Analyse

Samsung et Hyundai : futurs rois de l’armement

Le 27 décembre 2011 par Portail de l'IE
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Soutenus par l’Etat, les industriels sud-coréens cherchent un relais de croissance dans l’armement.

La conquête des marchés de l’armement : une volonté politique
En 2006, le ministère coréen de la défense a exprimé la volonté de moderniser les équipements militaires tout en favorisant l’industrie nationale. Ainsi, entre 2007 et 2011, il prévoyait près de 156 milliards de dollars pour de nouveaux programmes d’équipements.

Historiquement, l’industrie américaine pourvoyait quasi intégralement à la demande interne. Du fait de la menace nord coréenne, une parfaite interopérabilité des équipements était recherchée. Contrainte d’acheter du matériel américain, la Corée du Sud a su habilement négocier les transferts de technologies. Ainsi, par exemple, près de 70% de technologies ont été transférées lors du dernier programme de modernisation des chasseurs sud coréens.

Depuis, l’industrie sud coréenne subvient de plus en plus à sa demande intérieure, assurant ainsi une indépendance industrielle. Aujourd’hui, la Corée commence à exporter et les contrats se multiplient. En 2007, la Turquie, imitant l’Indonésie, a contracté pour près de 450 millions de dollars d’avions d’entrainement. Entre 2009 et 2010, la Turquie, la Colombie et les Philippines ont fait savoir qu’ils souhaitaient se porter acquéreurs de chars K1 de Hyundai. En appui de ces contrats futurs, la Corée n’a pas hésité à faire un geste commercial en offrant une Corvette de classe Pohang.

L’armement : un marché « refuge »
Selon l'Institut international de recherche pour la paix de Stockholm (Sipri), sans compter la Chine, les 100 premières entreprises d’armement auraient vendu en 2009 pour 401 milliards de dollars d’équipement militaire, soit une augmentation de 8% par rapport à 2008. La récession ne semble pas toucher le marché de l’armement et les groupes coréens semblent l’avoir bien compris. Le groupe Samsung, bien que secoué en 2008 par un scandale impliquant son président Lee Kun-hee a réalisé en 2009 un chiffre d’affaires de près de 2 milliards de dollars dont 930 millions par sa filiale Techwin. Cette performance lui permet de se hisser à la 58ème place des industries d’armement mondiale. Certes, l’armement ne représente encore qu’une faible part dans le chiffre d’affaires total du groupe (environ 1%) mais compte tenu du fort soutien politique et de l’intérêt stratégique que représente un tel marché, une augmentation progressive de cette activité est prévisible.

S’adapter pour relancer le dragon coréen
Avec la crise financière de 2008, la Corée du sud connaît des difficultés économiques du fait de sa forte dépendance aux exportations. Les Etats-Unis et l’Europe étant ses premiers clients, le ralentissement de la croissance mondiale impacte directement son industrie. Ce ralentissement se fait d’autant plus sentir que depuis 2000, les mauvaises nouvelles se succèdent pour le dragon asiatique. Après de nombreux scandales politiques mettant en cause la gouvernance des entreprises, la Corée du Sud a perdu son rang de numéro un de la construction navale civile. En 2008, pour la première fois depuis 1980, la croissance de la Corée est passée en dessous de 3%, réalisant la même année son premier déficit commercial depuis 1997, avec un manque de 13 milliards de dollars.

Face à cette crise, sans précédent depuis la grande crise asiatique de 1997, les groupes industriels coréens, les chaebols, sont en quête de nouveaux marchés. Le domaine de l’armement, bien que difficile à pénétrer, reste très attractif.

En agissant ainsi de manière volontariste, la Corée du Sud marque son souhait de faire entrer ses groupes industriels dans le marché hautement concurrentiel de l’armement. Si les parts de marchés conquises ne sont pas encore à la hauteur de la force de frappe de l’économie coréenne, la volonté politique permettra sans doute aux chaebols de remporter à l’avenir de nombreux contrats. La concurrence montante de la Chine risque, toutefois, de poser problème au dragon asiatique.

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