Analyse

L’enjeu de la paternité du Covid-19

Le 16 juin 2021 par Pierre-Guive Yazdani
Crédits : Reuters

Dans la guerre pour obtenir le statut officiel de première puissance, l’origine du Covid pourrait devenir un enjeu et un pivot du rapport de force entre Washington et Pékin. En effet, le tabou de la possibilité de l’origine chinoise du virus a été levé en Occident alors même que Pékin avait allumé la première mèche en mettant en cause l’armée américaine. Si le Covid venait a être sorti du labo P4 de Wuhan, Washington pourrait paralyser la marche en avant de l’Empire du milieu ou en tout cas handicaper l’expansion de l’influence chinoise.

Le Politique a repris ses lettres de noblesse avec la crise du Covid. En effet, l’économie a été relayée au second plan par rapport à l’Etat qui semble, à la faveur du Covid, avoir pris l’initiative. En termes d’influence, le grand gagnant de la crise du Covid est la Chine dont la perception est de plus en plus positive notamment en France. Paradoxalement, cet état de fait est peut-être ce qui a permis l'émergence d'un discours perçu il y a encore quelques mois comme complotiste : l’origine humaine et surtout chinoise du virus de la Covid-19. Ce discours s’appuie sur le manque de transparence chinois qui nourrit les doutes sur la responsabilité du laboratoire P4 de Wuhan, ville d’où aurait diffusé le virus. Dans tous les cas, l’origine du Covid est en passe de devenir une arme de guerre informationnelle pour handicaper l’adversaire.

Un tabou levé en Occident

Donald Trump a tout de suite voulu se servir du Covid-19 contre la Chine en parlant de “virus chinois”. Cependant, l’aura repoussante de l’ancien président américain n’a pas permis de faire émerger ce discours dans l'intelligentsia occidentale. Pourtant, depuis quelques semaines, à la faveur de la reprise par Joe Biden de cet argument, les enquêtes se multiplient afin de découvrir l'origine de la pandémie. Le tabou est donc levé et il semble qu' un an et demi après le début de la pandémie, avoir un doute concernant l’impossibilité d’une origine humaine et chinoise ne relègue plus l'émetteur au rang de sombre complotiste. En effet, les unes des journaux les plus sérieux laissent apparaître un revirement dans la perception de cette hypothèse. Alors qu’en pleine pandémie, émettre l’idée d’une fuite d’un laboratoire ou une manipulation humaine provoquer l’ire de la presse, aujourd’hui les choses ont changé, en partie à cause du manque de transparence chinois et les prises de positions de certains virologues.

Le manque de transparence chinois

Il faut dire que la gestion “à la chinoise” du Covid ne plaide pas en la faveur de Pékin. En effet, plusieurs coïncidences laissent penser que l’Empire du Milieu souhaite contrôler l’information concernant l’origine du Covid, notamment en rejetant la faute sur l’étranger. Tout d’abord la mise en lumière des conflits d'intérêts existant entre l’auteur d’une publication dans The Lancet assimilant tout doute comme une théorie du complot a permis, par le contenu, de décrédibiliser l’article instituant l’omerta. Ensuite, le département d’Etat américain a évoqué des failles possibles en évoquant la maladie de chercheurs du laboratoire en amont de la pandémie, démentie par Pékin. Enfin, le génome d’un virus découvert par les scientifiques du laboratoire de Wuhan quelques années auparavant a disparu d’internet. Certains, comme le collectif Drastik, accusent la Chine de cacher la vérité car ce génome prouverait la similarité entre ce virus et le Covid-19. Enfin, la gestion “militaire” de la crise provoque l'interrogation (prise de pouvoir de l’armée au laboratoire, silence des scientifiques pendant 1 mois et demi, équipe d'enquête de l’OMS composé de pro-chinois). Dans tous les cas, l’origine de la Covid-19 pourrait devenir une arme de destruction massive informationnelle. 

Une arme de guerre informationnelle pour les deux puissances

La Chine a allumé la première mèche en accusant l’armée américaine d’avoir apporté le virus via les jeux olympiques militaires. Cependant, l’accusation lancée dans le vent par Pékin n’a pas “trouvé” son public. L’origine chinoise du virus, même si elle n’est pas prouvée, est beaucoup plus crédible dans l’opinion, premièrement par la localisation du foyer de départ de l’épidémie et deuxièmement par la présence d’un laboratoire P4 à Wuhan, d’autant plus que les précédentes épidémies de SRAS ont pu être provoquées par des fuites. Ensuite, la nature du régime de Pékin ne plaide pas en sa faveur et son manque de transparence sème le doute. L’origine du Covid-19 pourrait être le moyen pour Washington d’isoler la Chine vis à vis de la communauté internationale et donc ralentir voire handicaper la prise de pouvoir chinoise.

Il semble cependant peu probable qu’une unanimité existe sur l’origine du Covid-19 mais le doute qui commence à s'installer devrait permettre à Washington de disposer d’un moyen de coercition contre Pékin. De la même manière que l’écologie, la paternité de la pandémie sera utilisée comme moyen de contre-influence par Washington afin d’entraver la prise de pouvoir chinoise et fédérer contre le nouvel ennemi du “monde libre” : la Chine.

 

Pierre-Guive Yazdani

 

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