Analyse

[JdR] Quels risques pour une économie mondiale marquée par la récession? (Partie 1/2)

Le 12 mars 2020 par Karima Alami & Sarah Mahboub

Après avoir analysé les principaux risques géopolitiques et commerciaux dans notre dernière publication, l’analyse de cette semaine portera sur les risques financiers et budgétaires quant à leur impact sur les États et les entreprises.

Selon le rapport sur les risques mondiaux publié par le World Economic Forum, les pressions exercées sur l’économie mondiale par les fragilités macroéconomiques et les inégalités financières ont continué à s’intensifier en 2019. Les confrontations économiques et la polarisation des politiques intérieures ont rendu le climat économique de plus en plus défavorable pour les États et les entreprises, notamment à travers la mise à l’épreuve des barrières commerciales, des investissements mondiaux et des politiques budgétaires. 

 

Au cours de la dernière décennie, l’économie mondiale a connu une transition d’une croissance modérément stable vers un ralentissement synchronisé, selon le Fonds Monétaire International (FMI). Cette nouvelle ère se caractérise par une croissance en berne avec une décélération graduelle des sept plus grandes économies du monde - à l’exception du Japon - qui représentent ensemble plus de la moitié de la production mondiale. Quant aux économies du G20, à l’exception de l’Indonésie et de la Corée du Sud, le rythme de croissance est inférieur à 2%. En outre, les mesures coercitives adoptées par les banques centrales, lors de la crise économique de 2008, pourraient contribuer à l’émergence d’une nouvelle crise de 2020.  Entre des États endettés et les bourses mondiales surévaluées, certains économistes tirent la sonnette d’alarme puisqu’en plus de signaux inquiétants personne ne semble se soucier de la masse de crypto monnaie qui pourrait s’évaporer en quelques jours. Autrement dit, la volatilité considérable que connaissent les marchés à l’heure actuelle peut entraîner une variation significative en terme de cotation, vue que les crypto-monnaies ne sont pas régulés. Cela augmente également le risque de gapping. 

 

De plus, l’année 2020 est une année à forte incertitude du fait de la nouvelle pandémie du Covid19, dont les risques, qui n’avaient naturellement pas été prédits dans les rapports des risques de 2020, suscitent à la fois inquiétudes et volatilité. Quant au cours du pétrole, après avoir été porté par les tensions entre l’Iran et les États-Unis, les prix se sont effondrés au cours du mois de février et mars 2020, à la suite des craintes d’affaiblissement de la demande chinoise dû à la propagation du virus. La baisse de plus de 10% de la moitié des valeurs boursières du CAC 40 en février dernier en est le parfait témoin. 

 

Quand le rapport de force et la crise pandémique rompent l’équilibre du marché pétrolier

Entre l'assassinat du général iranien Qassem Soleimani par les États-Unis et l’attaque iranienne contre les bases militaires irakiennes abritant des soldats américains, les risques géopolitiques ont été au premier plan des marchés pétroliers en 2020. 

L’apaisement des tensions américano-chinoises et des craintes d’une escalade entre l’Iran et les États-Unis auraient pu consolider la situation du marché pétrolier. Or, ce dernier est devenu atone à cause du coronavirus. L’épidémie a induit une chute des cours en Asie. Le baril de Brent de la mer du Nord s’est affiché à 33,29 soit une perte de près de 50% depuis le 1er janvier. 

 

Outre cette crise conjoncturelle, la bataille géopolitique entre l’Arabie saoudite et la Russie a induit une chute du baril de brent de 45 à 31,52 dollars, l’une des plus grosses baisses depuis 1991. La hausse de la production de Saudi Aramco a également entraîné une chute de 3% sur les bourses asiatiques et de 5% sur les bourses australiennes. Le prix du baril pourrait continuer sa décélération pour arriver à 20 dollars. 

 

La guerre des prix que connaît le marché pétrolier est particulièrement grave, vue qu’elle coïncide avec une faible demande, en raison du Coronavirus. Une telle combinaison explosive n’a pas été vue depuis le début des années 1930. En outre, la situation risque de s’empirer  puisque la Russie et l’Arabie Saoudite visent un bénéfice à court terme et à haut risque. Selon l’agence Bloomberg, si la Russie et l’Arabie Saoudite n’enterrent pas la hache de guerre au plus vite, les conséquences pourraient être cataclysmiques pour l’industrie pétrolière américaine et pourront affecter par conséquent les géants du secteur tels que Exxon Mobil. 

 

Quel sort pour les Marchés financiers ? 

Durant l’année 2019, l’analyse des données financières révèle une récession mondiale. En effet, la Chine voit sa croissance chuter à 6%, à savoir son taux le plus bas depuis presque trente ans ; ce qui implique donc que la croissance réelle est bien moindre. L’Allemagne, afin de contrer les effets de cette récession, affiche un taux de croissance à zéro (0,6%) ; le Japon adopte la même stratégie (0,2%).

 

En ce début d’année 2020, la propagation du Coronavirus prend les acteurs économiques au dépourvu. En seulement quelques semaines, ce virus a pris une dimension mondiale nous faisant passer du stade d’épidémie à celui de pandémie. Cette rapide propagation a eu des conséquences immédiates sur les marchés.  Ainsi, les investisseurs ont rapidement été habités par de grandes incertitudes. Tout d’abord des incertitudes regardant l’évolution de l’économie mondiale puisque celle-ci chancelle sous leurs yeux ; puis l’incertitude quant à la gravité et à la durée de la pandémie ; ensuite des incertitudes concernant la capacité des gouvernements à contenir le virus ; enfin il y a de grandes incertitudes concernant les banques centrales et leur capacité à contrer les retombées économiques. Plus cyniquement, une incertitude persiste quant à la durée et au degré de l’incertitude, d’autant plus que cette épidémie a tout d’un “cygne noir”. 

 

Ces incertitudes ont entraîné une chute des indices, en particulier le S&P 500, qui a chuté de 11,5%, et finit par atteindre le 9 mars son coupe circuit, à savoir que  l’indice étant passé sous la barre des 7%, les négociations ont été bloquées le temps d’un rééquilibrage. De plus, la semaine dernière, l’EuroStoxx 500 a dévissé de 12,4% ; le Dow Jones a connu sa plus forte baisse en une journée ; et le CAC 40 chute de 8,39%, ce qui n’était pas arrivé depuis la crise de 2008. Par ailleurs, le niveau de l’indice de volatilité VIX, surnommé “indice de la peur”, frôle les 60 points, ce qui n’était pas arrivé depuis 2008.

 

Face à ces chutes en cascade, les banques centrales essaient, tant bien que mal, de colmater les pertes vertigineuses des marchés. Par conséquence, la Banque Fédérale baisse ses taux d’un demi-point qui évoluent désormais entre 1% et 1,25% ;  la Banque d’Angleterre suit son homologue américaine et baisse ses taux de 0,75% à 0,25% . Par ailleurs, en plus d’abaisser ses taux, la Fed injecte des liquidités de manière frénétique. S’agissant de l’Union Européenne, la Banque Centrale Européenne (BCE) maintient ses taux directeurs et compte augmenter le rythme des achats de dettes publique et privée, achetant ainsi 120 milliards d’euros en plus. Ainsi, contrairement à la Fed qui ne souhaite pas l’utilisation des quantitative easings (QE) qui entraîneraient des risques d’inflation et l’apparition de bulles spéculatives, la BCE élargit le champs et refuse d’abaisser ses taux ce qui a immédiatement entraîné une chute de 8% de la Bourse de Paris. 

 

Les conséquences d’une épidémie sur les marchés financiers n’ayant pas été envisagées, les investisseurs n’ont ni les connaissances ni la méthodologie afin de pouvoir répondre efficacement à celles-ci. De plus, cette incertitude inquiète alors même que les mesures d’urgence annoncées par la Fed ne sont pas suffisantes pour calmer les marchés. En effet, à la suite de l’annonce de la réduction des taux d’intérêts de référence d’un demi-point de pourcentage, les marchés boursiers sont remontés seulement pendant une quinzaine de minutes avant de s’écrouler.

 

Du fait de l’impuissance des autorités gouvernementales à contenir le virus et de l’absence d’annonce de plans stratégiques, les marchés financiers ne sont pas du tout rassurés, et ceci même avec les importantes interventions des banques centrales 

 

En conclusion, le coronavirus a entraîné une rapide et puissante chute des marchés financiers qui a surpris tous les acteurs concernés. Ces derniers naviguent à vue et les indices actuels ne nous permettent pas d’estimer qu’une telle situation va rapidement efficacement être prise en main. 

 

Le Coronavirus : Le cygne noir des entreprises en 2020 

Le Coronavirus n’épargne pas les grandes entreprises, et le secteur aérien est le plus affecté. En effet, les entreprises aériennes sont obligées de gérer une crise à laquelle elles ne sont pas préparées. Ainsi, la compagnie scandinave SAS, après avoir annoncé la suspension de ses vols vers la Chine continentale, Shanghaï et Hong Kong, va réduire de 20% les salaires de ses employés. Air France - KLM se déclare en “urgence économique” et prend des mesures drastiques telles que les propositions de  congés sans solde pour les salariés et l’annulation sans frais des billets d’avion ce qui engendre, pour l’instant, une perte de 200 millions sur son résultat. American Airlines, qui suspend ses vols vers la Chine et Hong Kong jusqu’au 24 octobre, a réduit les salaires, même celui du PDG. Korean Air, après avoir abaissé ses capacités internationales de 80% et cloué au sol les deux-tiers de sa flotte, est en “grand danger”. Enfin, la pandémie a fini par achever la compagnie britannique Flybe qui a annoncé la cessation immédiate de ses activités alors qu’elle venait d’échapper au dépôt de bilan suite à une aide fiscale de la part du gouvernement britannique. 

 

Sont touchées également les entreprises qui ont un marché conséquent en Chine, à l’exemple de Pernod Ricard, ou encore Adidas. La première, numéro un mondial des spiritueux, revoit à la baisse son objectif annuel de résultat opérationnel courant, et l’estime entre 2 et 4%. Cette nouvelle prévision peut s’expliquer, entre autres, par la baisse de fréquentation des aéroports, et par la baisse de fréquentation, voire la fermeture des restaurants, bars, ou encore des boîtes de nuit. La seconde qui compte 500 magasins en propre et 11500 franchisés en Chine a rapporté que ses ventes avaient reculées de 85% depuis la fin janvier. 

 

Les coups portés au secteur aérien entraînent des conséquences à l’égard du secteur du tourisme, de la restauration, du secteur de la musique et du cinéma. On voit ainsi l’annulation à la chaîne de croisières, de chambres d’hôtels, de festivals, ou encore la fermeture de certains parcs d'attraction. 

 

Du fait de l’impact sur différents secteurs du marché mondial, l’Organisation de Coopération et de Développement (OCDE) a réduit ses prévisions concernant la croissance mondiale pour l’année 2020, ainsi le chiffre passe de 2,9% à 2,4%, et cette dernière a prévenu les pays partageant l’Euro d’une possible entrée en récession, l’Italie étant probablement déjà fortement engagée sur cette voie. Toutefois, s’agissant de l’UE, Ursula von der Leyen, a fait savoir que serait créé un fonds d’investissement de 25 milliards d’Euros en réponse à l’épidémie de Coronavirus destiné, entre autres, aux systèmes de santé et aux petites entreprises..

 

S’agissant particulièrement de la France, Bruno le Maire déclare, fin février, que le Coronavirus sera considéré comme un cas de force majeure pour les entreprises, justifiant ainsi l’inapplication des pénalités en cas de retard d’exécution des prestations contractuelles. Par ailleurs, le ministre de l’économie revoit également à la hausse l’impact du virus puisqu’il serait désormais “de plusieurs dixièmes de points de PIB”. D’ailleurs il estime que la croissance de l’économie française pourrait bien être inférieure à 1%. De plus, le ministre confirme que le virus aura un impact sur l’emploi et annonce un possible dégrèvements d’impôts pour les entreprises particulièrement affectées.

 

Ces dernières semaines, nous avons assisté à la débâcle des marchés financiers dont le sort n’est toujours pas stable. Cette frivolité des marchés a pour conséquence un ralentissement public synchronisé.

 

Karima Alami & Sarah Mahboub

suite demain midi

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