Brève

Thales fournira quatre satellites espions à la Corée

Le 6 décembre 2018 par Timoléon de Viviés et Thomas Lancrenon

La branche spatiale de l’entreprise française, Thales Alenia Space, a remporté un appel d’offres sud-coréen pour la livraison de quatre satellites d’observation.

Deux contrats importants viennent d’être signés par l’industrie de l’armement française. Comme le rapporte le Figaro, la filiale spatiale de Thales, Thales Alenia Space, détenue à 67% par l’entreprise française et à 33% par l’entreprise italienne Leonardo, a passé un accord avec le ministère de la Défense sud-coréen pour le « Projet 425 », consistant à mettre en orbite quatre satellites d’observation ultra-modernes. Déployés d’ici 2023, ces « satellites espions » visent à rendre les forces armées coréennes autonomes en termes de renseignement.

Pesant 700 à 800 kg, les appareils seront placés en orbite à 700 km de la Terre. Le choix des Coréens est encourageant pour Thales Alenia Space, qui va pour la première fois déployer sa nouvelle génération de satellites d’observation optique et radar, pensés dans le cadre du programme EOS 2020. Réputés plus agiles et plus précis que les précédents, ces nouveaux satellites intègrent différentes technologies de pointe. Les engins du « Projet 425 », disposeront en effet d’une résolution de haute qualité qui permettra d’augmenter l’exploitabilité des données récoltées. La technologie gyroscopique de contrôle permettra à l’appareil d’adapter son inclinaison dans l’espace, et ainsi de garantir la précision et la netteté de l’image.

Transferts de technologies

Les termes exacts du contrat n’ont pas été rendus publics mais l’entreprise franco-italienne a annoncé que des transferts de technologies seront effectués. « Une coopération technique et certains savoir-faire requis pour développer des satellites radar à synthèse d’ouverture (SAR) seront transférés progressivement aux compagnies coréennes avec une implication maximale de leur part dans la production du quatrième satellite de la constellation, leur permettant ainsi de croître de manière significative dans le domaine de la conception et du développement des systèmes d’observation de la Terre », a ainsi affirmé Thales dans un communiqué du 5 décembre. Thales Alenia Space œuvrera au sein d’un conglomérat formé avec Hanwha System Corporation et la Korean Aerospace Industries avec qui les deux contrats ont été passés ce mercredi.

Comme le rappelle l’entreprise française,  « cette constellation sera utilisée par les autorités sud-coréennes pour des applications de surveillance, d’intelligence et de contrôle des zones d’intérêt spécifiques ». Considérant les craintes toujours présentes entre Séoul et Pyongyang malgré le délicat processus de rapprochement politique, la Zone Démilitarisée séparant les deux frères ennemis depuis 1953 devrait constituer l’une de ces zones d’intérêt. La suspicion du Nord s’est accrue avec la défection d’un soldat passé au Sud le 1er décembre.

Thales Alenia Space avait déjà exporté son savoir-faire en Corée en 2016, avec la signature d’un contrat avec l’Agence Spatiale Coréenne (KARI) pour un système de navigation satellite. Ce précédent contrat concernait les Korean Augmentation Satellite System (KASS).

La signature de ces deux contrats est un signal fort envoyé par Thales Alenia Space à ses concurrents internationaux, dans un marché relativement limité. En effet, toujours selon le Figaro, le marché des gros satellites gouvernementaux est estimé à a peine une dizaine d’engins d’ici 2021-2022, tandis que celui des satellites d’observation pour des fins commerciales ne devrait pas dépasser la centaine.