Brève

Supercalculateur : un atout pour augmenter les perspectives de recherche en Europe

Le 21 novembre 2022 par Mathéo Quenault

Le groupe français Atos, seul constructeur européen de supercalculateur, a achevé Léonardo, le deuxième plus puissant d’Europe, en Italie. Cette technologie est essentielle pour répondre aux besoins en calcul complexe de la recherche, de l’industrie et dans une autre mesure de la défense.

Le 14 novembre 2022, Atos a officialisé la mise à disposition du supercalculateur de 250 pétaflops Leonardo. Avec cette puissance de calcul, il devient le deuxième supercalculateur européen le plus puissant et le quatrième au niveau mondial. Pour l’instant, Atos est le seul représentant européen du secteur, et concurrence directement le géant Américain Hewlett Packard (HP) et le Chinois Lenovo.

Cette commande du consortium interuniversitaire Cineca vient répondre à un besoin croissant en calcul pour résoudre des problèmes complexes de la part de plusieurs acteurs: des laboratoires pharmaceutiques, des services météorologiques, de la recherche en intelligence artificielle, de la visualisation de données, de simulation etc. Le directeur de l’innovation de GENCI, Stéphane Requena, définit les supercalculateurs comme “un assemblage très dense de serveurs empilés les uns sur les autres et fédérés par un réseau très rapide. Il permet de traiter des problèmes inaccessibles pour un PC de bureau, en parallélisant les calculs, c’est-à-dire en donnant à chaque serveur un petit bout d’un problème à traiter”. La recherche en génétique par exemple génère une quantité trop importante de données pour qu’un ordinateur classique soit en mesure de les traiter. 

Pour la prévision climatique, des supercalculateurs permettraient de multiplier la précision par vingt. Ils rendraient possible l’élaboration de nouveaux algorithmes pour l’intelligence artificielle. 

Pour la conception de matériaux ainsi que pour le dosage de médicaments, l’usage d’un supercalculateur peut réduire le nombre de tests nécessaires. On peut facilement estimer l’avantage de disposer d’une telle machine dans des situations de crise sanitaire mondiale comme celle du Covid-19 qu’on vient de vivre, où la recherche de vaccin était devenue une compétition mondiale entre les plus grandes industries de recherches. Des chercheurs ou des ingénieurs peuvent également s’en servir pour simuler certains phénomènes naturels comme des séismes. Concrètement, les supercalculateurs permettent d'élargir le champ des possibles tout en réduisant le coût et la durée des étapes de recherche, de développement, et de conception, à une époque ou la course à la technologie et à l’innovation de pointe, sont une priorité pour conserver une place stratégique dans les affaires mondiales.

 

Une souveraineté qui reste cependant assez relative

Lors de son annonce, le groupe Atos a indiqué « soutenir la mission impérieuse de souveraineté de l'Union européenne, dans le cadre de la lutte contre les situations d'urgence médicale et environnementale ». Côté national, la France dispose de deux supercalculateurs dans le Top 20 mondial, le premier (à la 11ème place mondiale) se trouve au Centre Informatique National de l'Enseignement Supérieur et le deuxième au CEA. Avec Atos, la France apparaît comme l’un des rares pays pouvant se prévaloir d’une souveraineté dans ce domaine.

Mais cette souveraineté mérite tout de même d’être nuancée. En regardant plus attentivement les composants hardware utilisés par Atos pour construire Léonardo, on trouve des processeurs de l’Américain Intel ou encore des unités de traitement graphique (GPU) de Nvidia qui sont des éléments importants de la structure. Dans ce cadre, il paraît difficile d’employer le terme de “souveraineté”. Ces composants peuvent soulever plusieurs interrogations. Premièrement sur la capacité qu’Atos a sur la maintenance de l’ensemble de la structure. Deuxièmement, on peut se demander si l’usage de hardware américain soumet les supercalculateurs à l’extraterritorialité américaine.

Pour l’heure, au vu de tous les éléments cités plus haut, on comprend bien que la capacité à concevoir des supercalculateurs est de plus en plus un facteur de puissance. En attendant l’avènement des ordinateurs quantiques, continuer à développer ce secteur avec des ordinateurs classiques apparaît plus important que jamais.

 

Mathéo Quenault

 

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