Analyse

[Conversation] L’Agence de l’innovation de défense (AID) au cœur de l’arsenal d’innovation du ministère des Armées : Interview de Mathilde Herman

Le 17 avril 2020 par Portail de l'IE

Lors de La Fabrique Défense, évènement qui s’est tenu le 17 et le 18 janvier à Paris à l’initiative du ministère des Armées pour fédérer les jeunes autour de « l’esprit de défense », le Portail de l’IE est allé à la rencontre de Mathilde Herman, responsable des relations institutionnelles de l’Agence de l’innovation de défense (AID), créée il y a un an et demi, 1er septembre 2018.

Portail de l’IE : Tout d’abord, quelques mots vous concernant. Qui êtes-vous, que faites-vous, et quel est votre parcours ?

Mathilde Herman : Je m’appelle Mathilde Herman et je travaille pour l’Agence de l’Innovation de Défense depuis le mois de décembre. Je suis responsable des relations institutionnelles et mon travail consiste à m’assurer que l’Agence soit connectée avec son écosystème et puisse entretenir des relations pérennes avec les acteurs avec lesquels elle collabore. Je suis par exemple à la disposition des commissions de défense du Parlement ou des partenaires industriels dont notamment ceux qui sont fédérés au sein d’associations professionnelles. Mon rôle est donc de créer du lien avec le monde extérieur et d’animer cette relation que l’AID entretient avec son réseau.

S’agissant de mon parcours, j’ai travaillé pendant 4 ans dans l’industrie de défense terrestre pour le groupement industriel GICAT. Je dispose d’une licence en droit public et sciences politiques et un Master en relations internationales. Je suis également enseignante en économie de la défense à l’Université Lyon 3 Jean Moulin en Master 2 « Sécurité internationale et Défense », responsable du comité « Armée du futur » au sein de l’association des Jeunes IHEDN ainsi que réserviste de l’état-major de l’armée de Terre.

 

Portail de l’IE : Quelles sont les principales missions de l’AID ?

MH : L’AID est un service à compétence nationale, rattaché au Délégué général de l’armement. Elle se veut fédératrice de l’innovation au sein du ministère des Armées, et ce au bénéfice des 3 armées, des directions et des services du ministère.

L’innovation de défense s’inscrit à la fois dans le temps long et le temps court :

  • Dans le temps long, pour préparer des investissements structurants, anticiper les ruptures technologiques, s’assurer la maîtrise des technologies émergentes à caractère stratégique, et maintenir l’excellence de notre base industrielle et technologique de défense (BITD), et
  • Dans le temps court, pour capter rapidement l’innovation issue du marché civil et des rangs des armées, en tirant parti des nouveaux usages qu’elle engendre.

L’innovation ouverte, c’est aussi savoir se tourner vers d’autres secteurs, notamment le secteur civil, pour aller capter l’innovation là où elle se trouve.

 

Portail de l’IE : Comme nous l’avons vu lors d’une intervention de l’AID lors de La Fabrique Défense, l’Agence dispose d’un service où ce sont les membres des forces armées mêmes qui sont à l’origine de certaines innovations.

MH : Absolument, il s’agit de la cellule innovation participative (CIP). Avant la création de l’Agence, cette cellule s’appelait la « mission pour le développement de l’innovation participative » (MIP). Elle a rejoint l’Agence dès sa création le 1er septembre 2018. La CIP offre un soutien financier, technique et administratif à tout porteur d’innovation du ministère des Armées ou de la gendarmerie nationale, sans distinction de grade ou de statut, pour lui permettre d’en réaliser un prototype. Ces innovations résultent de la volonté d’améliorer une situation rencontrée dans le cadre de l’exercice de leur mission ou de résoudre un problème autre. 

L’innovation participative est une réelle richesse pour l’innovation de défense. De nombreux projets se sont développés grâce à cette pratique qui existe depuis plus de 30 ans. Aujourd’hui la cellule innovation participative de l’agence soutien des projets multiples comme P3TS, un système d’aide au positionnement sans GPS pour les véhicules terrestres, ou encore PARA-FOXun harnais spécifique pour les chiens qui sont embarqués dans des sauts en parachute, développés par un capitaine du 132e Régiment d’infanterie cynotechnique.

 

Portail de l’IE : L’Agence de l’Innovation de Défense est une nouvelle structure créée il y a un an à l’initiative de la ministre des Armées, madame Florence Parly. Quel bilan peut-on tirer de cette première année pour l’AID ?

MH : Placée sous la responsabilité de la Direction Générale de l’Armement (DGA), l’AID a démontré des résultats qui sont d’ores et déjà très concrets. L’Agence, aujourd’hui, c’est 500 projets de recherche soutenus, une trentaine de projets d’innovation qui ont été accélérés, un Innovation Défense Lab avec l’ouverture d’un « tiers lieu » accessible à l’ensemble des laboratoires d’innovation des armées, direction et service du ministère. En 1 an, plus de 300 évènements ont été organisés dans ce lieu. Le Forum de l’innovation de défense, dont la 1ere édition a eu lieu en novembre 2018, a connu un grand succès l’année dernière. La 2eme édition se tiendra fin 2020 et permettra d’exposer de façon concrète non seulement les réussites, mais également les futurs projets de l’AID.

 

Portail de l’IE : En termes d’innovation technologique, quelles sont les priorités de l’AID ?

MH : Concernant les priorités de l’Agence en termes d’innovation technologique, douze grands secteurs ont été présentés notamment pour le sourcing en innovation ouverte. Il existe un document d’orientation de l’innovation de défense qui a été rédigé à la création de l’Agence et qui vise à présenter les grandes priorités pour nos armées. Dans les grandes lignes, on retrouve l’intelligence artificielle, le quantique, les questions liées à l’hypervélocité, les armes à énergie dirigée, etc.

 

Portail de l’IE : Comment l’AID fait-elle le lien avec les industriels de la défense ?

MH : Nos collaborations avec les industriels sont nombreuses. L’AID, via l’innovation sur le long terme et le court terme, fait appel régulièrement à l’écosystème industriel. L’Innovation Défense Lab, pour répondre à un besoin précis des armées, directions et services, contractualise des marchés avec les industriels pour expérimenter leurs solutions innovantes. Plusieurs appels à projets lancés auprès des entreprises sont aussi lancés. Des subventions sont également accordées à des PME/ETI pour le développement de leur projet. C’est le cas du dispositif RAPID, dont les retombées sont assurées à la fois dans le secteur militaire et le secteur civil. Avec la DGA et BPI France, l’AID participe également à sélectionner les entreprises qui seront soutenues grâce à Definvest, un fonds d’investissement visant à protéger les entreprises stratégiques porteuses d’innovations intéressant la défense. La société Unseenlabs, spécialisée dans la production de nanosatellites pour la surveillance maritime et présente sur notre stand, fait par exemple partie des entreprises à avoir bénéficié de ce mécanisme. L4aID dispose également de l’Innovation Défense Lab qui est une cellule pour travailler avec les industriels : au moment des projets d’expérimentation, au moment où l’on fait des restitutions d’études de marché par exemple. Les modalités de collaboration avec les industriels sont donc nombreuses.  Les programmes de soutien à l’innovation permettent aussi de travailler ensemble.  C’est notamment le cas du programme RAPID qui a prouvé son efficacité dans le domaine de l’innovation duale. Dans le cadre de RAPID, le ministère des Armées finance des projets de Recherche & Développement portés par des PME, dont les retombées sont assurées à la fois dans le secteur militaire et le secteur civil. Avec la DGA et BPI France, l’AID participe également à sélectionner les entreprises qui seront soutenues grâce à Definvest, un fonds d’investissement visant à protéger les entreprises stratégiques porteuses d’innovations intéressant la défense. La société Unseenlabs, spécialisée dans la production de nanosatellites pour la surveillance maritime et présente sur notre stand, fait par exemple partie des entreprises à avoir bénéficié de ce mécanisme.

 

Portail de l’IE : Comment l’AID parvient-elle concrètement à capter l’innovation provenant du monde civil ?

MH : Nous disposons d’une cellule innovation ouverte dont le but est d’aller partout où on ne va pas habituellement, d’aller guetter, d’être dans une logique de veille. Son objectif est également d’aller chercher des partenariats avec des externes, des innovateurs qui proviennent d’autres secteurs, pour leur permettre d’amener leurs projets vers le monde de la Défense. Il s’agit d’une démarche proactive d’interconnexion avec la sphère civile. C’est notamment pour cela que notre équipe était au CES de Las Vegas en janvier dernier.

 

 Portail de l’IE : Quels profils recherche l’AID ?

MH : Nous sommes 90 en ce moment et nous allons encore monter en puissance. Nous recherchons tous types de profils, qu’il s’agisse de profils techniques pour mener à bien des veilles technologiques ou des profils plus expérimentés comme des anciens entrepreneurs. Toutes les offres d’emploi proposées par l’AID sont consultables sur le site www.profilpublic.fr .

 

Portail de l’IE : Par son stand, l’animation de nombreuses tables rondes et la présence d’Emmanuel Chiva, directeur de l’Agence, l’AID a été très active lors de la Fabrique Défense. Les questions liées à l’innovation sont-elles la clé pour intéresser les jeunes aux questions de défense ?

MH : Ce n’est pas la seule clé ! Il faut d’abord savoir que l’innovation est une thématique très vaste, qui englobe beaucoup de sous-catégories. C’est un sujet dont on parle beaucoup en ce moment, mais il ne faut pas que cela vire à l’effet de mode. L’innovation est clairement l’un des sujets qui rappellent à la jeunesse qu’il y a de la place pour elle au sein du ministère des Armées. Nous sommes constamment en recherche de profils, notamment jeunes, qui pensent autrement, qui sont dans une logique de résolution de problèmes, qui ont une fibre entrepreneuriale ou qui sont dotés d’un esprit « disruptif ». Tout cela dans le but de donner à nos armées les moyens dont elles ont besoin pour pouvoir réaliser leurs missions. Il s’agit d’un challenge de taille qui peut s’avérer très motivant.

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