Brève

Un nouveau piratage dans la crypto : 190 millions de dollars partis en fumée

Le 17 août 2022 par Luc de Petiville

Le 1er août dernier, le secteur financier a assisté stupéfait au piratage de “bridge” Nomad de crypto-monnaies. Ce protocole “bridge”, créé pour inter-opérer entre plusieurs blockchains et ainsi faciliter les transactions entre crypto-monnaies, a été dépouillé de la totalité de ses fonds, soit l’équivalent de 190 millions de dollars. Constituant des cibles de choix, les crypto-monnaies ne sont-elles pas tout simplement devenues l’Eldorado des voleurs ?

Alors que le marché constate une démocratisation exponentielle des crypto-monnaies, largement soutenue par la recherche du “gain facile”, l’actualité financière fait figure de témoin face aux nombreux scandales d’arnaques ou de piratages des blockchains. 1 milliard de dollars ont été dérobés rien qu’en 2022 sur des bridges. En effet, prévus pour opérer des transactions entre des crypto sécurisées, les bridges peuvent se présenter comme une faille dans les systèmes, constituant une cible de choix. Pourtant, cela n’arrête pas les investisseurs, bien au contraire. Chacun ressent le besoin d’investir afin de ne pas rester à la marge des opérations financières du futur, phénomène n’excluant pas les banques centrales. En juillet 2021, la BCE annonçait le lancement de la phase d’investigation de sa monnaie numérique, dont l’objectif est qu’elle voit le jour à horizon 2024. De même, le petit État du Salvador spécule sur le futur de la crypto-monnaie Bitcoin, l’élevant au titre de monnaie officielle. Force est de constater que les crypto-monnaies épouseront un développement exponentiel dans les prochaines années. Le temps où nous serons munis de cartes crypto, suppléant les cartes bancaires, n’est peut-être pas si éloigné. 

Selon le ministère de l’Économie et des Finances français, “les crypto-monnaies représentent des actifs virtuels stockés sur un support électronique permettant à une communauté d’utilisateurs les acceptant en paiement de recourir à des transactions sans avoir recours à des monnaies légales.” Essentiellement soutenus par des acteurs privés, les crypto-monnaies ont pour intérêt réel de ne pas dépendre de la régulation d’un État, faisant fi de facto du droit régalien fondamental des États de frapper monnaie et d’en contrôler son usage. Mais là encore, tout est une question de point de vue. L’interrogation est donc la suivante : de quels droits des investisseurs disposent-ils pour poursuivre des pirates ? Et d’ailleurs, auprès de qui s’adresser dans de telles circonstances ? Nous nageons bien en l’occurrence dans un flou juridique en matière de répression. Dans un cas comme celui du bridge Nomad, il était parvenu à lever 22 millions de dollars en avril dernier, assurant précisément d’innover avec un protocole de sécurité d’avantage porté sur la protection contre les piratages. Bien que les protocoles de sécurité ne cessent de s’améliorer, la fulgurance avec laquelle les fonds peuvent s’envoler, par l’action d’un pirate entre-autres, rend la crypto-monnaie sujette à une perpétuelle insécurité, et interroge. Les banques centrales espèrent là se constituer une niche, par le développement de solutions de “confiance”, dans l’intention de combler le besoin naturel de perspectives des utilisateurs.

Autrement dit, l’évincement des États du système monétaire chamboule les rapports de force. Cela offre la perspective à certain de se montrer plus agressif, notamment l’Iran, qui mise sur les crypto pour défier la puissance américaine, par le contournement des sanctions économiques dont il fait l’objet. Selon la déclaration d’Alireza Peyman-Pak, chef de l’Organisation de la Promotion du Commerce Iranien, l’Iran aurait dernièrement investi 10 millions de dollars sur des portefeuilles crypto. Il laisse entrevoir de futurs investissements d’ici septembre 2022.

Comme pour chaque actif boursier, il faut s’attendre régulièrement au “crash” des capitalisations crypto, suggérant d’importantes pertes financières qui ne manquent jamais de défrayer la chronique. Philosophiquement, cela ne revient-il pas à rompre avec le principe le plus essentiel de la monnaie, à savoir sa stabilité ? Attrayant par sa nature fortement volatile, un acteur tel que Elon Musk n’a pas manqué de faire parler de sa personne dans ce domaine-là. Armé de Twitter, il est accusé, à tort ou à raison, d’avoir généré une perte sèche de 86 milliards de dollars depuis 2019 à la crypto-monnaie DOGE, pour laquelle il s’affiche tant fervent. Toujours est-il qu’une instabilité notoire est à blâmer, sur laquelle jouent bon nombre d’investisseurs, voire d’influenceurs. En réalité, pourrait-on se demander si les crypto-monnaies n’exercent pas une fascination, principalement pour la spéculation dont on peut tirer les fruits comme pour une valeur boursière lambda, plutôt que pour sa nature de monnaie à part entière ? 

 

Luc de Petiville

 

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