Analyse

[JdR] Quels risques pour une économie mondiale marquée par la récession? (Partie 2/2)

Le 13 mars 2020 par Karima Alami & Sarah Mahboub

Suite et fin du [JdR] du 12 mars 2020. Alors que les bourses mondiales s'effondrent avec ce que l'OMS appelle désormais la pandémie du Covid-19, l'année 2020 semble mal engagée pour l'économie. A cela s'ajoutent un Brexit toujours pas formalisé, une guerre commerciale USA-Chine toujours plus virulente, etc.

 

L’économie mondiale 2020 : vers un ralentissement public synchronisé 

Afin d’amortir le commerce et les chocs économiques, les banques centrales ont atteint un niveau record en termes d’injection de masse monétaire. Cette politique de relance a induit à une aggravation de la dette à la fois des entreprises, des ménages et des États. Dans un rapport de la Banque Mondiale, on constate que les niveaux d’endettements mondiaux ont atteint un sommet de 230% du PIB en 2018 et ont augmenté depuis. La croissance de la dette est particulièrement alarmante dans les marchés émergents, selon la Banque mondiale, qui détient environ 50 milliards de dollars de dette, ce qui les rend particulièrement vulnérables à tout choc, qu'il s'agisse d'un ralentissement généralisé, de nouvelles guerres commerciales ou d'une correction des marchés financiers. 

L’analyse des risques budgétaires sera limitée aux États-Unis, la Grande-Bretagne comme pays développés et la Chine et le Liban comme pays émergents. 

 

États-Unis : Une politique publique de plus en plus risquée… mais sans surprise. 

A la fin de l’année 2019, le Trésor américain a annoncé que la dette publique des Etats-Unis avait dépassé la barre des 23000 milliards de Dollars, battant ainsi un nouveau record. Malgré la promesse de Donald Trump de réduire drastiquement la dette publique, il semblerait qu’en ce début d’année 2020 la dette risque d’atteindre un niveau historique et retrouver son niveau de 1946 ! En effet, dans son rapport de janvier 2020, le Congressional Budget Office (CBO) prévoit que la dette publique passe de 81% du PIB en 2020 à 98% en 2030. Par ailleurs, si l’on se projette à 30 ans, il semblerait que la dette continue de fortement augmenter pour atteindre 180% du PIB.

 

Dans un enregistrement ayant fuité, le Président américain se demandait “Qui a en a quoi que ce soit à foutre, du budget ?”, et cet état d’esprit est bien en adéquation avec la situation budgétaire puisque la dette publique a augmenté de 3000 milliards de Dollars depuis l’entrée de Donald Trump dans le Bureau Ovale. 

 

Par ailleurs, la situation de tend pas à s’améliorer, car pour le seul exercice fiscal de 2020, le CBO estime que le déficit budgétaire serait supérieur à 8 milliards de Dollars par rapport aux prévisions faites en Août 2019, et pourrait même atteindre 1015 milliards de Dollars. De plus, pour la période 2020-2029, l’agence évalue ce déficit à un total cumulé de 12367 milliards de Dollars. Le déficit sera ainsi, selon le CBO de 4,6% du PIB en 2020 et de 5,4% en 2030. 

 

De l’autre côté de l’Atlantique, la stratégie et la vision est tout autre, et le Royaume-Uni débute une période pleine de défis. 

 

Royaume-Uni : le défi post Brexit

A la fin de l’année 2019, les spécialistes prévoyaient qu’un No deal pourrait entraîner une dette publique qui frôlerait, à l’horizon 2022-2023, les 90% du PIB, Le début d’année 2020 ne laisse aucun répit puisqu’en plus des conséquences du Brexit intervenu au 31 janvier, le Gouvernement britannique doit gérer les conséquences qu’emportent le Coronavirus sur l’économie du Royaume. D’ailleurs, l’OCDE a déjà revu ses prévisions à la baisse puisqu’elle table sur une croissance de 0,8% au lieu du pourcent annoncé. 

 

Selon Reuters, l’Office de Gestion de la Dette du Royaume-Uni devrait annoncer une émission de bons du Trésor d’environ 166,6 milliards de Livres, contre 136,8 milliards de Livres pour l’année 2019-2020. En conséquence, les spécialistes relèvent que le montant de cette émission d’obligations d’Etat est la plus forte depuis 2011-2012. 

Enfin, la promesse de campagne de faire le déficit budgétaire sous les 2% pourrait être revue du fait des circonstances exceptionnelles qui frappe les Etats du monde entier. 

 

Si la Grande-Bretagne tente de sauver les meubles et de sortir indemne du Brexit et du Coronavirus, la Chine, elle, doit faire face à une situation bien plus grave. 

 

Économie chinoise : d’une guerre commerciale à une bataille épidémique 

Entre l’année 2017 et 2019, la Chine a vu sa dette publique passer de 47% à 54%. Cette hausse de 7 points peut s’expliquer par des facteurs à la fois cycliques dus aux différentes tensions commerciales avec les États-Unis et structurels tels que l’endettement et la démographie des entreprises. Or, malgré l’apaisement des tensions commerciales annoncé en décembre 2019, les tarifs douaniers imposés par les États-Unis continueront à impacter négativement la croissance chinoise à l’échelle 2020 et plus particulièrement les exportations. 

En outre, il convient de noter que la campagne de désendettement que le Président Xi Jinping a lancé en 2016 pour limiter les marchés financiers a mené à une répression des prêts non réglementés, autrement dit le Shadow Banking, et à renforcement des règles de gestion des actifs. Cela a conduit à un nombre record de défauts de paiement soit plus de 18,7 milliards de dollars en 2019. Quant aux entreprises du secteur privé, elles ont affiché plus de 80% des défauts de paiement. Aujourd’hui, la propagation du Coronavirus constitue un facteur de risque supplémentaire qui s’ajoute aux entreprises chinoises, dans le sens où la fermeture d’une grande partie des entreprises et le ralentissement de l’activité économique chinoise pourrait faire émerger de nouveaux mauvais payeurs. 

 

Si la Chine connaît une épidémie hors du commun, le Liban passe par la pire crise financière de toute son histoire. 

 

L’année 2020, une année sans précédent pour l’économie libanaise 

Après des mois de protestations alimentées par la crise financière et la baisse des envois de fonds de l’étranger, l’année 2020 ne s’annonce pas comme un cygne noir pour le Liban. 

Alors que le gouvernement cherche à redresser la situation du pays, qualifiée comme étant la pire crise financière du pays dans un contexte de resserrement des liquidités, le pays cherche à réduire sa dette de 170% du PIB en ne remboursant pas ses obligations et en établissant de nouveaux paramètres avec ses créanciers. 

D’autant plus, les risques de défauts de paiement et des différentes batailles judiciaires qui se sont produites en Argentine à l’écart des marchés internationaux du crédit pendant des années, risquent de se reproduire au Liban si les banques locales, les plus grands détenteurs d’euro-obligations et les investisseurs étrangers dans le pays ne contribuent pas à la majorité des votes nécessaires pour modifier les conditions des obligations. La déclaration du Liban l’a mis sur la voie du premier défaut de paiement, alors qu’il doit faire face à la diminution des réserves de devises étrangères et à une hyperinflation. 

 

En outre, avec le rejet du recours au programme d’aide financière du FMI et la dévaluation de la livre libanaise de 40%, toute dévaluation du taux de change officiel maintiendra probablement le poids de la dette globale à un niveau élevé, même si les euro-obligations étaient restructurées avec une réduction de valeur.

La sortie de la crise financière ne semble pas être évidente, car le gouvernement va devoir procéder à l’augmentation des impôts, de l’électricité, à des ventes d’actifs publics et à des renvois massifs de fonctionnaires. Cette politique d’austérité budgétaire, accompagnée de prélèvements sur les comptes des déposants les plus riches et de la réduction du poids des banques dans l’économie risque d’aggraver  les tensions sociales dans le pays.

 

 

Karima Alami & Sarah Mahboub

pour le club Risques

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