Analyse

La vérification des faits à l'ère de la désinformation

Le 21 janvier 2020 par Othmane Ouanaim

Depuis la révolution numérique, le fact-checking n’a cessé d’évoluer. Face à la multiplication de la désinformation, ce travail de vérification s’est progressivement étendu à l’ensemble des informations véhiculées dans l’espace public. A l’ère d’internet, l’information circule très rapidement, la désinformation devient si facile à produire et à diffuser qu'il est important pour chacun de développer des compétences en vérification.

La vérification de l’information est un processus qui permet de trouver de nouveaux indices et de faire corroborer les preuves. Il existe plusieurs outils permettant de vérifier l’authenticité d’une vidéo, comme « YouTube Dataviewer » développé par l’ONG Amnesty International, ou « InVID » développé par l’AFP. Ce dernier outil permet de détecter, d’authentifier et de vérifier la fiabilité, l'exactitude et la véracité des vidéos diffusées sur internet. Le logiciel extrait une série d'images issue de la vidéo pour effectuer une recherche inversée sur différents moteurs de recherche (tels que Bing, Yandex, ou encore DuckDuckGo) ; ces derniers vérifient si les images capturées ont déjà été référencées sur d'autres sites.

La recherche d’image inversée se traduit comme une requête en référencement auprès d’un moteur de recherche d’une image extraite à partir vidéo. Elle ne donne pas systématiquement de résultat, pour deux raisons : d’une part, dans le cas de figure où l’image n’a jamais été publiée sur internet, soit parce qu’elle n’est pas encore indexée.

 

Le recours aux indices visuels (enseignes de magasins, plaques de rues, marquages au sol, arrière-plan, plaques d’immatriculation, etc.) peut aider à retrouver le lieu voire à dater une image. Il s’agit d’avoir recours à une technique d’investigation : GEOINT (Geospatial intelligence). Elle peut être définie comme « une information sur l’activité humaine ou environnementale sur Terre dérivée de l’exploitation et de l’analyse d’images et d’informations géospatiales décrivant, évaluant et représentant visuellement des entités physiques et des activités géographiquement référencées ».

 

 Il est à noter que les outils de recherche sont éphémères et de nouveaux naissent constamment. Compte tenu de la rapidité avec laquelle une information cruciale peut être perdue, la capture écran reste un excellent moyen d’assurer l’enregistrement et la transparence d’un processus de vérification.  

Prenons l’exemple d’Alexandre Capron présentateur et journaliste d’ « Info ou Intox » chez France 24. Lors d’une conférence intitulée « Fact-checking : Méthodes, outils, et un peu plus que ça »,  le journaliste a présenté une vidéo accusant des ouvriers de vol qui aurait été partagée sur plusieurs sites dans différents pays, comme  le Cameroun, le Gabon, ou encore la France. Suite à un travail d’investigation de dur labeur et à l’aide de contacts, il s’est avéré que la vidéo a été tournée au Mozambique.

 

En outre, les motivations encourageant la propagation de fake news sont multiples. La diffusion d’un contenu outrageant sur internet permet de créer le « buzz », soit d’obtenir une forte audience en un laps de temps réduit. Comme les algorithmes des réseaux sociaux mettent en avant les contenus disposant de nombreuses mentions « j’aime » ou de partage, ces contenus ont davantage de visibilité et mènent souvent à des propositions de sponsoring et de monétisation.

Sur Twitter, une étude du MIT publiée dans le magazine Science démontre qu’une information vraie met six fois plus de temps à parvenir à 1500 personnes qu’une information qui ne le serait pas. En conséquence, il n’est toujours pas évident de démêler le vrai du faux, d’autant plus que sur internet et les réseaux sociaux les rumeurs sont démultipliées et amplifiées. 

 

Il est essentiel pendant la vérification d’un élément de contenu, d'élaborer un tableau de bord couplé à un système d'alertes afin de visualiser et comparer les résultats. Ainsi, plus le veilleur dispose d’informations sur chaque pilier, plus sa vérification sera solide. En outre, avant de vérifier la véracité d’une information en ligne, il faut d'abord se poser une question fondamentale : le contenu est-il lié à un événement qui s'est réellement déroulé ? 

Identifier la fiabilité d’une source est ainsi primordial, pour pouvoir par la suite d’assurer de la véracité de l’information. La vérification repose sur cinq piliers essentiels à respecter.

 

Le premier est la vérification de la provenance, il est impérativement nécessaire de s’assurer de l’originalité du contenu à partir des détails présents et de nos connaissances pour ne pas nuire à l’ensemble du contenu. 

Vient ensuite la vérification de la source, soit la personne qui a créé ce contenu, tout en insistant sur la nécessité de faire la différence entre la personne qui a diffusé le contenu et qui l’a capturé. Il est par exemple nécessaire de se demander si la personne qui détient le compte était à proximité de l'endroit où l'événement s’est produit.

En troisième lieu, il convient de recherche la date. Il faut reconnaitre que chaque publication sur internet est horodatée, mais l’horodatage ne précise que la date de diffusion d’un contenu pas celui de sa capture. Pour déterminer la date à laquelle un élément a été capturé, on peut se référer aux métadonnées grâce a plusieurs outils comme Jeffrey’s Image Metadata Viewer.

Quatrièmement il faut se concentrer sur la localisation, le lieu de création du compte utilisateur à l’origine de la diffusion de ladite information. En effet les publications sont souvent localisées, mais l’emplacement diffère entre le lieu de capture et de diffusion, la compétence la plus importante à développer pour vérifier un emplacement est l’aptitude d'observation.

Enfin la motivation, nul peut connaitre quelle est la raison de la diffusion d’un contenu. Il est nécessaire de rassembler un maximum d’informations sur le compte diffuseur pour connaitre la finalité de son acte, ou bien lui demander directement afin d’avoir une réponse concrète, même si obtenir une réponse est peu probable au regard des sanctions qu'il encourt. De plus, un trop grand attachement sur la véracité d’une hypothèse peut non seulement compromettre l'intégrité de la vérification, mais peut aussi être une importante perte de temps.

 

De ce fait, il existe plusieurs manières de lutter contre la désinformation. Il convient tout d’abord de sensibiliser le grand public aux techniques de manipulations de l’information. À cet effet, l’association FAKEOFF est la première à se mobiliser contre les fake news. Le contrôle des informations doit également être renforcé avant toute publication par les administrateurs et utilisateurs, notamment sur les réseaux sociaux. La dernière issue est le recours à l’intelligence artificielle. Le fact-checking est toujours effectué manuellement et la vérification manuelle de chaque contenu individuellement est une tâche lourde. À titre d’exemple, Facebook emploie des milliers de modérateurs dont l’unique mission consiste à nettoyer la plateforme des fake news et autres contenus indésirables. L’intelligence artificielle permet de traiter une gigantesque masse de donnée dans un laps de temps réduit. 

 

En outre, Il existe de nombreuses précautions de sécurité à considérer lors de travaux de vérification :

- Avoir un niveau élevé de sécurité numérique personnelle, utilisation d’un mot de passe robuste.

- Vérification des empreintes numériques et des paramètres de confidentialité de tous les comptes sociaux utilisés. 

- Utilisation d’un VPN.

- En cas de partage ou publication d’information dans des espaces fermés ou anonymes, l’utilisation d’un pseudo est primordiale. 

 

Pour conclure, une vérification efficace de l’information repose sur la persévérance et l'utilisation d'outils d'enquête numériques couplé à la créativité. Aujourd’hui, le fact-checking prend de plus en plus d’ampleur et s’institutionnalise. Un certain nombre d’organisations et d’institutions ont mis en place des structures dédiées afin d’y faire face, notamment sur les sujets et les périodes qui suscitent le plus d’intérêts. Malgré les actions entreprises, il reste beaucoup de travail à faire pour limiter cette propagation. En effet, la plupart des interventions ayant pour ambition de freiner la propagation de fake news, souffrent du même problème. Elles tentent d’intervenir et de rectifier les effets après que les fausses nouvelles aient déjà commencé à se propager.  Or, même si la réaction est rapide, il est souvent trop tard, étant donné la vitesse de circulation des fake news. 

Othmane Ouanaim

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