Analyse

[TRIBUNE] Après la crise, le temps de la Responsabilité Patriotique des Entreprises

Le 12 mai 2021 par Tristan Méneret

Si le retour des jours heureux se fait attendre, la prise de conscience quant à la nécessité d’engager l’économie vers plus de résilience est bien présente. Il est temps d’approfondir la notion de RSE vers la Responsabilité Patriotique des Entreprises pour redonner corps à nos territoires sinistrés en favorisant l’inclusion économique.

Le nécessaire approfondissement de la RSE

Anglophone née dans les années 60, la RSE s’impose comme une réponse sans faille aux enjeux de notre siècle et instaure avec justesse le principe de responsabilité pour tous les acteurs de la vie économique. Si la RSE est aujourd’hui une notion reconnue, elle est pourtant une discipline relativement nouvelle dont la société doit se saisir. Ceci afin de la faire évoluer pour qu’elle continue de répondre aux enjeux de demain.

En France, cette notion est souvent reliée à l’idée de développement durable, cependant il s’agit, à la lumière de la crise que nous vivons, de lui donner une autre profondeur. Si la RSE traite de l’impact des activités en termes écologiques – notamment – elle n’est pas complète pour autant. On note trop souvent l’absence de la notion d’externalité positive et de résilience locale alors que ces éléments sont la continuité logique d’une démarche de RSE. Ce sont ces principes qu’on retrouve en filigranes dans le volet industrie du Plan France Relance qui doit favoriser la reconstruction d’une industrie verte et résiliente. Les mêmes principes que portent les populations européennes lorsqu’elles expriment dans de récents sondages leurs souhaits de plus de souveraineté et d’efficience dans nos économies.

Ainsi, nécessaire prolongement de la RSE, la Responsabilité Patriotique des Entreprises doit se définir comme la gestion efficace des partenaires d’un acteur économique. Conscient de son environnement, l’acteur privé ou public doit veiller à le préserver mais également à le développer, tant économiquement que socialement, pour créer de la résilience. Cette RPE doit porter une dimension nouvelle : d’impact en termes d’emplois et d’investissements sur un territoire donné. Ce nouveau sigle, issu d’une démarche d’intelligence territoriale, est alors au croisement du Label Relations Fournisseurs et Achats Responsables – récemment revu – et de la RSE.

 

Face au constat d’une crise industrielle et de souveraineté

L’absence de masques et l’incapacité à les produire a eu l’effet d’un électrochoc. Choc d’autant plus fort lorsqu’on constate que le pays de Pasteur est relayé au rang de sous-traitant dans la production des vaccins. Pour connaître certaines des causes de la crise de l’emploi qui s’annonce et de celle de l’industrie que nous vivons, il faut regarder les chiffres. La France est le pays européen le plus désindustrialisé, depuis l’année 70 la part de l’industrie dans notre PIB diminue rapidement et notre productivité – plus forte qu’en Allemagne – n’augmente pas assez pour contrer ce phénomène. Paradoxalement, nous restons un pays industriel, en nous classant au 3e rang européen et au 5e rang mondial. A ce titre, comme le note La Fabrique de L’Industrie, 95% de nos exportations sont industrielles. Ces atouts doivent être mis en valeurs et nous devons pousser nos entreprises à travailler en réseaux.

Qui porte un regard sur nos 53 pôles de compétitivités comprend tout de suite que cette notion est déjà présente dans les travaux de ces organismes qui doivent promouvoir l’innovation, l’emploi et la croissance durable. Cependant si l’importance de mettre en relation des acteurs différents sur un même territoire habite des organismes publics ou parapublics, la prise de conscience est encore incomplète.

C’est au fur et à mesure des actualités et notamment en voyant partir certains de nos fleurons que le citoyen français prend conscience des atouts inexploités de son territoire. Ainsi, le qualificatif souverain – impensable dans la presse il y a cinq ans – ne rime plus avec repli sur soi, mais avec souhait de contrôle et de développement économique. Il reste alors à lui trouver une place dans notre espace économique, entre les fonds d’investissement régionaux, les subventions à la création et l’incitation à la consommation locale … Peut-être sera-t-il l’élément fédérateur de cet ensemble ?

Au sortir de cette crise, pourquoi ne pas faire de la notion de responsabilité patriotique un pan entier de notre RSE aujourd’hui si active ? Pour que notre industrie soit verte et durable dans une économie résiliente et respectueuse de ses parties prenantes, engageons un virage responsable et résilient.

 

Tristan Méneret