Influence

Définition

L’ influence est l’art du faire croire, faire savoir et du faire faire. Concrètement, il s’agit de modifier les représentations et les croyances d’autrui. Cela induit un changement des perceptions puis du comportement. C’est un processus mené de manière invisible, indirecte et continue. Aujourd’hui, l’influence est à la fois l’élément déclencheur et la finalité de la stratégie.

Enjeux

Le caractère universel de l’influence étant acquis il s’agit dés lors de la contrôler et l’exercer à dessein mais de manière invisible, graduelle et continue sur l’objet visé. Dans un contexte de guerre économique, le gain stratégique d’un Etat s’acquière aujourd’hui par l’influence et non plus par la contrainte directe. Outil fondamental au service de la puissance, la stratégie d’influence déplace l’échiquier vers le domaine cognitif donnant à celui qui en a l’initiative, la capacité à faire faire sans contrainte ni promesse.
Objet central des politiques publiques l’exercice de l’influence se réfère aussi au monde de l’entreprise : c’est en effet le troisième savoir-faire propre à L’Intelligence Economique qui consiste en des actions de configuration de comportements en jouant notamment sur la gestion des perceptions. Dans ce contexte nous assistons au retour des approches offensives et volontaristes. En amont elle permet de préparer le terrain d’affrontement bien avant l’arrivée des belligérants. En aval elle autorise dans une logique asymétrique, des actions de « guérilla informationnelle » dont le but est l’affaiblissement du concurrent.

Perspectives

Dans un monde en constante évolution, les précarrés ont tendance à disparaître à cause d’une concurrence de plus en plus exacerbée. Les conflits idéologiques qui à l’époque de la guerre froide étaient les principaux remparts aux échanges ont disparu au profit des luttes d’influences culturelles et normatives. Le capitalisme s’est imposé à tous comme référentiel commun. La puissance d’une nation ne peut s’exercer aujourd’hui que par l’adoption par l’ensemble des acteurs de son propre référentiel axé sur sa culture, ses modes de vie et ses normes. Ne pouvant plus l’imposer par la force, il s’agit donc d’influencer et convaincre à grande échelle.
Avoir une politique délibérée d’influence globale, ce n’est pas conquérir le monde mais plutôt d’asseoir son statut de puissance, d’équilibrer durablement les rapports de force existants et surtout de maîtriser les environnements géopolitiques, géoéconomiques, technologiques, normatifs et culturels. Par le biais du « Social Learning », cette stratégie permet ainsi de se laisser toute la latitude nécessaire dans la perspective de développements futurs vus à travers le prisme d’une pure logique marchande. Les opérations d’influence font donc partie de la panoplie des outils de l’intelligence économique au même titre que la veille et la protection du patrimoine informationnel. Savoir tout avant tout le monde, protéger son information et préparer l’environnement ; le tout accompli en fonction d’une vision globale ; telle furent les finalités de la doctrine « Shapping the World » de l’administration Clinton dans les années 90. Par nature l’influence est avant tout un état d’esprit, s’exerce sur un très long terme et est très difficilement quantifiable quant à ses résultats. Elle agit sur les perceptions et l’on ne peut donc en aucun cas la confondre avec le trafic d’influence qui n’est qu’une démarche individuelle résultant d’un intérêt privé et visant à monnayer un quelconque pouvoir. Le trafic d’influence s’apparente à un des nombreux avatars de la corruption. Au contraire la vraie démarche d’influence s’appuie sur des réseaux dont le rôle est de coordonner un grand nombre de moyens soit pour l’obtention de gros contrats, soit pour mettre en place un environnement normatif favorable soit pour diffuser, modifier, améliorer ou défendre son image. A double titre la stratégie d’influence est une démarche f ondamentale pour l’expression de la puissance car elle engendre le cercle vertueux qui permet à l’une d’enrichir l’autre. Par ailleurs, la notion même de puissance prend une toute autre dimension puisqu’il ne s’agit plus maintenant de l’exercer à l’encontre d’autrui mais plutôt de s’en servir pour améliorer son propre environnement et la mettre au service de ses propre systèmes culturels et normatifs. D’aucuns verront là un fort paradoxe puisque puissance et influence, à la fois indissociables pour leur épanouissement mutuel sont aussi le garant de l’autre : chacun jouent ainsi le rôle de pouvoir et de contre-pouvoir. Ce qui conditionnera l’équilibre des deux et aura un aspect bénéfique pour l’humanité, c’est le degré de séduction qui se rapporte à l’exercice de l’influence. Or le processus de séduction est fondé sur un processus complexe de projection de soi et d’identification à l’autre. De nos jours, le besoin sécuritaire n’est plus si fondamental, et la mondialisation des échanges renforce le sentiment d’appartenance à une communauté. Pour être efficace la capacité de séduction et donc d’influence doit passer avant tout par la reconnaissance d’autrui ce qui rapporté à l’échelle d’une nation se révèle être souvent une gageure.