Brève

Le secteur des semi-conducteurs : un terrain de guerre économique sino-américain

Le 18 novembre 2019 par Emeline Strentz

Le 29 octobre 2019, la Chine a officialisé la mise en place d’un fonds d’investissement public-privé alimenté par l’État chinois et des entreprises publiques. 26,1 milliards d’euros ont été investis dans l’industrie des semi-conducteurs, les matériaux conducteurs d’électricité et isolants utilisés notamment pour la téléphonie. Ainsi, l’industrie chinoise pourra se détacher des fournisseurs américains.

Le conflit commercial entre les deux puissances ne montre aucun signe d’apaisement et tendrait même à s’intensifier au travers de certains secteurs stratégiques. Celui des semi-conducteurs se démarque particulièrement, étant aussi stratégique pour les États-Unis que pour la Chine.

En 2012, deux entreprises chinoises (ZTE et Huawei) ont été accusées d’espionnage industriel par les américains, mais aussi par plusieurs pays européens. Cette affaire avait mis en lumière la grande dépendance des chinois envers les fournisseurs américains pour l’obtention de nombreux composants informatiques, dont les semi-conducteurs. Cette menace d’espionnage industriel demeure d’actualité. En 2017 l’administration Obama renforçait les contrôles sur les investissements chinois dans ce domaine afin de conserver la main haute sur les technologies stratégiques. Mais cette décision n’a pas freiné les ambitions chinoises. Un an après, l’Empire du Milieu est accusé d’avoir infiltré les entreprises américaines avec des puces électroniques. Sous la direction de la nouvelle administration Trump, les américains ont fait le choix d’adopter une posture offensive. Début 2019, des sanctions économiques ont été mises en place à l’encontre de plusieurs entreprises chinoises et notamment contre Huawei, accusées d’être une menace pour la sécurité nationale américaine.

Pour autant, cette décision prise par le président Trump n’a pas eu l’effet escompté. Les mesures de rétorsion ne sont pas considérées comme des obstacles, mais plutôt comme un défi à relever et ont permis au pouvoir chinois de pousser les entreprises du pays à développer des technologies alternatives. Après l’annonce récente de Huawei sur son système d’exploitation « made in China » c’est au tour de l’État chinois de démentir les prédictions et de proposer une réelle stratégie de développement technologique. Ce nouveau fonds d’investissement, hautement financé par les capitaux publics, démontre que Pékin a les ressources et la volonté nécessaires pour mener le projet à bien. 

Alors que la Chine fait là le choix de se positionner sur un marché qui devrait atteindre 524 milliards de dollars en 2023, il est certain que les entreprises américaines seront impactées par l’arrivée de ces nouveaux acteurs, comme alertaient déjà les dirigeants de Google lors de la mise en place des premières sanctions. Quoi qu’il en soit, la Chine, en développant sa propre industrie de semi-conducteurs, adopte une véritable stratégie. Elle gagne en liberté de manoeuvre pour le développement de ses équipements 5G et surtout renforce son indépendance technologique. 

La question de savoir si l’Empire du Milieu sera à même de développer une technologie compétitive capable de briser l’hégémonie américaine sur le secteur demeure. Selon plusieurs experts, cela reste un défi qui demande des efforts importants, même pour la Chine.


                                                                                                                                                                Emeline Strentz