Brève

[JdR] - Veille Risques Pays : un enjeu capital pour les entreprises ?

Le 8 novembre 2018 par Jonathan Bourgeois-Paci
©chensiyuan - Rocinha favela in Rio de Janeiro, Brazil. - Wikimedia Commons - CC-by-3.0.

Les sociétés opérant aujourd’hui en zones à risques intègrent de plus en plus l’importance d’établir des veilles sur les évènements politiques, sociaux et économiques se produisant dans ces régions afin de pouvoir adapter leur stratégie d’opération vis-à-vis de certaines circonstances. La formation et la protection de leurs expatriés envoyés dans de tels secteurs jouent également un rôle important quant aux attitudes et réactions à adopter en zone à risques et face à des cultures différentes des leurs.

Il est impératif pour les sociétés ayant des intérêts économiques en zone à risques d’être tenus informé des évènements se produisant sur place en temps réel. Des veilles accrues, Newsletters et Watchers sont donc indispensables à ces entreprises afin d’adapter leur stratégie d’opération face à ces circonstances imprévues. Il est d’une importance majeure que les sociétés intègrent les enjeux capitaux de la veille et de l’accompagnement en zones à risques afin de protéger non seulement leur capital humain mais également leur capital physique.

Afin de comprendre les intérêts de l’intégration de la veille Risque Pays dans les sociétés, Jean-Marc Balencie, Manager Senior - Responsable du pôle "Risque Pays" au sein de la société Risk&Co a bien voulu répondre à quelques-unes de nos questions : 

 

Selon vous, quels sont les enjeux de la veille risques pays pour les sociétés ayant des intérêts dans certaines zones considérées à risques ?

L’enjeux reste d’être en mesure de suivre l’évolution des menaces pesant sur l’activité Business (bon déroulement des contrats, permanence des chaines de production…) dans le pays et la sécurité physique de leur personnel. 

 

De quelle manière ces remontées d’alertes sont-elles des soutiens pour les sociétés clientes de votre entreprise ? 

Notre production est destinée aux directeurs de la sécurité de nos clients qui ont besoins de recevoir de manière la plus précoce possible des signaux – même faibles – et des alertes concernant une dégradation du contexte sécuritaire afin d’anticiper au maximum ces menaces et les réponses à y apporter : prévention, appel à des gardes, escortes, réduction de déplacement, retrait des familles, réduction d’activité (moindre exposition des risques) et dans la pire des configuration : retrait du personnels et arrêt d’activité économique provisoire. 

 

Quelle serait la prestation de veille la plus efficace ? 

La prestation la plus efficace est d’informer le client en temps réel 24 sur 24 et 7 jours sur 7 pour que celui-ci puisse réagir selon des boucles de décision courtes. Avec toujours ce souci d’anticiper et ne pas être surpris. La capacité d’alerter en permanence doit être complétée par des analyses permettant d’éclairer et de dégager des tendances pour les semaines et mois à venir.

Par exemple, depuis 25 ans il y a une veille accrue pour les entreprises françaises ayant des intérêts économiques et des expatriés au Cameroun. Cette veille porte sur l’état de santé du président Biya de la république camerounaise, en cas de décès de celui-ci, suivant le déroulement de sa succession, il y a de fortes possibilités de guerre civile (Clivage latent contre les blancs, force de sécurité dans l’impossibilité d’apporter une protection et la sécurité dans les rues). 

 

La veille risques pays, l’accompagnement en zones à risques et les formations des expatriés sont-ils indissociables ? 

Oui c’est un triptyque très pertinent, un trinôme magique !

 

Est-il important de dissocier la veille risques pays des actions des mouvements terroristes en ayant un rapport ne traitant que du terrorisme ? 

Pour une entreprise il faut avoir un mode opératoire global. Nous faisons toujours bien entendu des Djihad Watcher dû au fait que c’est une menace structurée non étatique implantée à l’échelle mondiale. Mais ce sont des accords-cadres pluriannuels avec nos clients qui font partie de notre offre veille risques pays. 

Il serait en revanche envisageable de développer nos offres sur des secteurs tels que la piraterie maritime. 

 

Aujourd’hui quelles sont les zones dans le monde qui demandent le plus de vigilance et une veille très accrue ? 

Notre zone d’intérêts est le sud émergent, le « sud turbulent ». L’Afrique, du fait de sa proximité avec l’Europe de ses richesses en matières premières et ses richesses humaines (2 milliards en 2050) est de fait une Chine à proximité. 

La vision du monde que l’on a, est figée par rapport à l’histoire il faut que l’on ait la souplesse d’esprit d’imaginer un monde nouveau où l’Europe ne serait plus que marginale, où de nouveaux enjeux risquent d’apparaitre notamment avec le réchauffement climatique. 

 

Formations et accompagnement en zones à risques : 

Venant s’ajouter à la veille risques pays les formations et la protection pour les expatriés ainsi que leurs familles lorsque celles-ci les accompagnent, sont devenues un devoir d’obligation pour les entreprises. L’article L. 4121-1du Code du travail décrit clairement un devoir de sécurité à la charge de l’employeur. En effet, en raison des jurisprudences Karachi, Joloet Abidjan(Évènements tragiques ayant affectés la santé et dans certains cas la mort de certains expatriés) les sociétés ayant des intérêts particuliers en zones nommées « à risques », se doivent d’intégrer des protocoles de vigilance consistant à former les expatriés en amont de leur départ ainsi qu’à leur fournir une protection face à des évènements considérés dangereux sur leur personne ou sur les intérêts des sociétés pour lesquelles ils opèrent. 

La veille risques-pays, les formations pour les expatriés ainsi que l’accompagnement en zone à risques doivent être le trio magique de chaque entreprise ayant des intérêts en zones sensibles. 

 

Jean-Marc Balencie est senior manager au sein du pôle Risques Pays du groupe Risk&Co, après avoir occupé le poste de chargé de mission pour le Secrétariat de la Défense Nationale. Ancien élève de l’IEP d’Aix en Provence et titulaire d’un doctorat en droit et sciences politiques de l’université de Grenoble II Pierre Mendès France, il a également été auditeur de l’IHEDN et du Centre des Hautes Études Sur l’Asie et l’Afrique Moderne.