Asymétrie (conflit)

Définition

Un conflit asymétrique traduit un rapport de forces déséquilibrées entre deux ou plusieurs acteurs dont les intentions sont antagonistes. Dans la perspective du faible, le recours aux manœuvres indirectes (ruse, stratagème…) devient une exigence stratégique afin de contrecarrer la puissance du fort. Avec la généralisation des technologies Internet, un nouveau paradigme de l’asymétrie s’est imposé : le faible l’emporte (presque) toujours.

Enjeux

Dans la polémologie classique, celle de Clausewitz, la symétrie exprime le fait que les  infrastructures, les moyens, et les formations des adversaires sont d’ordre comparables. De même, les logiques sont proches et les objectifs sont de même nature. Cependant, un tel cadre n’exclue pas la possibilité de dissymétrie lorsque les moyens et les perceptions du conflit divergent. La finalité dans ces affrontements classiques est la recherche de puissance, et la victoire s’obtient par la destruction des forces adverses. La différence, en termes de rapports sociaux au sens large, entre asymétrie et dissymétrie pourrait être celle entre le moment de la domination (maintien d’une position dominante par la coercition) et celui de l’hégémonie (maintenue par le consensus). Comme l’ont souligné les théoriciens de la RMA (Revolution in Military Affairs) aux Etats-Unis, l’avènement des technologies de l’information et de la communication a profondément modifié le cadre des affrontements qui ne sont plus seulement militaires, et qui ne rentrent plus dans le cadre de la polémologie classique. Les théoriciens américains se sont donc intéressés aux conflits asymétriques, dans lesquels les logiques entre les parties en présence sont fondamentalement différentes. Il peut également y avoir une grande différence sur les moyens. Les objectifs, eux, ne sont plus de même nature. Enfin, le faible cherche à relier ses propres forces au faiblesses de son adversaires afin d’éviter un affrontement frontal qui lui serait défavorable. Ainsi les méthodes employées seront différentes de celles auxquelles l’adversaire s’attend et sont parfois qualifiées de «non conventionnelles».

Perspectives

Les affrontements informationnels sont le type même des conflits asymétriques. Face à de grandes puissances financières et des systèmes d’information sophistiqués, un acteur muni d’un ordinateur et d’une connexion Internet peut causer de lourds dégâts. Le fort aura du mal à identifier les caractéristiques de son adversaire si celui-ci par quelques détours cache sa localisation et son identité. Ceci souligne les nouveaux paradoxes de la stratégie : le faible l’emporte pratiquement toujours car le fort est incapable de mettre en place une réponse appropriée. Au contraire, un mouvement mal maîtrisé (comme chercher à se justifier lorsque l’on est victime d’une opération de déstabilisation) amplifiera les conséquences de l’attaque informationnelle. Le plus souvent, ce sera l’impact psychologique qui sera recherché, mais il est aussi évidemment souvent financier. Par cette redéfinition des conditions des affrontements, la société civile est en mesure de faire entendre ça voix et peut ainsi peser dans les débats desquels elle est souvent exclue d’office. Les organisations non gouvernementales ont bien saisi ce potentiel et l’exploitent pleinement. Des actions ponctuelles et de faible ampleur (comme s’enchaîner à un immeuble), peuvent avoir, par leur médiatisation, des conséquences de grande ampleur sur les processus décisionnels des entités visées. L’enjeu majeur est donc l’appréhension de la complexité de l’engagement. Il est difficile de comprendre la logique de l’adversaire qui va rechercher la victoire par la déstabilisation du système adverse. On peut par ailleurs constater que les technologies en œuvre dans la société de l’information évoluent très rapidement. Parallèlement, la structuration professionnelle des pratiques d’intelligence économique est encore trop lente. Il en résulte une distanciation constante du fort, lent à s’adapter et donc en retard quant à la bonne compréhension de l’état des rapports de force, par le faible qui, lui, garde l’initiative de l’attaque et génère de nouveaux équilibres. La multiplication des conflits asymétriques est par conséquent rendue possible par l’avènement de la société de l’information. Les outils informationnels (ordinateurs, connexions Internet) se sont fortement démocratisée ce qui en fait des armes potentielles utilisables par des acteurs faibles. Le rapport coût/accessibilité/efficacité est extrêmement intéressant et ne sera probablement jamais égalé.