Analyse

« L’innovation au cœur de la relance économique française ». Retour sur la conférence parlementaire du 13 février 2014

Le 21 mars 2014 par Aliette Jalenques
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Le 13 février 2014 se tenait à la maison de la chimie la conférence sur l’innovation ouverte. L’occasion pour les parlementaires et chefs d’entreprises de débattre de ce sujet, d’en donner leur vision et de proposer leurs solutions pour en faire un secteur d’avenir.

« Le titre même de cette conférence nous appelle à penser autrement » a rappelé en ouverture de la conférence Marie-Anne Montchamp, ancienne Secrétaire d'Etat. L’innovation ouverte invite effectivement à innover autrement, en coopérant pour créer des richesses durables dans une économie globalisée. Pour Laurent Grandguillaume, député de la Côte d’Or, l’innovation est le défi du 21e siècle.

Afin de poser les bases du débat - animé par Thierry Guerrier - les invités de la première table ronde ont rappelé la définition d’innovation ouverte. Pour Pascal Brier, directeur général adjoint d’Altran, l’innovation ouverte est la volonté de créer de la porosité dans les entreprises. Cette porosité - entrante et sortante - développe trois phénomènes. Premièrement, l’adaptation au marché ou « time to market » : l’innovation ouverte permet d’aller chercher une coopération extérieure pour sortir le produit dont le marché a besoin. Deuxièmement, l’innovation ouverte permet dans un monde globalisé de pallier à la complexité des technologies en allant chercher à l’extérieur la connaissance que l’on n’a pas. Enfin, l’innovation ouverte fait preuve d’une volonté de transformation, d’une innovation de type culturelle à l’intérieur même de l’entreprise. En France, Altran a collaboré entre autres à deux projets d’innovation ouverte importants: d’abord pour le projet de cœur artificiel Carmat - fruit de la collaboration de l’entreprise et du professeur Alain Carpentier - et ensuite sur le projet Solar impulse pour l’avion solaire, avec Bertrand Picard.

Michel Berson - sénateur de l’Essonne et rapporteur sur la recherche et l’enseignement supérieur pour le PLF 2014 - a ajouté que l’innovation ouverte induit la notion de partage. Cependant, ce partage des compétences n’induit pas mécaniquement d’économies: l’innovation ouverte permet de créer plus de richesses, mais elle a aussi un coût. D'autant que pour bien fonctionner, elle doit être contractualisée, définie, obéir à des règles. Michel Berson a cité des exemples d’écosystèmes tels que celui de Saclay - où échangent universitaires, petites et grandes entreprises - ou encore celui d’Evry Géopole pour la filière biotech et science de la vie. Il a insisté sur la nécessité pour les universités d’aller vers les entreprises, et pour l'État de s'impliquer pleinement dans ces projets.

Philippe Adnot - sénateur de l’Aube et également rapporteur sur la recherche et l’enseignement supérieur pour le PLF 2014 - a ajouté que le cluster est aujourd’hui mondial. Il faut aller chercher l’innovation ouverte partout, et non seulement dans la technologie. Il faut savoir créer l’innovation, et surtout ne pas l’enfermer dans un mode de fonctionnement préétablit qui en ralentirait le processus. L’innovation ouverte, en bénéficiant d'une rapidité de mise en œuvre, se révèlera un accélérateur de process.

Delphine Manceau - directrice de la division corporate ESCP Europe - a abordé la question de l’innovation ouverte par le biais des changements qu’elle engendre. Le premier changement est dans la nature et la diversité des partenaires pour l’entreprise ; le deuxième réside dans la variété des thématiques abordées et la convergence de secteurs qui à priori n’avait rien en commun. Enfin, les échanges sont réciproques dans une démarche d’innovation ouverte, l’entreprise reçoit autant qu’elle partage. La culture de l’entreprise change profondément avec de telles approches, et les mentalités doivent évoluer dans le même sens. Cela induit également des changements dans les modes de recrutement: il ne s’agit plus de trouver des spécialistes d’un sujet, mais plutôt des personnes ouvertes sur tout et capables d’aller chercher les bons partenaires.

On ne peut pas parler d’innovation ouverte sans aborder les questions de sécurité des données et de propriétés intellectuelles : les services juridiques doivent s’adapter à ces nouvelles formes de coopération, et repenser leur façon de travailler. Les grandes entreprises sont mieux armées pour faire face à ces changements, et ont davantage de moyens là où les PME ou petites entreprises auront plus de mal à se protéger. Ces dernières peuvent être rétives à ces nouvelles formes de coopération, par peur de se voir voler leurs innovations. Delphine Manceau est convaincue que le risque mérite d’être pris, qu’il faut faire sortir les idées. Trop de brevets restent non exploités, alors qu'ils l’auraient été dans le cadre d'un partage d’innovation. Philippe Adnot est quant à lui persuadé que la vitesse de mise en œuvre des projets sera la meilleure protection pour les investisseurs.

Vitesse: un mot également repris par Florin Paun de l’ONERA - centre français de recherche aéronautique - estimant qu'il est la clé de la réussite. C’est notre vitesse d’adaptation et notre capacité à changer les règles comme notre culture d’entreprise qui nous feront gagner la bataille de l’innovation. Patrick Hetzel - député du Bas-Rhin -  a également insisté sur le fait qu’il faut se donner  les moyens d’aller vite.  Aujourd’hui, la France est 5e en recherche mais seulement 16e en innovation. Il faut rattraper ce retard. La fiscalité inconstante est un des points de blocage de ce changement. Jean-Noël de Galzain - PDG de Wallix, entreprise de cybersécurité et vice-président du pôle de compétitivé Systematic Paris-Région - s'est exprimé dans ce sens. Selon lui, au-delà de l’effort sur la fiscalité, les pouvoirs publics doivent aider les PME à se développer grâce à la commande publique, sur le modèle du SBA américain. Emmanuel Leprince - directeur général de l'association pacte PME - a proposé de noter les grandes entreprises sur leur aide aux PME et aux ETI.

Sur ces questions d’engagement public, Gabrielle Gauthey - membre de la cellule recherche et innovation au Medef - a également appelé à favoriser les PME et non constamment les grandes entreprises. Elle a rappelé que la clé du développement passe par l’accès aux financements des entreprises, la stabilisation fiscale, la simplification administrative et la stimulation des investisseurs. On observe cependant de nombreuses avancées: les mentalités commencent à changer, la culture de l’entrepreneuriat se développe. Régis Saleur - du CEA innovation - a lui aussi fait le constat que la mutation du changement des mentalités a fonctionné, l’entrepreneuriat attire davantage. Il faut à présent que les pouvoirs publics soutiennent ces initiatives en favorisant leur financement.

Alain Chrétien - député de Haute-Saône - a enfoncé le clou en appuyant sur le fait que ce sont les entreprises qui créent l’innovation, et non les pouvoirs publics. Il est donc essentiel de les aider et de leur faciliter l’accès au financement. Durant son intervention, il a d'ailleurs proposé d’abolir le principe de précaution, qui serait un facteur d’entrave.

Rorger Genet - de la direction générale pour la recherche et l’innovation -  a ensuite pris la parole pour expliquer que l’innovation ouverte passe par l’innovation de rupture tout en se servant d’outils existants (recherche, CIR) et en se focalisant sur des secteurs clés. Le nouveau brevet européen va sans doute débloquer beaucoup de choses en matière d’innovation, une précision apportée par Alain Chrétien.

Hervé Biausser - directeur de Centrale Paris - s'est exprimé avant la conclusion en insistant sur le fait que le facteur clé de l’innovation réside dans l’humain, et a illustré son propos en dévoilant que moins de 5% des startups de la Silicon Valley viennent d’une idée issue de la recherche. C’est l’état d’esprit qui est important, par exemple trouver comment appliquer à un nouveau domaine une idée qui existe ailleurs. L’état ne sera alors qu’un facilitateur. L’innovation ouverte est une nouvelle façon de penser l’innovation. C’est sans doute en mettant l’effort sur l’articulation des mondes de l’entreprise, de la recherche et de la banque que nous y arriverons a affirmé Bernard Cazeneuve - ministre du budget - venu conclure cette matinée de débats.

Aliette JALENQUES

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