Brève

Vivendi - Lagardère : une OPA amicale ?

Le 19 avril 2022 par Léa Hourcade

En lançant son OPA sur Lagardère, Vivendi (appartenant au groupe Bolloré), va non seulement s’établir en situation de quasi monopole dans le monde de l’édition, mais aussi concentrer entre ses mains de nombreux médias.

Ce jeudi 14 avril, les hostilités ont été déclenchées. Les actionnaires auront la possibilité de vendre leurs actions du groupe Lagardère, pour la somme de 25,50€. La période d’OPA dure un peu moins d’un mois, jusqu’au 20 mai. Au-delà de cette date, les actionnaires pourront céder leurs parts pour 24,10€, et ce jusqu’au 15 décembre 2023.

Par cette action, le groupe Bolloré (déjà propriétaire de Canal+, Cnews, et autres nombreuses chaînes de télévision, de Gameloft, un éditeur de jeux vidéos, de Dailymotion et de la maison d’édition Editis) deviendrait propriétaire de la maison d’édition Hachette (qui a généré plus de 2,6 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2021), aujourd'hui détenue par Lagardère. Il deviendrait également l’heureux acquéreur d’une radio (Europe 1), et de journaux, (le JDD et Paris Match).

Vivendi, déjà actionnaire à 45% du groupe Lagardère, a promis à Arnaud Lagardère de le garder en poste jusqu’en 2027, ce qui a conduit monsieur Lagardère à qualifier l’OPA “d’amicale”. Toutefois, nul doute que d’autres pourraient avoir un avis différent : certaines voix de la profession considèrent cette action comme dangereuse en matière de qualité de l’information. Selon leur tribune, que des médias se retrouvent entre les mains d’un club très restreint de milliardaires, cela peut poser problème en termes d’indépendance de la presse.

Par ailleurs, lors d’une audition au Sénat sur la création d’un “tel empire”, monsieur Bolloré s’est justifié ainsi : “Les groupes de médias et de culture sont les plus rentables du monde après le luxe. Ce ne sont pas pour des raisons politiques ou idéologiques que je m’y suis intéressé mais pour des raisons économiques”. Qu’un homme d’affaires veuille se concentrer sur l’économie, c’est tout à son honneur, que les élus français n’aient pas réalisé que la fusion Editis-Hachette place le groupe en situation de domination dans le milieu de l’édition, ni qu’ils ne réagissent sur l’indépendance de la presse, interpelle. 

 

Léa Hourcade

 

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