Analyse

Le directeur sûreté, maillon fort du continuum de sécurité

Le 11 décembre 2019 par Théo Lambert

Les directions de sûreté des entreprises sont appelées à monter en compétence, notamment par une meilleure reconnaissance de leur rôle. Le rapport parlementaire « D’un continuum de sécurité vers une sécurité globale », publié par les députés Alice Thourot et Jean-Michel Fauvergue (ancien chef du RAID), émet des recommandations concernant la sûreté en entreprise. Le rôle du directeur sûreté deviendrait la clef de voûte de ce continuum.

Ces députés ont remis le 11 septembre 2018 au Premier ministre Édouard Philippe, un rapport contenant 78 propositions traitant des conditions nécessaires pour développer une synergie entre les agents de sécurité publique et les acteurs privés de la sûreté. L’objectif est d’offrir un cadre de sécurité plus efficient aux entreprises et à l’Etat. 

Ce rapport a été commandé par le ministre de l’Intérieur Gérard Collomb suite au lancement de la Police de Sécurité du Quotidien, pierre angulaire de la nouvelle politique de sécurité gouvernementale. Partant du principe que la sécurité est le fruit d’une collaboration active entre les forces de sécurité nationale, les policiers municipaux et les agents de sécurité privée, la volonté affichée est de faire de chaque acteur un atout. Pour cela, la coordination entre les différentes forces doit être développée et l’affinage des compétences de ces dernières encouragée, impliquant une phase législative indispensable.

Parmi les propositions des deux députés chargés du rapport, il est mentionné de « conforter le rôle et le positionnement des directeurs de la sécurité dans les entreprises ». Cette proposition marque la volonté d’accroître la collaboration public-privé. À ce titre, le Club des Directeurs de Sécurité & Sûreté des Entreprises (CDSE) développe sous l’impulsion d’Alain Juillet depuis 2012, un partenariat avec l’École Nationale Supérieure de Police (ENSP) pour la formation de ses cadres d’entreprises. Cette collaboration a pour but de profiter des enseignements d’excellence de l’ENSP et de comprendre les apports bénéfiques de la sécurité publique pour parfaire la formation des directeurs sécurité et sûreté. Loin d’être unique, ce partenariat illustre cette porosité entre sécurité publique et privée désormais assumée. Du côté du secteur public, il a pour objectif de se décharger de certaines missions pouvant être reléguées à des acteurs privés. La collaboration leur permettrait une montée en compétences afin de pérenniser cette impulsion.

Le 14 octobre 2019, Stéphane Volant, Président du CDSE, publie une tribune plaidant pour inscrire dans une future loi le rôle des directeurs sécurité-sûreté et des entreprises, désormais acteurs incontournables du continuum de sécurité. En ce sens, la proposition 14 du rapport des députés Thourot et Fauvergue a pour but de « revaloriser le rôle et le positionnement des directeurs de la sécurité dans les entreprises ». Conscients de la place grandissante prise par les responsables chargés de la sécurité dans les entreprises, les auteurs de ce rapport comprennent également le fait du caractère marginal de ce rôle, précédemment trop peu pris en compte. En l’espèce et dans les faits, le rôle du responsable sécurité-sûreté est différent selon le secteur de l’entreprise, pouvant évoluer de la simple surveillance vidéo à la sécurisation d’un site dans un pays à risques. Ainsi, une entreprise doit interpréter la sûreté comme un investissement et non la considérer comme un simple coût. Au-delà de l’avancée législative, une évolution des mentalités doit s’opérer.

Ce rapport propose aussi la création d’un statut spécifique, celui de « correspondant sécurité ». Il serait l’interlocuteur privilégié des pouvoirs publics en matière de sécurité et sûreté. Cela permet d’instaurer une relation durable et de confiance entre le secteur public et privé. De plus, les entreprises justifiant d’une activité nécessitant l’habilitation « Confidentiel-Défense » pourraient en faire la demande pour leurs correspondants afin de pouvoir échanger des informations avec les services publics à un niveau de sécurité élevé. Le rapport propose que chaque correspondant fasse l’objet d’un agrément par le Conseil National des Activités privées de Sécurité (CNAPS). En outre, un assouplissement des règles de mobilité pour les cadres du Ministère de l’Intérieur permettrait également de renforcer le dispositif voulu dans ce rapport.

Le continuum de sécurité se veut être la base de la sécurité globale en incluant une collaboration pleine et entière entre les forces de sécurité publique et les acteurs privés. Le rôle des entreprises, maillons forts de la sécurité, est clairement énoncé, et leurs responsabilités sont appelées à grandir. Dans un contexte de menaces permanentes, qu’elles soient terroristes ou économiques, les entreprises s’adaptent notamment via la sensibilisation des services de l’État comme celle de la Direction Générale de la Sécurité Intérieure ou du Renseignement Territorial

Pour inciter les grandes entreprises ou et celles travaillant dans un secteur fortement exposé aux risques, les députés Alice Thourot et Jean-Michel Fauvergue demandent la signature d’une charte les engageant à respecter les mesures de sécurité et sûreté qui pourraient avoir un effet positif sur l’ensemble des entreprises du secteur privé. En effet, ces mesures sont présentées comme nécessaires, mais non imposables par voie juridique. Parmi celles-ci figurent l’existence d’un directeur sécurité-sûreté siégeant au comité de direction ou au comité exécutif, la rédaction d’un document annuel précisant le bilan en matière de protection de l’entreprise incluant les projets réalisés et à venir, ou encore l’élaboration d’un plan de formation à la sécurité-sûreté et à la gestion de crise concernant la totalité des salariés de l’entreprise.

Ainsi, le rôle du directeur sécurité-sûreté est appelé à devenir le nœud de la collaboration voulue entre les forces de sécurité publiques et le secteur privé. Le correspondant désigné aura pour responsabilité de faire remonter aux différents services de l’État les informations dont il dispose et les éventuelles problématiques qu’il rencontre. Son recrutement sera facilité par le vivier que représente le Ministère de l’Intérieur et la confiance mutuelle. La voie législative semble pour l’instant ne pas être envisagée pour ces mesures. Reste à savoir si les entreprises joueront le jeu en intégrant dans leurs stratégies de développement qu’il s’agit d’un investissement d’avenir sur le temps long et non d’une ligne budgétaire supplémentaire.

 

Théo Lambert