Crise

Définition

«Moment où, en même temps qu’une perturbation, surgissent les incertitudes» (Edgar Morin) La crise peut être définie comme un processus qui menace de désagrégation une organisation ou un univers de références. Provoquée par un évènement majeur, elle constitue la rupture soudaine d’un équilibre considéré comme stable et remet en cause la survie d’un système.

Enjeux

La problématique première de la notion de crise est sa banalisation dans l’espace public. En effet, aujourd’hui, l’emploi du mot s’est généralisé à l’ensemble des secteurs de la société : crises sanitaires, crises politiques, crise de la modernité, crise de la culture, crises médiatiques… Force est de constater qu’à trop invoquer le concept de la crise, ce dernier tend à se vider de son sens. En appelant au développement d’une science des crises, une « crisologie », Edgar Morin [1976] le déplorait déjà : «La crise du concept de crise est le début de la théorie de la crise»

Perspectives

Commentaires étymologiques

Il semble que le mot ait perdu de son essence à mesure que les hommes se le sont appropriés. Ainsi, depuis l’Antiquité grecque, la notion a évolué, recouvrant de plus en plus de domaines. Etymologiquement, la crise est dérivée du terme « Krisis » qui signifiait à la fois l’interprétation des phénomènes de la nature et le choix des victimes à sacrifier dans la culture religieuse grecque. La crise est devenue ensuite un concept juridique, désignant l’action d’examiner, de discriminer, de décider puis de trancher. Puis, la tragédie grecque l’a inscrit dans une dimension temporelle. Dès lors, au théâtre, la crise correspondait au moment de vérité où la situation bascule. Cette matrice temporelle est renforcée par l’acception de la médecine hippocratique qui définit la crise comme une évolution dans l’état du malade. Si la médecine antique associe la crise au processus de guérison/finalité, la pensée médicale du XIXe siècle l’associe à une pathologie/commencement. Ainsi, selon A. Bolzinger [1982] « La crise n'est plus terminale, résolutive et salutaire; elle est inaugurale, elle est purement réactionnelle, […], parfois elle devient même pathogène lorsqu'elle développe des mécanismes excessifs. » Impliquant les causes du passé et les conséquences de l’avenir, la crise passe de la décision à l’indécision. L’ ambiguïté du concept est lumineusement illustrée par la culture chinoise qui représente la crise par un double idéogramme désignant à la fois le danger et l’ opportunité.

Commentaires sur son acception contemporaine

Pour tout acteur tentant de gérer une crise, il est important d’en distinguer les causes. Pour le général Loup Francart (2002), en déstabilisant un système, la crise constitue d’abord « une rupture et agit comme un révélateur de nouvelles réalités » Ce processus est donc à distinguer de la catastrophe puisque la crise peut être considérée de manière subjective alors que la catastrophe désigne le constat objectif d’un bilan lourd. Michel Ogrizek (1997) écrit à ce sujet : « Là où la catastrophe offre à l’imaginaire populaire ‘de la certitude que c’est grave’ selon la terrible loi du tout ou rien, la crise, elle, génère plutôt du doute, de la suspicion quant à la réalité et au devenir du danger. » La crise ne résulte plus uniquement de la réalisation d’une menace extérieure. En effet, les recherches académiques menées en Europe dans les années 1970 et 1980 ont appréhendé la crise comme un produit de la société, exposant le concept de crise sans ennemi.