paquebots en cours de construction en Finlande et a réalisé un investissement massif dans un projet de GNL au Canada. Les infrastructures nécessaires à l’exploitation et à la fabrication du GNL sont déjà en construction et le début des exportations de GNL vers l’Asie est prévu pour 2024. Le GNL sera alors moins cher que celui provenant du Golfe du Mexique. 

Total a donc affaire à une concurrence sérieuse sur le terrain asiatique. En plus de la production de ce nouveau carburant, le groupe français, sous l’impulsion de Patrick Pouyanné a décidé de réinvestir dans le GNL et est devenu le second producteur mondial avec 10% des parts de marchés. 

La bataille pour la fourniture des carburants à destination du fret maritime asiatique a déjà commencé. Si la création de nouveau fioul est l’une des voies prises par Total, le GNL semble être en bonne position pour devenir le futur carburant maritime.

 

Florent Rousse