Bibliographie

La Guerre des métaux rares : la face cachée de la transition énergétique et numérique

Le 25 juillet 2018
À quoi servent les métaux rares ? Que révèlent-ils de la transition énergétique ? Comment les puissances productrices les utilisent-ils pour accroître leur puissance par l’économie ? C’est à ces questions que Guillaume Pitron répond dans son ouvrage La Guerre des métaux rares : la face cachée de la transition énergétique et numérique, publié aux éditions Les Liens qui Libèrent (LLL) en janvier 2018. Journaliste spécialisé dans la géopolitique des matières premières, il collabore par ailleurs régulièrement avec le Monde diplomatique, Géo ou encore National Geographic.

Synthèse de l'ouvrage

Son ouvrage est fondé sur deux piliers : il relève d’abord le paradoxe de la transition énergétique et numérique, loin d’être aussi écologique qu’il n’y paraît. Il met par ailleurs en relief la géopolitique des métaux rares et démontre qu’ils constituent de formidables outils d’accroissement de puissance par l’économie pour les pays producteurs en ciblant certains pays, et notamment la Chine.

 

Que sont les métaux rares ?

Plusieurs types de métaux sont présents sur terre : des métaux « abondants » (fer, cuivre, etc.), et des métaux dits « rares » qui y sont mélangés : Niobium, gallium, tungstène, etc. Les métaux « rares » sont présents partout sur terre, mais dans des concentrations très faibles. Ainsi le sol recèle 1200 fois moins de néodyme et 2650 fois moins de gallium que de fer. Leur production est faible : seules 600 tonnes de Gallium sont produites par an, contre 2 milliards pour le fer. Enfin, ils sont chers : un kilogramme de Gallium coûte 150 dollars, soit 9000 fois plus que le fer.

 

En définitive, même si la concentration de chaque métal rare est variable, l’auteur compare son extraction à celle du sel dans une baguette de pain : « il faudrait traiter une benne pleine de baguette pour extraire trois malheureux verres de sel ». Or ces métaux ont révolutionné les technologies et sont aujourd’hui absolument nécessaires au « progrès ».

 

Transition énergétique ne signifie pas transition écologique

La maîtrise des métaux rares a en effet permis de nombreuses évolutions technologiques pour l’homme au début des années 1980 : technologies de l’information et de la communication, technologies militaires, essor du monde immatériel ou encore miniaturisation. Elle a également favorisé la transition énergétique, en permettant le développement des éoliennes ou des panneaux solaires.

La production de ces métaux entraîne néanmoins un fort coût environnemental : leur faible concentration génère un coût énergétique important lors de leur extraction et un rejet de gaz à effet de serre conséquent ; le raffinage des roches extraites provoque de nombreux rejets toxiques (métaux lourds, etc.), qui génèrent des désastres environnementaux et sanitaires. Ainsi, « un véhicule électrique génère presque autant de carbone qu’un diesel » si l’on prend en compte son coût de production dans son cycle de vie.

En définitive la lutte pour la transition énergétique a entraîné une délocalisation de la pollution, qui la rend invisible pour les populations développées et consommatrices alors qu’elle est une réalité, et les pays producteurs de métaux rares en font les frais.

Dans ce contexte, l’auteur relève une contradiction environnementale de la part de certaines ONG. Il cible notamment l’association Les Amis de la Terre, qui encourage cette transition énergétique, mais dénonce les pollutions générées par les mines et veut en interdire la réouverture en France.

Les solutions passent par des progrès en termes de recyclage de ces métaux, qui est néanmoins presque impossible pour certains d’entre eux tant ils sont présents en petite quantité dans des appareils utilisés quotidiennement. Le coût des matières recyclées n’est par ailleurs pas compétitif face aux matières premières vierges, ce qui empêche les innovations et les travaux de R&D dans ce secteur.

La modification des comportements des populations consommatrices est un autre vecteur qui permettrait d’infléchir cette transition énergétique. Elle est néanmoins trop lente à se mettre en place.

Au-delà de l’aspect environnemental, cet ouvrage démontre également en quoi les pays producteurs de métaux rares peuvent utiliser cette ressource comme un moyen d’accroître leur puissance par l’économie.

 

Un formidable outil d’accroissement de puissance par l’économie

L’exemple de la Chine est en ce sens frappant. Au travers de sa démonstration, l’auteur relate les différentes étapes qui lui ont permis d’accroître son poids dans l’économie grâce à ses métaux. La Chine a d’abord mis en place les conditions pour produire massivement les nombreux métaux présents dans son sol, en sacrifiant son environnement, si bien qu’elle est aujourd’hui un producteur majeur de nombreux métaux rares.

Elle a ensuite créé les conditions pour attirer de nombreuses entreprises de raffinage, puis des usines permettant de les transformer, grâce à la mise en place de normes sociales et/ou environnementales favorables. Elle a ainsi pu rapidement rattraper son retard technologique sur les pays occidentaux et devenir un leader dans de nombreux domaines, civils comme militaires : elle conçoit par exemple des pièces détachées indispensables à la création du F-35, concurrent américain du Rafale. Elle est également un leader de la green Tech puisqu’on estime qu’entre 2020 et 2025, « elle produira 80 à 90 % des batteries de voiture électrique ».

Enfin, usant de sa position dominante, elle peut souffler le chaud et le froid sur le prix de ces matières et leur exportation.

Jusqu’en 2014, leur coût élevé permettait de favoriser les dynamiques pour rouvrir des mines dans le monde afin de produire ces métaux par d’autres moyens, ainsi que les investissements dans le recyclage. Or, l’effondrement de ces coûts a été favorable pour la Chine puisqu’il lui permet de rester dominante en rendant non rentable les nouvelles exploitations, qu’elle pourrait racheter ensuite.

Quant aux exportations, la Chine les réduit progressivement depuis plusieurs années (65 000 tonnes en 2005, 30 000 tonnes en 2010), à la fois pour favoriser sa demande intérieure, sans cesse plus élevée, et accroître son pouvoir économique. 

Ainsi les métaux rares sont un élément clef de l’accroissement de la puissance chinoise par l’économie depuis les années 1980.

 

Analyse avis

Cet ouvrage vulgarise avec brio le sujet technique des métaux rares grâce à une approche à la fois géopolitique et environnementale. Il permet ainsi de comprendre une problématique peu connue du grand public et appelle à une réflexion profonde sur le modèle de développement véhiculé par la transition énergétique, ainsi que sur les rapports de force économique entre puissances.