Analyse

Gestion de la sûreté des grands évènements sportifs en France

Le 3 juin 2020 par Salomé Blandel
© EPA-EFE/IAN LANGSDON

Au cours des quatre prochaines années, la France va voir se dérouler en son sein de nombreuses compétitions sportives d’ampleur mondiale, dont la coupe du monde de rugby en 2023 et les tant attendus Jeux Olympiques et Paralympiques en 2024. En attirant plusieurs millions de spectateurs sur le territoire, sans compter les multiples athlètes et journalistes impliqués, ces événements représentent pour l’Etat et les comités organisateurs un véritable défi en matière d’organisation.

Répartition des villes hôtes, accessibilité aux divers sites, lieu d’hébergement des délégations sont tant de points qui nécessitent d’être appréhendés pour structurer au mieux ces grands rassemblements. Acteurs privés et secteur public doivent donc collaborer et se doter des moyens qui leur permettront d'assurer la sécurité des citoyens, des touristes et des sportifs qui y assistent. En ce sens, des dispositifs de sûreté et sécurité doivent être établis en tenant compte de divers enjeux, afin de couvrir le large spectre des risques et menaces identifiés. Ainsi, leur mise en œuvre permettra d’assurer qu’aucun incident de nature à mettre en péril la sécurité des participants ne survienne, tout en préservant le caractère festif et sportif de l’évènement. Ces dispositifs s’articulent autour de plusieurs enjeux.

 

Les enjeux organisationnels

La gestion des flux physiques est une donnée majeure qu’il n’est pas possible d’exclure dans l’élaboration des stratégies visant à structurer de tels événements. En effet, lors de grandes compétitions, le nombre de personnes attendues simultanément est considérable.

 

Concevoir une bonne accessibilité et identifier les vulnérabilités des différents sites (espace inaccessible aux usagers qui se déplacent en fauteuil roulant, site difficilement contrôlable, multiples points d’entrée…) est un impératif. Cela doit avant tout permettre de garantir un accueil adapté à tous. Mais cela doit aussi, et surtout, permettre d’empêcher  au maximum tout mouvement de foule susceptible d’être dangereux et ainsi permettre l’évacuation rapide des lieux en cas de danger. A ce sujet, la ville de Paris prévoit de revoir très largement son plan de transport et ses installations pour recevoir les Jeux Olympiques en 2024 : escalators optimisés pour les foules, rénovation de lignes de métro, aménagements routiers, construction de murs anti-bruit et de nouveaux logements. Par ailleurs, le projet du métro Grand Paris Express permettra une meilleure desserte des communes environnantes grâce à l'extension de deux lignes existantes et la création de quatre lignes de métro automatique autour de Paris. Le département de la Seine-Saint-Denis sera un des principaux bénéficiaires de cette rénovation urbaine.

 

Les enjeux sécuritaires

Outre ces enjeux organisationnels, les enjeux sécuritaires figurent au coeur des préoccupations. Le budget consacré à la sécurité s’élève d’ailleurs à près de 30% du budget total dans le cadre des JO 2024, ce dernier s’élevant à plus de 6,6 milliards d’euros. Et pour cause, les dispositifs envisagés doivent prendre en compte des menaces protéiformes en constante évolution : attaques terroristes prenant la forme de risques NRBC (Nucléaires, Radiologiques, Biologiques, Chimiques), délinquance, criminalité organisée…  Ces menaces à l’ordre public, bien réelles, menacent de briser la symbolique trêve olympique et peuvent avoir des effets dévastateurs sur la santé mentale de la population exposée, même si cette dernière n’est pas  physiquement atteinte.

Leur anticipation et leur évaluation s’avèrent essentielles pour permettre le bon déroulement de ces rencontres. Ainsi, la disponibilité et la répartition des forces de sécurité intérieure, ajustées de la capacité à apporter une réponse rapide en cas de crise sont des points primordiaux qui nécessitent d’être assurés. Pour se faire, une articulation public-privé et une coopération étroite avec les autorités judiciaires doivent être assurées. Le secteur privé devra ainsi s’organiser et se révéler performant tant qualitativement que quantitativement en mobilisant divers acteurs : agents de sûreté et de sécurité privée positionnés à l’entrée des sites, agent de sécurité incendie, agents cynophiles, opérateurs de télésurveillance. Tous travailleront en étroite collaboration avec les forces de sécurité publique : unités de la gendarmerie Nationale, forces mobiles, unités d’intervention, services de renseignements et sécurité civile.

 

Les enjeux cyber :

Dans un contexte marqué aussi bien par la digitalisation des infrastructures et des transports que le déploiement imminent de la 5G, la sécurisation des flux numériques constitue une thématique centrale dans l’organisation de grands événements. Par ailleurs, la technologie et les menaces qui en découlent ont évolué extrêmement vite ces dernières années. Les cyberattaques ont ainsi pris une place croissante dans les débats.

 

A titre d’exemple, les JO de Londres en 2012 avaient été la cible de 166 millions de cyberattaques, dont 6 qualifiées de majeures. Paris souhaite pourtant, et en connaissance de cause, arborer le titre tant convoité de « smart city » d’ici 2024, un vœu qui ne sera pas sans conséquence. Construire une ville intelligente revêt certes de nombreux avantages : régulation du trafic, atténuation de tout désagrément lié aux Jeux, meilleure gestion des foules… Tout cela permis par des capteurs et des caméras de toutes sortes. Mais en générant des millions de données, Paris deviendra la cible d’innombrables hackeurs, aux motivations diverses. D’ordre terroriste, idéologique ou géopolitique, ces attaques peuvent viser aussi bien les athlètes que le pays hôte, mais elles peuvent également nuire au grand public. Ainsi le piratage général des systèmes des réseaux Wifi publics, le piégeage des terminaux de paiement et distributeurs automatiques aux abords des stades, la création de faux sites de pari sportif, sont tant de risques auxquels toute la population sera exposée.

 

La lutte pour la protection des données personnelles s’avèrera donc primordiale. C’est en ce sens que comités organisateurs et industriels de la cyber devront faire front commun pour trouver le juste équilibre entre liberté et sûreté et permettre ainsi le bon déroulement des compétitions, sans omettre leur caractère festif.

 

Les enjeux sanitaires :

La pandémie actuelle du covid-19 paralyse le monde entier. Alors que c’était il y a peu l’un des derniers événements sportifs majeur de l’année 2020 à ne pas avoir été été rayé du calendrier, le sort des JO de Tokyo est désormais fixé : les jeux se tiendront finalement du 23 juillet au 8 août 2021. Ce report, sans précédent dans l’histoire des JO modernes en temps de paix, vient bouleverser toute la logistique pensée et incombe aux organisateurs de nouveaux défis de taille. Les organisateurs de Paris 2024 semblent pourtant convaincus qu'ils seront bien équipés pour lutter si une épidémie devait se produire au cours de leur propre année olympique. Une chose est sûre : les comités organisateurs vont désormais s’accorder à donner davantage d’importance aux enjeux sanitaires dans le but de maximiser leurs chances d’être à l’avenir en mesure de répondre à un risque de cette nature.

 

Prévenir les risques sécuritaires et penser les différents dispositifs de sûreté doivent dès aujourd’hui être des priorités dans la structuration de ces événements futurs. De plus, si la sécurité des citoyens, des touristes et des sportifs est assurée, ces rencontres seront d’excellentes vitrines du savoir-faire et de l’expertise française en matière de sureté.

 

Salomé Blandel,

Club Sûreté AEGE

 

 

 

Événements


Plus d'événements

Partenaires