Brève

Revers d’envergure pour les compagnies high-tech américaines en Chine

Le 27 décembre 2019 par Christophe Moulin
Crédits photo : © Sapphire/Getty Images

Pour la première fois depuis le début des hostilités commerciales entre la Chine et les Etats-Unis, le gouvernement chinois a ordonné aux institutions gouvernementales et aux institutions publiques d’abandonner l’usage d’équipements électroniques américains. Cette directive a pour double objectif de favoriser l’usage de technologies locales ainsi que de réduire la dépendance chinoise vis-à-vis des équipementiers américains.

D’après les informations du Financial Times, la directive chinoise émanant du bureau central du Parti Communiste chinois vise à remplacer les quelques 30 millions d’équipements fabriqués aux Etats-Unis d’ici 2022. S’organisant en plusieurs phases, ce remplacement devrait concerner 30% de ces équipements durant l’année 2020, 50% de plus en 2021 et les 20% restants en 2022, d’où le nom de référence « 3-5-2 » donnée à la directive en question.

Si cet objectif de remplacement était déjà fixé par la loi chinoise sur la cybersécurité, promulguée en 2017, le contexte commercial houleux entre les deux premières puissances mondiales a accéléré ce processus. L’interdiction des ventes de Huawei sur le sol américain par décret présidentiel le 15 mai 2019, dans un contexte de joute informationnelle sur les divers risques liés à l’usage de technologies chinoises, a contribué à focaliser les enjeux de la guerre commerciale sur le développement des champions technologiques et des infrastructures numériques afférentes des deux puissances antagonistes.  

La pression exercée sur les acteurs industriels numériques chinois, à l’instar de Huawei, ZTE, Megvii ou encore Sugon, par les autorités américaines, fait craindre un ralentissement supplémentaire de la croissance économique du pays. Cette dernière est maintenant portée par la stratégie du « Made in China 2025 » sur le plan interne et par la Belt and Road Initiative sur le plan externe. Du côté américain, l’impact direct de cette directive pourrait s’avérer lourd : le chiffre d’affaire cumulé des entreprises technologiques américaines sur le marché chinois s’élevant à environ 150 milliards de dollars par an, bien que la majorité provienne du secteur privé.

La rapidité d’exécution de cette directive semble pourtant bien ambitieuse. Visant aussi bien les logiciels que les équipements américains, elle oblige ainsi le secteur public chinois à trouver des alternatives aux systèmes d’exploitation, tels Windows ou MacOS, utilisés jusqu’alors. Si des alternatives comme KylinOS existent, l’écosystème de développement domestique pour ces logiciels reste à ce jour bien plus restreint que ceux dont jouissent leurs concurrents. Enfin, l’existence d’un flou juridique concernant ce qui doit être fabriqué en Chine pour pouvoir être utilisé par le domaine public ajoute une couche d’incertitude : quid des éléments internes aux systèmes, tels les micro-processeurs ou les disques durs ? 

Christophe Moulin

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