Trump alimente le nationalisme : opportunités pour la sphère économique mexicaine ?

Le 29 mars 2017
Source Image : Yuri Cortez Agence France-Presse

Chanter l’hymne national, mettre le drapeau mexicain en photo de profil, scander “Viva México”, twitter #TodosSomosMexico, boycotter les produits américains ou bien consommer les produits nationaux (label Hecho en México). C’est ainsi que le Mexique riposte aux attaques de Donald Trump. Un rapport de force très inégal.

Donald Trump n’a pas attendu longtemps après son investiture pour signer un décret lançant le projet de la construction du mur frontalier entre le Mexique et les Etats-Unis. Voilà de quoi entretenir les hostilités entre les deux pays voisins. Un mouvement patriotique au Mexique s’accélère donc face aux attaques perpétuelles de son voisin américain. De nombreux signes de ralliement s’observent à travers le pays comme la solidarité virtuelle. Un filtre sur les réseaux sociaux Facebook et Twitter pour intégrer le drapeau mexicain comme photo de profil devient un signe de ralliement au mouvement national.

Qu’ils soient entrepreneurs, salariés, simples citoyens ou responsables politiques, ils se mobilisent en ligne ou dans la rue, chacun à sa manière afin de défendre leurs positions ainsi que leur souveraineté face aux américains. Coïncidence à ce mouvement national, le 5 février, le Mexique fêtait les 100 ans de sa constitution, une excellente occasion de raviver un nationalisme croissant dans le pays.

 

Les réseaux sociaux premiers leviers d’action

Mais certains mouvements demandent de prêter attention à la récupération politique de l’appel du Président Enrique Pena Nieto de se joindre l’unité nationale, lui qui voit sa popularité au plus bas suite à l'augmentation du prix de l’essence depuis décembre 2016. Le président Mexicain reprenait même le hashtag Todos Somos Mexico diffusé à très grande ampleur sur Twitter durant les derniers jours. D’autres hashtags tel que MiPaisEsMejorPorque (mon pays est meilleur parce que) se sont rapidement répandus sur les réseaux.

Un expert en relations internationales de l'Université nationale autonome de Mexico (UNAM), Damaso Morales explique : « Le Mexique a l'habitude de se montrer nationaliste quand surviennent ce genre d'attaques de l'extérieur ».

Le boycott de produits américains refait également surface avec une campagne qui invite à consommer national. Par toutes ces actions, les mexicains répondent à une déclaration de “guerre” diplomatique , économique et sociale. Mais c’est via une guerre de l’information à travers les réseaux sociaux que le Mexique entend lutter contre les attaques du président américain… mais pas seulement.

 

De l’action à la réaction.

Vibra México s’est aussi joint à l’union nationale en regroupant une vingtaine associations du pays les invitant à manifester leur indignation face aux mesures de Trump de manière pacifique et respectueuse.

Ce mouvement général peut laisser entrevoir de nombreuses opportunités économiques internes en surfant sur le mouvement national pour laisser place à un nationalisme économique.

Au-delà de tous ces mouvements citoyens, certains acteurs prennent les choses en main. Une plateforme de veille nommée « Observa Trump », est apparue le 20 janvier. C’est un outil d’aide à la décision en temps réel suivant les déclarations du président américain. Elle aura donc une vocation à être très utile pour les acteurs économiques mexicains durant la présidence de Donald Trump où toutes ses déclarations devront être analysées comme des opportunités pour l'économie et la société mexicaine.

Quid des autres initiatives ? Le Mexique devrait s’interroger sur le rôle des ONG protégeant les droits de l’Homme. A la frontière de nombreuses maquiladoras, entreprises sous-traitantes de l’industrie américaine, sont symboles de l’exploitation ouvrière. Les mexicains devraient se demander où sont les ONG qui parcourent le monde à la recherche de ces entreprises qui ne respectent pas ces droits, un angle d’attaque non négligeable.

Néanmoins le pays ne doit pas oublier considérer les entreprises américaines comme de potentiels alliés de poids, le risque d’un nationalisme exacerbé.

Le Mexique attend impatiemment que d’autres prennent en main des initiatives d’une plus grande ampleur ne passant pas uniquement par les réseaux sociaux. La sphère entrepreneuriale quant à elle devrait se lancer dans une initiative afin de répondre au “They are not sending their best” de Donald Trump et outrepasser le problème du mur, mais attention à la renégociation de l’ALENA.



Amaury De Bar