Analyse

[Semaine de la Veille] - Interview de Cikisi

Le 27 novembre 2019 par Portail de l'IE

Le 4 novembre dernier, le Portail de l’IE était présent aux journées des partenaires qui se déroulaient à l’Ecole de Guerre Economique. Occasion d’échanger avec de nombreux prestataires d’outils de veille. Celui d'aujourd'hui, Cikisi présenté par Valéry MAINJOT.

  • Portail de l’IE (PIE) : Pouvez-vous nous présenter votre entreprise et votre solution en quelques mots ?

Valéry MAINJOT (VM), CEO Cikisi : Cikisi est une société d’édition de logiciels créée en 2016, à l’actionnariat franco-belge. Nous sommes basés à Charleroi (Belgique) et disposons d’une filiale française dont le siège social se trouve à Creil, près de Paris. Nous travaillons principalement sur le Big data et le management de l’information.  Notre premier produit, Cikisi 1.0 est sorti en avril 2017 et nous nous apprêtons à sortir notre nouveau logiciel, Cikisi 2.0 à la fin de l’année 2019.

 

  • PIE : Quelle est la démarche, la vision de l’intelligence économique que vous proposez au travers de vos solutions de veille ?

VM : Nous voulons nous différencier d’une simple solution de veille en offrant un logiciel de web intelligence complet. C’est pour cela que notre produit repose sur 3 piliers : watch, search, explore. Derrière le watch se trouve notre solution de veille. Très vite nous avons décidé de ne pas nous limiter à ce simple outil. Nous avons alors développé notre moteur de recherche ainsi qu’un instrument de découverte et d’exploration thématique et sectorielle qui correspond à l’explore.

 

  • PIE : Selon vous quels sont les éléments qui différencient votre offre par rapport à celles proposées actuellement sur le marché ?

VM : Je pense que nous avons deux critères de différenciation par rapport aux autres acteurs du marché de la veille. Le premier est bien entendu que nous sommes la seule plateforme à intégrer les dimensions veille, recherche et exploration. Ces trois outils réunis en une solution forment notre véritable singularité. Le deuxième critère est notre autonomie. Nous développons notre technologie sans faire appel à des prestataires extérieurs. Il en va de même pour notre base de données, la collecte, l’indexation et l’enrichissement de notre contenu. Tout est exclusivement réalisé en interne. Ainsi nous restons totalement maitres de nos solutions techniques. Cette maitrise nous permet aussi de fixer le prix de notre logiciel, en ne dépendant que de nous-mêmes, nous restons imperméables au changement tarifaire des opérateurs extérieurs. Notre solution est certes payante mais nous voulons qu’elle garde un prix raisonnable, notre indépendance nous le permet.

 

  • PIE : Qu’est-ce qui vous différencie des moteurs de recherche classiques tel que Google ?

VM : Nous ne nous limitons pas à collecter l’information de surface. Les moteurs de recherche classiques n’affichent qu’un nombre très limité de résultats et le référencement prend souvent en compte des facteurs comme l’ergonomie du site, le référencement payant ou encore la localisation de l’utilisateur et non la qualité intrinsèque de l’information. Ce sont des moteurs de recherche commerciaux efficaces lorsque l’on cherche un restaurant ou à acheter un produit en ligne. Notre ambition est de créer un véritable moteur de recherche dédié à l’entreprise, avec un corpus de sources ciblées évitant les résultats peu pertinents. Nous souhaitons offrir des outils de précision. Nous avons, par exemple, récemment ajouté la possibilité de rechercher du texte présent sur les images. Cikisi est la seule solution de veille stratégique à proposer cette fonctionnalité. Cette demande avait été formulée par nos clients. Leurs retours sont très utiles et permettent d’améliorer et de développer une solution proche de leurs attentes. Nous voulons convaincre les entreprises qu’elles peuvent utiliser une solution bien plus adaptée à leurs besoins qu’un moteur de recherche standard.

 

  • PIE : Quelle est la différence avec la version 1.0 que vous avez présenté l’an dernier ?

VM : Cikisi 1.0 était un logiciel de veille basé sur le Big Data. Cikisi 2.0 sera un logiciel de veille, un moteur de recherche et un outil d’exploration de données basé quant à lui sur le Smart data, à savoir du Big data enrichi par la détection d’entités nommées, par le ciblage géographique et par la prise en compte du user recommandation, l’apprentissage par la solution des préférences de l’utilisateur. La vitesse est aussi grandement améliorée. Nous franchissons clairement une étape avec Cikisi 2.0 qui est au moins deux fois plus performant que notre ancien produit.

 

  • PIE : Pouvez-vous nous en dire plus sur MILA ? Quel rôle joue l’intelligence artificielle dans votre entreprise ?

VM : L’intelligence artificielle (IA) est un outil indispensable de nos jours pour des logiciels tels que le nôtre. Nous avons donc créé MILA, un robot incluant notre IA mais qui n’est pas axé uniquement sur l’intelligence artificielle. Il va monitorer et indexer du contenu, le filtrer, mais aussi le placer dans un espace latent, pour pouvoir faire du machine learning, qui nous aide à déterminer les sujets de prédilection des clients. Pour moi, le rôle de l’intelligence artificielle n’est pas réellement de remplacer l’homme, mais plutôt de l’aider en automatisant certaines tâches chronophages. Je reste persuadé que lorsque vous voulez réaliser une étude de marché ou une veille avant de diffuser votre newsletter, il faut qu’un être humain la lise, fasse la dernière petite analyse et les éventuels commentaires, afin d’apporter une valeur ajoutée pertinente, voire que l’homme supprime un article peu ou pas pertinent pour vous, mais qui a été quand même sélectionné par l’IA.

 

La place de l’être humain en entreprise est là, il ne faut pas en douter ni la remettre en question. Mais par contre, on peut déjà lui suggérer les articles qui sont censés être les plus pertinents pour lui et écarter ce qu’il a déjà rejeter dans le passé. Je vais vous donner un exemple, vous faites une recherche sur Orange, mais en cherchant Orange vous pouvez avoir la couleur orange, une orange, la ville d’Orange, etc. et bien entendu cela n’est pas la société Orange, l’opérateur télécom. Lorsque vous avez des résultats qui parlent du terme orange au sens large, on appelle cela « du bruit ». Cela veut dire que ces articles matchent avec la requête, car il y a bien orange dedans, mais ce n’est pas pertinent pour l’utilisateur. Il y a également des articles qui traitent d’Orange (la société de télécom), mais qui ne sont pas pertinents, car ils traitent de sujets qui ne nous intéressent pas, comme le lancement d’un nouveau produit alors que vous, ce qui vous intéresse, ce sont les résultats financiers d’Orange. L’IA va le comprendre et vous proposer les informations traitant de cette thématique.

 

On va vraiment regrouper des articles par rapport à des thématiques et vous les présenter. Cela nécessite un travail que l’humain faisait habituellement avec des requêtes booléennes, mais, même en définissant des thésaurus et des concepts, il y a des limites. Grâce à l’IA, outil très puissant qui filtre toutes les données, auquel on ajoute le machine learning, il est aisé de proposer des contenus plus pertinents et rejeter ceux qui ne le sont pas de manière automatique. 

 

L’utilité de l’IA permet d’aller plus loin dans le travail de la machine et de l’humain. Là où l’intervention humaine était ralentie, voire bloquée par des requêtes booléennes, des statistiques ou autres difficultés, la combinaison de l’IA et de l’humain permet d’aller plus loin et d’affiner l’information.

 

  • PIE : Quel est le pourcentage du chiffre d’affaires dédié à la R&D ?

VM : Cikisi est une start-up orientée produit technologique, nos dépenses en R&D représentent 50 % de nos dépenses globales. La R&D restera un poste de dépense important mais cette proportion va diminuer car il est temps pour nous d’investir un peu plus dans notre image et dans la commercialisation de nos solutions. En effet, sur le marché français qui est très conservateur. Les acteurs déjà présents sont bien installés. Nous constatons que sans investissement dans notre image et nos actions commerciales, nous aurons du mal à gagner des parts de marché. 

 

  • PIE : À qui s’adresse votre offre ? Sur quel marché, quels secteurs vous positionnez-vous ?

VM : Nous travaillons sur tous les secteurs, l’audit avec deux des cabinets connus au sein des Big4, le secteur bancaire, le secteur du service comme l’intérim et les opérateurs économiques, mais aussi l’industrie avec l’extraction minière, chimique ou encore le secteur de la santé. Notre champ d’intervention est très vaste, nous pouvons travailler avec tous ceux qui ont besoin de faire de la veille et de la recherche. Nous fournissons un outil d’intelligence stratégique et économique, celui-ci est particulièrement dédié aux organisations B2B (business-to-business, industrielles, NDLR), du moins bien plus qu’aux entreprises axées B2C (business-to-client, NDLR) orientées réseaux sociaux, social listening. Nous sommes sur la partie veille sur les mêmes secteurs que KBcrawl et Digimind, mais pas que, puisque nous avons ajouté d’autres piliers qui nous différencient. Ainsi, le groupe canadien IAMGOLD utilise notre outil pour exécuter la veille sécuritaire en temps réel de ses sites installés dans le Sahel et au Suriname. Nous essayons de rester indépendants.

Nous avons également des partenariats en R&D qui nous conseillent sur les sujets fondamentaux et nous réalisons la recherche appliquée et le développement en interne. Nous maitrisons en interne les droits de propriété intellectuelle et de développement. Nous avons également un partenariat avec Atos France dans le domaine de la défense. Nous sommes ouverts à tous les intégrateurs et sommes prêts pour tous ceux qui souhaitent utiliser nos services via API, on pourrait dire que nous sommes « agnostiques » à ce niveau-là.

Enfin, pour faire notre marketing, nous avons choisi l’École de Guerre économique. Nous sommes sollicités également par d’autres universités qui ont des masters en intelligence économique, pour de futurs partenariats. Mais l’EGE reste pour l’instant notre interlocuteur privilégié.

 

  • PIE : Comment voyez-vous le futur de Cikisi ?

VM : Nous avons une feuille de route assez étoffée avec beaucoup de sujets bien définis. En 2020, nous mènerons encore plus loin nos travaux sur les images et la reconnaissance faciale, ce qui nous permettra de mettre en surbrillance une personnalité suivie, ou de partir d’une simple photo pour aller trouver dans le fichier source les parutions ou le nom de la personne figurant sur cette photo. Nous avons bien avancé sur la détection des logos, qui est intéressant en social listening pour le B2C ainsi que la détection des objets. Et puis, à côté de ces travaux sur les images, nous allons travailler sur l’indexation de documents. Nous avons dessiné une solution SaaS pour cela, car certains clients souhaitent intégrer leurs documents à Cikisi afin d’utiliser nos moteurs d’indexation, de recherche et d’exploration.

 

À la base, ce n’était pas notre domaine, c’est un passage des données publiques aux données internes de l’entreprise. Nous sommes également en plein développement d’un outil de détection et de gestion d’événement (crise), ciblé pour les organisations étatiques, mais qui pourra également être utile pour les entreprises. Enfin nous sommes sollicités pour des projets de R&D au niveau européen (H2020), notamment sur la thématique des fake news. Voilà beaucoup de projets très intéressants et en perpétuelle évolution.