Brève

Inquiétudes australiennes sur les partenariats universitaires : l'ASPI dénonce les pratiques de la Chine

Le 14 novembre 2018 par Valentin Maricourt

L’Australian Strategic Policy Institute (ASPI), un centre de recherche australien a publié un rapport sur le renseignement technologique mené par l’armée chinoise au travers de ses partenariats avec des universités occidentales. La Chine étant considérée comme un rival stratégique, ce transfert de connaissances pourrait représenter une menace pour la sécurité nationale.

Le 30 octobre 2018, l’Australian Strategic Policy Institute (ASPI) [1] a publié une étude sur la méthode d’acquisition de connaissances de l’Armée populaire de libération (APL - armée chinoise) grâce à des partenariats universitaires au sein de pays développés, notamment en Australie. Selon le principe du « Picking flowers in foreign lands to make honey in China », la Chine s’appuie sur l’expertise étrangère pour développer ses compétences nationales, en particulier dans le domaine de l’armement.

Depuis 2007, le gouvernement chinois envoie des militaires, sous couverture de chercheurs, étudier à l’étranger pour mener des recherches sur des secteurs technologiques clés, tels que la cryptologie, la technologie de navigation, la physique quantique ou encore les missiles hypersoniques. Ils subissent une sélection rigoureuse pour éviter les potentiels retournements, à l’image du Colonel Xu Junping en 2001. Ils sont par ailleurs souvent proches du Parti Communiste Chinois, et engagés par des institutions fictives, comme la Xi’an Research Institute of High Technology. Les principaux pays visés par la Chine sont les Five Eyes [2], l’Allemagne et Singapour. Le rapport précise également que la France semble être moins touchée que d’autres pays par ce phénomène.

Alors que Cambera s’inquiète de la puissance croissante de son partenaire asiatique, notamment dans le domaine des infrastructures stratégiques, l’ASPI s’interroge sur les risques à long terme pour un pays tel que l’Australie. En effet, les fonds et les publications scientifiques ne peuvent compenser le risque de renforcer les capacités militaires ou commerciales d’un rival stratégique régional, qui menace la sécurité et la souveraineté du pays ou de ses partenaires. Face à cette crainte, l’ASPI propose une meilleure collaboration entre le gouvernement et les universités afin de déterminer les domaines relevant de la sécurité nationale [3]. Elle préconise par ailleurs de renforcer le contrôle des investissements étrangers vers l’éducation et de revoir la législation sur le contrôle des exportations, pour pallier les failles actuelles et éviter les transferts, non plus de connaissance, mais de technologie (le Défense Trade Controls Act est d’ailleurs en révision).

Présente aujourd'hui sur tous les fronts, la Chine, comme d'autres acteurs, n’hésite pas à s’approprier des technologies et connaissances étrangères pour rattraper son retard. Dans ce contexte, les universités abritant des centres de recherche sensibles doivent être attentives au recrutement de leur personnel et à leurs partenariats.

 

Valentin Maricourt

 

[1] L’ASPI est un centre de recherche australien fondé en 2001, se déclarant indépendant et non-partisan. Il se concentre sur les questions de défense et sécurité nationale ainsi que sur les politiques stratégiques.

[2] Ou « Groupe des Cinq », cette alliance remontant à la Seconde Guerre mondiale organise la coopération du renseignement électromagnétique entre les États-Unis, le Canada, le Royaume-Uni, la Nouvelle-Zélande et l’Australie.

[3] Et qui ne peuvent inclure des ressortissants étrangers, en particulier des militaires. Le chef du renseignement australien avait par ailleurs sonné l’alarme au sujet des universités en mai dernier.