Analyse

Reconnaissance faciale : l’opérationnalisation des Passages Automatisés Rapides Aux Frontières Extérieures (PARAFE)

Le 22 mai 2020 par Margaux Jayawardana
Photo par Eric Piermont/AFP

Les technologies PARAFE sont le symbole de l’automatisation et de l’évolution de l’analyse biométrique au sein des aéroports. Un marché que se partagent des grands groupes mondiaux spécialisés dans les technologies de sécurité et d’identification (Gemalto chez Thalès, Morpho ou encore Vision Box), afin d’offrir aux aérodromes d’envergure un contrôle automatisé aux frontières pour les passagers.

Inaugurés en 2009 par le Groupe ADP, au sein de l’aéroport Roissy-Charles de Gaulle, les Passages Automatisés Rapides aux Frontières Extérieures (PARAFE) sont mis en place par l'exploitant de l’aéroport pour le compte de l'État. Le contrôle du passage aux frontières est une prérogative de puissance publique détenu par les services de l’État compétents en la matière, soit la Police aux Frontières (PAF) présente dans les plateformes aéroportuaires. Ce traitement par le biais des PARAFE est une évolution technologique majeure qui permet d'améliorer et de fluidifier les contrôles de police aux frontières extérieures, prévu aux articles R.232-6 à R.232-11 du Code de la Sécurité Intérieure, par l'intermédiaire d'un dispositif biométrique multimodal. 

Au regard du décret n°2016-414 du 6 avril 2016 les PARAFE s'adressent aux personnes majeures ou mineures âgées de 12 ans révolus (uniquement en cas d’entrée sur le territoire), citoyennes de l'Union européenne, ou ressortissants d'un autre État partie à l'accord sur l'Espace économique européen ou de la Confédération suisse inscrites au programme PARAFE, ou titulaires d'un passeport dit "biométrique".

 

Mis en œuvre pour le compte de l'État, financé par le gestionnaire d'aérodrome, l’objectif principal est de résorber au maximum les files d'attentes aux postes aux frontières. Le temps d’attentes aux frontières est un enjeu primordial pour les exploitants d’aérodromes. Le président du Groupe ADP, Monsieur Augustin de Romanet s’est à plusieurs reprises montré critique dans la presse ou sur les réseaux sociaux envers les longues files d’attentes aux frontières.

Dans son objectif de lutte contre le terrorisme, l’Union européenne (UE), depuis le 7 avril 2017, soumet les états membres à un renforcement des contrôles sur les ressortissants de l’Union européenne aux frontières extérieures de l’UE. En vertu d’une nouvelle réglementation adoptée par le Conseil de l’Union européenne en date du 15 mars 2017, les États membres sont donc dans l’obligation de procéder à des contrôles documentaires renforcés, avec consultation de base de données dites pertinentes. Ces mesures s’ajoutent au cadre de celles instaurées par l’état d’urgence, définissant le renforcement du contrôle des vols en provenance ou à destination de l’espace Schengen, et ce, sans ressources humaines supplémentaires. 

 

C’est dans ce contexte que la mise en place de la seconde phase du système PARAFE, est un véritable enjeu. Autant pour l’exploitant, afin de contenir l’exaspération croissante des passagers dans les files d’attentes aux postes frontières, mais également pour les services d’Etat, extrêmement sollicités par le durcissement de la législation en matière de contrôle de sûreté (bien que partiellement soulagés par la mise en place de Covadis afin de permettre le contrôle automatique des passeports au sein de chaque aubette). 

L’intérêt, à la fois économique et stratégique n’est pas négligeable, en effet, il est établi que le stress ressenti par les passagers avant un voyage ne s'atténue qu'une fois l'ensemble des formalités effectuées. Les voyageurs sont alors à même de réaliser des achats dans les zones boutiquaires dédouanées, et dans un environnement sécurisé. Inciter les ventes au sein des espaces commerciaux est d’un intérêt primordial pour les gestionnaires aéroportuaires, les revenues non aéronautiques liés aux commerces, aux loyers des boutiques représentent en moyenne 45 % des recettes des grands hubs internationaux. Par corrélation, le panier moyen de chaque passager est de fait proportionnel au temps disponible avant l'embarquement.  

 

Ce dispositif est également mis en œuvre pour répondre à des mesures de sécurité publique.  La zone d’implantation est une vulnérabilité visible qui constitue une véritable cible au sein des aérogares, d'autant plus si elles se situent en zone publique. Cette zone représente un emplacement stratégique et privilégié pour toutes actions malveillantes de grande ampleur, en raison du nombre important de personnes présentes dans le terminal. 

Sur une plateforme tel que Roissy-Charles de Gaulle, le premier aérodrome à avoir mis en place ces outils, le déploiement très important et le fait que l'utilisation n'est pas forcément à la mesure du coût de l’investissement, extrêmement élevé, représente une problématique pour l'exploitant d'aérodrome. 

 

A partir du moment où le déploiement des systèmes PARAFE se fait sur l'intégralité de la plateforme et en nombre conséquent, l'automatisation des systèmes retire le volet humain. Le déploiement de cette technologie est un véritable enjeu d’un point de vue social. La suppression de présence humaine systématique est cependant tempérée par la présence de fonctionnaires de police en surveillance sur l’ensemble de la procédure du passage, grâce à l’action mené par certains syndicats qui ont permis d’imposer l’emploi d’un fonctionnaire de police pour la surveillance de 5 sas. Contrairement à d’autre pays voisins comme le Royaume Uni ou la Belgique où un seul fonctionnaire qui gère dix sas. Cependant, la sécurisation ne peut être remise en cause par le déploiement de ces sas, car il est possible pour les fonctionnaires de la police aux frontières (PAF) de procéder à des contrôles aléatoires. Ayant la main mise sur leur utilisation, l’agent est en mesure de surveiller en temps réel les passagers : avec une commande lui permettant de bloquer l'ouverture du sas, de procéder à un contrôle supplémentaire si un risque est identifié. 

 

L’utilisation des systèmes PARAFE représente un gain de temps, mais également un élargissement considérable du panel des passagers éligibles à cette mesure au sein des plateformes aéroportuaires : 

 

  • Le temps de passages entre la phase I et II est de 10 à 15 secondes pour la reconnaissance faciale contre 30 à 45 secondes pour le rapprochement par empreintes digitales. 

  • Concernant l'éligibilité, 45 % des passagers sont éligibles pour la reconnaissance faciale contre seulement 10 % pour les empreintes digitales.

 

L'avantage ce système est qu’il permet la mise en place d'une authentification biométrique multimodale, par la reconnaissance faciale, la vérification robuste des documents d'identité et une intégration simple au support à l'immigration. L'ensemble répond aux normes rigoureuses de sécurité. Désormais, une comparaison du visage par rapport à une photo stockée dans le microprocesseur du passeport biométrique est effectuée.

 

Concrètement, l’outil permet également de restreindre au maximum l’usage de documents d’identités frauduleux. A titre d’exemple, le cas de la contrefaçon de passeport est rapidement décelé, car la validation s'effectue en conformité du modèle en usage : pas d'anomalie identifiée, intégrité de la photo, graphisme qui correspond au standard du pays, avec des algorithmes d'authentification biométriques particulièrement performants. Donc, une fois, la validation du passeport effective, le système se connecte sur une base de données pour identifier les personnes recherchées, ou celles représentant une menace (fiche S, mandat d'arrêt, interdiction de sortie du territoire …).

 

Ce changement de type de biométrie opéré entre la phase I et II, par la mise en réseau des bases de données permet de faire face aux demandes de la PAF afin de déjouer les menaces (attentats terroristes, Vigipirate, fiche Interpol). D’autant plus que pour répondre à des mesures de sûreté de plus en plus strictes au sein des aérodromes, le sas détecte : 

  • Les tentatives d’intrusions forcées

  • Les tentatives de substitution de passagers

  • La présence de plusieurs voyageurs 

 

Ainsi, la surveillance à distance est garantie par des équipements robustes permettant un usage intensif, et surtout des modes de fonctionnement modulables. Il est possible de modifier à tout moment la procédure de contrôle, de cibler en particulier certaines tentatives de fraudes et surtout sur les vols dit sensibles de cibler certains passagers.  

Enfin, plusieurs limites à l'utilisation de ces portiques sont à dénombrer et rendent leurs utilisations restreintes. Pour les familles qui voyagent avec des enfants en bas âge, ceux-ci sont généralement sur le passeport de leurs parents, et ne peuvent donc pas emprunter les PARAFE. Des problèmes techniques peuvent également être soulignés car le contrôle par reconnaissance facial n'est pas toujours efficient et peut nécessiter la mise en place d'un agent de sécurité pour vérifier que les passagers respectent bien la procédure en cas de défaillance de sécurité. Pour autant, cette mesure s'adresse et fonctionne globalement bien auprès de voyageurs d'affaires. 

 

Margaux Jayawardana

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