Brève

Jack Ma sacrifié sur l'autel des ambitions chinoises

Le 4 janvier 2021 par Paco Martin

Le dirigeant d’Alibaba, Jack Ma, s’est heurté au Parti communiste chinois (PCC) via l’arrêt de l’introduction en bourse d’Ant Financial, jugé trop monopolistique. Le groupe est poursuivi par les régulateurs chinois à la suite de pratiques, qui selon Pékin, empêchent l’innovation et entre en contradiction directe avec les ambitions numériques chinoises.

À la suite de la suspension historique de l’introduction en bourse d’Ant Financial le 3 novembre 2020 et de l’amende symbolique de 500 000 yuans infligée par les régulateurs antitrust le 14 décembre 2020, Alibaba est renvoyé vers ses activités d'origine. Le vice-gouverneur de la Banque populaire de Chine (PBOC), Pan Gongsheng presse le géant de la fintech à revenir au paiement en ligne, de remédier aux pratiques monopolistiques des plateformes comme Alipay et de s’atteler à corriger les « irrégularités » dans ses activités d’assurance, de gestion du patrimoine et de crédit, tout en respectant la réglementation en vigueur. Ces exigences sont formulées au nom de la Banque populaire de Chine, de la commission chinoise de réglementation des banques, des assurances et de la réglementation des valeurs mobilières et de l'administration d’État des changes.

L’attitude provocatrice de Jack Ma en octobre dernier, les actions anti monopolistiques d’Alibaba qui freine l’innovation, et enfin, la mainmise partielle d’Ant Group sur l’économie numérique chinoise ont été les éléments déclencheurs de l’ire de Xi Jinping. La trappe à innovation qui résulte de la position dominante du groupe est l’élément qui inquiète le plus les autorités chinoises. En effet, depuis le plan décennal de 2015, « made in china 2025 », Pékin a pour objectif de devenir une superpuissance du numérique et de favoriser la dématérialisation de l’économie chinoise, ralentit par le groupe de Jack Ma. Par exemple, depuis 2015 les fonctionnaires des villes de Shenzhen, Suzhou et Chengdu reçoivent la moitié de leur salaire en e-RMB, substitut virtuel du yuan. Le projet de transformer une partie de la masse monétaire chinoise en monnaie numérique est l’un des objectifs de Pékin ainsi déjà 80 brevets ont été déposés par la PBOC. Toutefois, cette digitalisation de l’économie appelée de ses vœux par le PCC ne pourra se faire qu’à ses conditions.

La numérisation de l’économie chinoise, appuyée sur des banques dopées par les millions d’épargnants chinois et des géants soumis de la Fintech, donne l’opportunité à la Chine de voir le yuan numérique s’imposer de plus en plus face au dollar dans les systèmes de paiements internationaux.

 

Paco Martin

 

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