Analyse

[Semaine de la Veille] - Interview de Sindup

Le 26 novembre 2019 par Christophe Moulin

Le 4 novembre dernier, le Portail de l’IE était présent aux journées des partenaires qui se déroulaient à l’Ecole de Guerre Economique. Occasion d’échanger avec de nombreux prestataires d’outils de veille. Celui d'aujourd'hui, Sindup présenté par Mickaël Réault.

Christophe Moulin (CM) : Pouvez-vous nous présenter l’entreprise Sindup et sa place dans l’écosystème français de la veille ?

Mickaël Réault (MR) : Notre métier est d’aider les entreprises à détecter les risques et les opportunités ou encore à suivre des tendances dans une situation de surinformation. Nous définissons d’abord un certain nombre de sujets de veille dans la plate-forme, dans son back-office pour automatiser la détection à travers d’innombrables sources d’informations, sur le web, les réseaux sociaux et les différentes bases de données qui peuvent être activées à la demande pour chercher de l’information premium. À partir des centres d’intérêts renseignés et de toutes les sources qui sont scrutées en permanence, le rôle de la technologie de Sindup est de systématiser la détection des événements et la reconnaissance de ces signaux, faibles ou forts, qui peuvent correspondre aux critères recherchés. L’objectif dans l’IE [intelligence économique, NDLR] est d’amener la bonne information au bon moment, à la bonne personne. Nous nous inscrivons dans cet objectif, mais sous l’angle technologique, afin de gagner du temps. Cela peut se faire sans outils, mais c’est excessivement chronophage. Aujourd’hui, en situation de surinformation, cela ne peut plus se faire manuellement de façon convenable. Nous faisons donc en sorte de pouvoir tenir la barre : que les organisations ne naviguent pas à l’aveugle et restent performantes, compétitives, agiles, quel que soit le volume d’informations, grâce à cette automatisation.

 

CM : Quand a été créé Sindup, et quelles ont été les grandes étapes depuis ?

MR : La R&D démarre en 2004, la version bêta sort en 2009, puis la plateforme est commercialisée courant 2010. Il y a donc eu cinq années exclusivement dédiées à la R&D, sur le traitement big data, le machine learning avec l’algorithme qu’on a appelé « FilterLive » pour faire de l’apprentissage de centres d’intérêts, du traitement automatisé du langage et toute la couche applicative. Depuis cette genèse, nous continuons en permanence la R&D parce que le métier est particulièrement évolutif. Nous avons une base solide de clients, qui chaque année renouvellent à hauteur de 95%. Du fait que nous travaillons aussi avec des PME et des consultants, il y a un léger turn-over naturel. Mais les clients s’inscrivent dans la durée chez Sindup. Nous grandissons avec eux, avec énormément de feed-backs au quotidien, d’échanges au Club Utilisateurs ou encore lors des nombreuses rencontres et interactions qui nourrissent notre road-map de façon à ce que le produit soit modelé en permanence aux nouveaux usages, aux nouvelles attentes et aux nouveaux enjeux. 

Pour revenir sur la question précédente, nous sommes sur un marché de la veille segmenté, avec d’un côté tout ce qui est market & competitive intelligence, donc l’IE au sens strict du terme. De l’autre, le social media monitoring qui est beaucoup plus axé e-reputation au sens de la relation-client 2.0. Chez nous, l’e-reputation fait partie des axes sur le volet IE, mais nous sommes beaucoup plus sur le premier volet : intelligence économique, stratégie, prise de décision, appui au processus métiers et un peu moins sur la relation-client 2.0 au sens du Community Management. Comme tous les outils de veille font de la collecte, analyse et diffusion, il peut parfois y avoir une confusion car sur le papier, nous faisons tous à peu près la même chose… Mais le type d’accompagnement, l’ergonomie d’un certain nombre de fonctionnalités ne sont pas tout à fait les mêmes. Nous sommes donc plus sur le développement business et le pilotage de l’entreprise.

 

CM :Qu’est-ce qui vous a amené à devenir partenaire de l’Ecole de Guerre Economique, outre le besoin de veille dans cette discipline qu’est l’IE ? 

MR : En développant l’activité de Sindup, il a fallu développer une culture de l’IE, et s’imprégner des enjeux et des bonnes pratiques relatifs aux outils. L’EGE fait partie des acteurs incontournables que nous avons très tôt rencontrés en arrivant sur le marché. En réalité, nous avons créé Sindup sans connaître l’univers de l’intelligence économique, en partant du constat qu’il y avait des moteurs de recherche, mais finalement pas réellement de dispositif en push qui amenaient de l’information personnalisée et qualifiée. Ce constat a amené le développement de notre technologie. Puis, en montant en gamme et en s’adressant au marché des grands comptes, nous nous sommes aperçus qu’historiquement il y avait de manière académique un certain nombre de bonnes pratiques, un cadre. Le fait de collaborer avec l’EGE dès 2010 nous a permis de s’imprégner de tout cela, et d’amener une vision start-up dans un univers qui ne l’était pas à l’époque. Nous avons alors amené le côté digitalisation, facilité d’utilisation pour vulgariser et faciliter la mise en œuvre d’une veille stratégique en impliquant les directions métiers dans une démarche collaborative. Aujourd’hui les choses évoluent dans le bon sens et les entreprises sont désormais nombreuses à s’équiper d’une plateforme de veille en mode SaaS rapidement opérationnelle.

 

CM : Il y a aussi un côté très pédagogique à avoir les hands on sur des outils de veille, et de faire partie d’une structure centrée sur la discipline de l’intelligence économique, avec des partenaires gravitant autour qui peuvent faire découvrir aux étudiants une manière de mettre en œuvre l’IE. 

MR : Tout-à-fait ; et il y a le réseau des anciens de l’EGE, qui sont soudés, actifs et qui chaque année grimpent dans l’organigramme de leurs entreprises. C’est un réseau important dans notre métier.

 

CM : Quelle démarche d’innovation avez-vous intégré pour faire évoluer l’offre de Sindup depuis sa création ?

MR : Depuis la création, beaucoup de choses ! Les point-clés que l’on peut retenir sont le traitement du langage automatisé qui sans cesse continue d’évoluer et sur lequel nous avons énormément travaillé ces dernières années. Ce qui a trait à la mobilité est également un aspect important. D’ailleurs nous lancerons à la fin de l’année une nouvelle version de l’application, qui constitue un jalon important dans la road-map de Sindup. Un autre axe important ces dernières a été le volet multi-canal de la diffusion des résultats de veille, avec une API (interface de programmation) très complète. La plateforme Sindup est ainsi connectée avec de nombreux outils utiles permettant de faire circuler l’information efficacement et de toucher un large public. Et concernant l’aspect sourcing : nous venons du sourcing-web, donc nous sommes très au point de ce côté. Mais il a fallu au fil des années passer des accords juridiques et commerciaux avec tout un ensemble d’éditeurs, que ce soit de la presse ou des bases de données incontournables avec des contenus à forte valeur ajoutée. Cela a donné un volet supplémentaire très important à la solution puisque cela ouvre à de nombreux usages nouveaux, et des connecteurs complémentaires.

 

CM : Une question sur la plus-value de Sindup par-rapport à la masse d’informations que vous parvenez à capter. Il y a la question de l’adaptabilité vis-à-vis du client, et nous avons compris que vous vous adressez aussi bien aux très petites entreprises et aux PME qu’aux grands groupes internationaux. Vous avez parlé d’intelligence artificielle et d’intelligence collective [lors de la présentation de sa solution, NDLR]. Quelle est la stratégie d’adaptabilité de l’information ? Passe-t-elle par l’intelligence artificielle ?

MR : Nous avons justement participé à une table-ronde sur le sujet avec François Jeanne-Beylot lors des Assises de l’IE à Abidjian il y a quelques semaines [Les Assises Africaines de l’Intelligence Economique, du 30 septembre au 2 octobre 2019, NDLR]. Aujourd’hui, cette complémentarité, et c’est aussi vrai en-dehors de la veille, est de plus en plus appréhendée par les utilisateurs finaux non-techniciens. Le but est de réduire le temps passé à toutes les taches chronophages et à faible valeur ajoutée afin d’augmenter la capacité des personnes à se concentrer sur l’essentiel. La combinaison IA / IE est efficiente lorsque l’on part bien du besoin réel des utilisateurs. C’est-à-dire si l’on comprend bien quelle est la culture interne de l’entreprise, quels sont les rôles dans l’organigramme des différentes parties prenantes, on peut alors associer à chaque rôle et à chaque personne les bonnes fonctionnalités en piochant dans la boîte à outils. Mais il ne faut surtout pas faire l’inverse : en partant de la technologie pour faire émerger des usages, on va dans le mur pratiquement à coup sûr ! C’est notre métier de connaître l’étendue et la palette de toutes les fonctionnalités et de toutes les technologies d’automatisation de la veille. Nos experts se chargent de déterminer s’il faut du machine learning, du RPA (Robotic Process Automation NDLR), ou si c’est plutôt la sémantique qui va être la solution à la problématique de tel ou tel objectif du client. Ensuite il peut s’agir de mettre en place une démarche collaborative pour enrichir les résultats de certains sujets qui nécessitent un regard humain. Là aussi nos experts aident les clients à définir si c’est la personne qui attend l’information qui va faire ce dernier kilomètre, ou s’il faut un expert métier en amont… Tout ça, ce n’est pas au client de le définir seul, nous accompagnons dans la mise en œuvre des meilleures pratiques de veille. Nous bâtissons avec les responsables de veille l’architecture du projet de veille selon les différents besoins et objectifs recensés.  C’est réellement le point-clé dans notre approche : partir des besoins métiers et terrain qui constituent la seule finalité des outils, jamais l’inverse. Donc le machine learning, et tout ce qui concerne l’IA, permet de faire beaucoup de choses mais ce n’est pas la solution unique à tout. Parfois, nous sommes proches d’un traitement 100% automatisé pour certains axes de veille, et d’autres fois nous sommes, volontairement, sur plus de traitement humain. Le mélange entre l’IE et l’IA est donc très important, mais il faut bien doser !

 

CM : Une dernière question pour clore cet entretien. Est-ce que pour être un bon veilleur il faut forcément s’y connaître en deep web, dark web ?

MR : Non, pas du tout. Il y a d’une part le veilleur expert qui va maîtriser tous les outils, la démarche, la technicité et les fondamentaux. Ces personnes sont peu nombreuses dans les organisations. Pour être un bon veilleur à ce niveau, c’est-à-dire responsable de veille et administrateur, il est bon de savoir faire la distinction entre deep web et dark web. Mais ce n’est pas un vocabulaire qui tout le monde utilise. En pratique est-ce qu’il faut descendre en deep web aujourd’hui ? Oui, pour une veille stratégique efficace il faut analyser les sources d’information de manière exhaustive. En revanche le dark web est une source très différente… Aujourd’hui, pour beaucoup le concept reste nébuleux alors qu’en réalité c’est très simple. Mais cela concerne des enjeux spécifiques, liés à la gestion du risque, aux fuites d’information, aux rumeurs, et à tout ce qui concerne les stratégies d’influence et de contre-influence. Donc ça ne concerne pas tout le monde dans l’organisation. Pour être un bon veilleur en risk management, en sécurité/sûreté ou en influence, il faut maîtriser en effet cette partie. Mais ce n’est pas le travail du veilleur-type. Au-delà, pour un être un bon veilleur-métier, il ne faut pas maîtriser grand-chose sur le plan technique ou terminologique. Il faut surtout être expert de son propre métier puisque nous demandons à ces profils d’apporter leur regard, un peu de leur temps et de leurs connaissances pour juger de la pertinence d’un certain nombre de résultats en faisant des recoupements et des préconisations. Ils n’ont donc pas besoin d’être formés à tout, mais doivent jouer le jeu et savoir ce qui est attendu et à quoi ils participent globalement dans le dispositif de veille et d’IE.

 

CM : Il s’agit de savoir où placer le curseur en fonction des besoins et des connaissances.

MR : Oui, la définition des rôles et des droits d’accès est un aspect important de tout projet. Il s’agit de la gouvernance de l’information qui déterminera le niveau d’implication de chacun : l’administrateur, la cellule de veille, les veilleurs occasionnels, curateur-experts et puis les destinataires qui auront accès à des résultats très ciblés ou bien uniquement à certaines grandes tendances. Tous vont avoir un niveau d’information et de connaissances très différent. Ils n’ont pas les mêmes fonctionnalités à disposition, et quand nous traitons des problématiques de gestion du risque, il n’y a pas les mêmes technicités que pour la veille concurrentielle, l’analyse des tendances de marché, de transformation et d’innovation. Ce ne sont pas les mêmes départements dans l’entreprise, ni les mêmes ADN et nous avons pour habitude de nous adapter à chaque interlocuteur.

 

CM : Merci d’avoir pris le temps de répondre à nos questions !

MR : Merci à vous.