Analyse

[Conversation] Interview de Hervé Séveno CEO d’i2F (Partie 2/2)

Le 12 octobre 2020 par Portail de l'IE

Le Portail de l’IE a eu la chance de s’entretenir avec Monsieur Séveno, CEO du cabinet de conseil en intelligence économique i2F, ancien officier de la Brigade Financière et de la Division Nationale Anti-Terroriste. Il décrypte pour nous l'environnement de l'IE et ses évolutions depuis 20 ans.

PIE : Quelles sont les activités d’i2F aujourd’hui ? Ses axes de croissances ? Avez-vous été impactés par la crise ?

HS : Depuis sa fondation le cabinet est spécialisé dans l’accompagnement à l’international et le conseil en intelligence économique. Cela recouvre évidemment tous les sujets de due diligence, d’analyse des circuits de décisions, la cartographie d’acteurs ou de réseaux, l’étude politique ou sectorielle… La crise n’a pas eu d’impact sur notre activité qui est par essence très résiliente. C’est une conjoncture qui génère de l’incertitude, il faut dire que l’on fait appel à nous pour éclairer ces situations incertaines.

Notre stratégie est aujourd’hui d’aller vers plus d’ouverture, nous développons de nouvelles offres, soit en interne soit grâce à des partenariats, afin d’étendre notre continuum de service. Mais nous restons toujours attachés à la valeur du travail que nous faisons depuis 20 ans, un travail sur mesure, dans le souci du détail et de l’accompagnement.

Dans un marché en concentration il faut être un excellent spécialiste et savoir échanger avec d’autres écosystèmes. C’est exactement ce que nous faisons et ce que nous allons faire de plus en plus.

PIE : La dernière Édition du Manuel de l’Intelligence économique apporte un éclairage nouveau sur la nécessité d’une Intelligence Juridique, qu’en pensez-vous en tant que professionnel de l’IE ?

HS : Je ne peux pas vous répondre différemment au regard de ma formation : c’est indispensable et c’est un des axes de croissance de notre secteur. Le juridique, le juriste en entreprise et la gestion des contrats ne sont pas des centres de coûts, mais des éléments de valeur ajoutée. Il convient de savoir se protéger par le droit et de savoir attaquer avec cette arme quand il le faut.

Vous n’êtes pas sans savoir que c’est un outil très utilisé par nombres d’entreprises ou de pays. Nous pourrions parler du droit OHADA, des règles de concurrence et des subventions d’État… Ou simplement de la loi comme garde-fou : souvenez-vous qu’il y a quelques mois la banque MORGAN STANLEY est condamnée pour avoir manipulé la dette française (elle s’est d’ailleurs pourvue en appel), l’AMF l’a sanctionnée à hauteur de 20 millions d’euros. Je vous laisse faire la comparaison avec les montants que paie AIRBUS ou qu’a pu verser BNP PARIBAS alors que nous parlons de la manipulation de la dette d’un État souverain, qui plus est une des 10 premières puissances mondiales.

PIE : Les différentes affaires qui émaillent notre actualité sensibilisent le public à nos enjeux en termes d’intelligence économique. Comment voyez-vous cette évolution ?

HS : Il est évident que l’activité médiatique soutient une prise de conscience publique. Les choses vont certainement aller en s’accentuant. Je crains que nous ne tombions de plus en plus dans le scandale, qui n’est pas un moyen de faire de la pédagogie et d’éveiller véritablement. L’intelligence économique doit être un moyen d’éclairer.

 

PIE : Qu’en est-il des pouvoirs publics ?

HS : Du côté des pouvoirs publics, la prise de conscience est véritable, le rapport GAUVAIN, la loi SAPIN II, même les travaux de Bpifrance en faveur de véhicules d’investissement dédiés à la France vont dans le bon sens. Sans parler de la montée en puissance du SISSE et de la signature toute récente du contrat de filière stratégique de l’industrie de la sécurité. D’ailleurs quel dommage de ne pas mettre plus d’IE au sein du Conseil National de l’Industrie (CNI) ! Cela viendra certainement, les dernières annonces gouvernementales semblent développer une vision sur un temps plus long, ce qui forcément nécessite d’utiliser certains leviers d’intelligence économique.

Malgré cela, il reste beaucoup à faire, et c’est certainement vers l’Europe qu’il faut se tourner pour modifier les réglementations et donner plus d’aisance aux pays européens qui souhaitent se défendre face à l’agressivité commerciale que l’on connaît.

Du côté des entreprises c’est la même chose, la machine est en marche, mais il faut aller plus loin en sensibilisant plus. Une des disciplines majeures de notre métier est de savoir quand et comment transmettre une information juste. L’État doit également s’impliquer dans ce schéma et fournir aux entreprises qui le souhaitent la juste information sur les risques d’ingérence, les bonnes pratiques cyber ou encore les conséquences de prises de participation.

Les services de la DGSI font cela avec les Flash ingérence, c’est un exemple à généraliser.

PIE : Pour terminer, comment voyez-vous l’après-crise ?

HS : Les cartes semblent assez rebattues. Évidemment beaucoup d’entreprises de type PME vont continuer à souffrir de cette conjoncture, mais je crois qu’il faut aussi la considérer comme un temps de rebond. La réindustrialisation dont on parle souvent est une bonne chose, mais elle n’est pas toujours possible et doit être pensée correctement. Dans ce cadre, comme dans celui de la préservation de notre tissu intermédiaire je crois que les fédérations professionnelles et les groupements industriels vont avoir un rôle particulièrement important. De notre côté, cela confirme notre positionnement, les PME et les ETI vont encore plus avoir besoin de nous, non plus forcément pour de l’export, mais peut être plus simplement pour se réapproprier un environnement bouleversé.

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