Analyse

Optimisation de la chaine de valeur agroalimentaire par l’Intelligence Economique

Le 10 juin 2020 par Bertrand SOVICHE & Jean-Théophane SOVICHE

Lorsque l’on rapproche la Cartographie des métiers de l’Intelligence Economique d’une part, et les filières agricoles et agroalimentaires d’autre part, on mesure combien les métiers de l’IE seront indispensables à l’optimisation de la rentabilité et l’efficacité du secteur.

La filière n’assurera plus notre indépendance alimentaire dans cinq ans

Agriculture et agroalimentaire sont confrontés plus que jamais à des choix stratégiques. D’une part, presque la moitié des terres agricoles va changer de propriétaire dans les huit à dix ans qui viennent, en raison de la pyramide des âges inversée.

Ce qui a comme conséquence d’amener à un bouleversement du paysage agricole, de sa sociologie et de son économie. Et d’autre part, le solde de la balance agroalimentaire sera déficitaire à partir des années 2024 ou 2025 comme le confirment les études prospectives d’AGRESTE, ce qui pose un problème d’indépendance et de souveraineté de l’alimentation française.

Face à de tels enjeux, et parce que les filières agricoles et les industries agroalimentaires s’inscrivent nécessairement dans un temps long, l’IE doit permettre aux filières de présenter une vision claire de l’avenir et une sécurité dans un environnement économique très incertain. Elles feront donc appel nécessairement aux quatre thématiques que sont : la Veille, l’Analyse, la Protection et l’Influence. Dans ce contexte l’IE est un levier indispensable pour maintenir notre agroéconomie

 

Veiller pour connaître

La veille stratégique est indispensable, au regard des enjeux de la transformation digitale qui se dessinent, portée par la blockchain, l’analyse des données dans un marché mondialisé et la réévaluation des méthodes de sourcing (fournisseurs, clients, partenaires…). Sans parler du knowledge management, de l’Open Source INTelligence (OSINT), de la cartographie économique, politique et sociologique des acteurs, jusqu’à la prospective sur les marchés, les productions, et les businessmodels.

Ces aspects deviendront nécessairement plus « corporate » avec une acculturation nécessaire à tous les échelons managériaux des entreprises, sans oublier les déploiements importants qui auront lieu sur le plan commercial et marketing pour conserver ou gagner des parts de marché. Il faudra structurer l’analyse de l’information dans ces métiers par les méthodes de mindmapping, des logiciels de veille ainsi que des communautés de pratique.

Dans ce cadre, la GMS a intérêt à revoir son lien au territoire et à structurer la remontée d’informations du terrain (consommateurs et producteurs) pour mieux connaître son environnement et adapter son modèle avec une plus grande réactivité.

On note que deux filières sont déjà en cours de transformation, la filière Blé dur pour les pâtes alimentaires et la filière Concentré de tomate. L’objectif porté par cette transformation doit être de mieux garantir la traçabilité zéro résidu de pesticides tout au long des processus de production, de transformation et de commercialisation.

 

L’intelligence territoriale, un outil de monitoring au service de la filière

 Aujourd’hui, l’intelligence territoriale est au cœur même de l’existence des filières avec l’exigence d’une souveraineté régalienne de la fonction alimentaire.

Dans le triptyque Coopérative-Filières-Territoire, une coopérative agricole au sein de son écosystème doit développer une véritable intelligence territoriale comme a su le faire depuis 25 ans la coopérative SICASELI-FERMES DE FIGEAC (46) ou la CAVAC (85).  De la même façon, la réflexion stratégique sur l’ancrage territorial à dix ans et la structuration des activités en filières nécessite, pour une gouvernance coopérative, la conception d’une méthodologie propre d’analyse et des outils adaptés.

 

Une filière qui doit reprendre l’initiative sur la gestion du risque

Protéger sa coopérative et sa filière doit nécessairement faire appel à une certaine intelligence culturelle. Cette protection peut prendre forme dans le « pacte ville-campagne » au sein duquel l’éthique correspond à une valeur forte et se transmet dans plusieurs filières agroalimentaires en devenant un levier.

Protéger sa filière c’est aussi mettre en place une réelle politique de gestion des risques à laquelle s’ajoute évidemment la gestion de crise. Il s’agit des risques climatiques, des risques environnementaux (protection des cultures, biodiversité, gestion de l’eau…), des risques sanitaires récurrents (risques mycotoxines, pandémies…), des risques sur la responsabilité sociale face à certains courants idéologiques plus ou moins agressifs. Protéger et sécuriser son environnement agricole (abattoirs, terrains…) est une démarche nécessaire à l’efficience de la filière comme à la reconquête du consommateur.

Du fait de la multiplicité des risques, de nombreuses solutions sont à développer, ce qui fait autant opportunités professionnelles. A titre d’exemple, les firmes gravitant autour de la protection des cultures en agrofourniture, où se mesure un nombre de paramètres techniques considérables, qui seront capables de transformer ces informations - par l’entremise d’outils prévisionnels d’aide à la décision - en conseils pour les producteurs, seront celles qui permettront la transformation d’une agriculture « chimique » vers une agriculture agroécologique utilisant le biocontrôle.

 

L’agroéconomie doit médiatiser ses actions et influencer son environnement

L’influence, selon toute vraisemblance, fait partie du dispositif au cœur de la stratégie de filières. En effet, pour maintenir nos 50 % des céréales à l’export, il faut mettre en place une véritable diplomatie économique. Ceci pour que l’agriculture ne soit pas seulement la contrepartie politique ou la variable d’ajustement de la vente de produits industriels manufacturés de haute qualité.

Il faudra également que les filières agricoles et agroalimentaires, à l’avant-garde d’une guerre économique, reprennent en main leurs communications interne et externe afin de reprendre l’initiative de l’information.

C’est le cas de la filière veaux de boucherie - débouché secondaire de la filière laitière en difficulté actuellement. Pour être entendue demain elle doit structurer - via son interprofession - une communication offensive et innovante sur les nouvelles façons de consommer cette viande. C’est également le cas pour la filière céréale, qui, face à la domination de l’Ukraine et de la Russie sur les marchés méditerranéens et d’Afrique de l’Ouest se trouve dans l’obligation de se doter d’une véritable diplomatie économique pour s’adapter aux attentes très variées et spécifiques des clients historiques et probablement renouveler une offre beaucoup plus différentiée.

Autrefois peut être trop « autocentrées », les nombreuses filières qui composent notre agroéconomie doivent se réinventer et s’adapter. A leurs dispositions, les outils de l’intelligence économique sont des apports extérieurs indispensables pour reprendre l’initiative dans un environnement qui n’a de cesse de se complexifier.

Dans ce contexte il existe de vraies opportunités, tant en termes de créations d’emplois que de conquête de marchés !

Schéma : Exemple des interactions IE et filière céréale

 

Bertrand SOVICHE

& Jean-Théophane SOVICHE

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