Analyse

Le secteur pétrolier canadien porté par les sables bitumineux

Le 9 août 2013 par Portail de l'IE
©http://www.pieuvre.ca/2011/09/28/canada-ernegie-cibc/sables_bitumineux/

Les sables bitumineux représentent un enjeu stratégique pour le Canada, la question de leur exploitation et de leur exportation se pose, compte tenu des exigences environnementales actuelles.

Le Canada possède les troisièmes plus importantes réserves prouvées de pétrole derrière le Venezuela et l’Arabie Saoudite, soit l'équivalent de 174 milliards de barils. 97% d'entre elles se trouvent dans les « sables bitumineux » de la province de l’Alberta[1]. Cette énergie pétrolière, à l’origine un mélange de sable, d’eau, d’argile et de bitume, devient après extraction et transformation (dilué ou chauffé), du bitume sous forme liquide qui, une fois raffiné, produit notamment du gazole et du kérosène.

Alors que la demande énergétique mondiale devrait augmenter de 35% d'ici à 2035 et que les hydrocarbures devraient encore occuper les deux tiers du marché de l’énergie[2], la production de pétrole brut du Canada devrait doubler au cours des prochaines années et passer de 3.2 millions de barils par jour en 2012 à 6.7 millions de barils d'ici à 2030, dont 5.2 millions de barils provenant des sables bitumineux[3].

Cependant, l’Union Européenne souhaite adopter à l’automne une directive visant à classer les différents carburants selon leurs émissions de gaz à effet de serre liées à la production. Ainsi, les sables bitumineux, dont l'extraction nécessite beaucoup d’énergie, en sortiraient fortement pénalisés. Leur exploitation produit en effet une quantité de carbone beaucoup plus importante que le pétrole conventionnel. Cette directive aboutirait à ce que le brut canadien soit taxé davantage s'il devait être exporté vers l’Europe. C’est dans ce contexte que le ministre canadien des Ressources Naturelles, Joe Oliver, avait effectué une tournée européenne en mai dernier – à Paris, Bruxelles et Londres – pour promouvoir le pétrole issu des sables bitumineux albertains mais également défendre le bilan environnemental de son pays face à une mesure qu’il estime « discriminante[4] ».

Mais c’est surtout des États-Unis, où le Canada exporte 99% de sa production pétrolière,  que vient la plus forte opposition, suite notamment au projet contesté de pipeline Keystone XL proposé par TransCanada - d’un coût de 5.3 milliards de dollars - devant relier l’Alberta aux raffineries du golfe du Mexique. Durant les élections présidentielles de 2012, le projet avait été retardé suite aux inquiétudes du département d’Etat quant à l’impact écologique sur les Etats concernés par le tracé du pipeline. Alors que les partisans de Keystone XL estiment que ce projet va renforcer la sécurité énergétique nationale en réduisant la dépendance américaine au pétrole du Moyen-Orient et en créant de nombreux emplois, les opposants de tous bords (associations écologiques en tête), dont Al Gore, dénoncent l’impact écologique de cette énergie et les conséquences néfastes du retrait du Canada du protocole de Kyoto en 2011.

Fin juin, le président Barack Obama avait déclaré lors d’un discours sur le changement climatique qu’il n’approuverait Keystone XL qu’à la condition que le projet n’aggrave pas de manière significative la pollution liée au carbone aux Etats-Unis, sans pour autant se donner de délai sur sa réflexion.

Cependant, la catastrophe de Lac-Megantic début juillet a pointé les défaillances du transport ferroviaire nord-américain, et ainsi conforté le pipeline dans sa position de transport le plus sûr et le plus écologique pour l’acheminement des matières premières.

Face à la très forte demande actuelle et future des marchés émergents et en dépit des oppositions rencontrées, les décideurs canadiens entendent bien exporter cette énergie - qui devrait augmenter de trois points le Produit Intérieur Brut du Canada d’ici à 2020[5] - vers des pays énergivores tels que la Chine ou l’Inde en projetant de développer des pipelines vers le Pacifique pour les marchés asiatiques et vers l’Est pour les marchés européens, sans même attendre la décision américaine, d’autant qu’aux dires de l’ambassadeur du Canada à Washington, Gary Doer : « Oil will get to market [6]».

Alexandre HARIRA

 

[2]International Energy Agency,  2012,  “Growth from 2010 to 2035, New policies scenario”

[3]Radio-canada.ca: "La production pétrolière canadienne doublerait d’ici 2030”, 05/06/2013, http://www.radio-canada.ca/regions/alberta/2013/06/05/007-petrole-production-canada.shtml

[4]Financialpost.com : “Oliver to defend oil sands during visit to Europe“, 06/05/2013, par Amanda Stephenson, http://business.financialpost.com/2013/05/06/oliver-to-defend-oil-sands-during-visit-to-europe/?__lsa=5e76-99f1

[5] Canadian Energy Research Institute, CAPP : “Engaging Canadians : National oil sands dialogues”, http://www.ibew.org/1stdistrict/documents/CAPP_EDMS-179594-v1-National_Oil_Sands_Dialogues_-_Background_paper_for_Ottawa_Toronto.pdf

[6] Financialpost.com : “Keystone XL denial won’t block oil sands“, 13/06/2013, par Jim Snyder, http://business.financialpost.com/2013/06/19/keystone-xl-denial-wont-block-oil-sands-ambassador/?__lsa=be8d-3d31

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