Brève

Extension de H2Med à l’Allemagne : quel avenir pour l’hydrogène en France ?

Le 25 janvier 2023 par Simon Renard
Le pipeline H2Med courra sous la Méditerranée pour acheminer de l’hydrogène « vert » depuis la péninsule ibérique vers l’Europe du Nord via la France

Ce dimanche 22 janvier, à l’occasion du 60ème anniversaire du traité de réconciliation entre Berlin et Paris, Emmanuel Macron a annoncé l’extension du projet d’hydrogénoduc franco-hispano-portugais à l’Allemagne.

Porté par les gestionnaires de transport gazier français GRTgaz et Teréga, le portugais REN et l’espagnol Enegás, le pipeline H2Med remplacera le projet transpyrénéen MidCat. Il courra sous la Méditerranée pour acheminer de l’hydrogène « vert » – produit à partir d’énergies renouvelables (ENR) – depuis la péninsule ibérique vers l’Europe du Nord via la France. Initialement prévu sur l’axe Barcelone-Marseille, le projet devrait être opérationnel pour 2030 et « avoisinerait les 2.5 milliards d’euros », estime le chef du gouvernement espagnol Pedro Sanchez. 

Cette extension entérine la dimension résolument paneuropéenne du projet, mue tant par l’urgence climatique que par la nécessité pour l’Europe de se doter d’une véritable autonomie stratégique. Ainsi l’Allemagne, qui cherche à amoindrir sa dépendance énergétique à l’égard du gaz russe, « sera partenaire de cette stratégie d'infrastructures en matière d'hydrogène », a déclaré Emmanuel Macron. 

Salué – et subventionné au titre de « projet d’intérêt commun » – par la Commission Européenne, H2Med s’inscrit par ailleurs dans le « Plan 2030 ». Le plan de relance annoncé par Emmanuel Macron en octobre dernier et doté pour l’heure de 9 milliards d’euros vise à décarboner l’industrie et la mobilité française. Le chef de l’État, qui n’a pas dissimulé son ambition de faire de la France le leader européen de l'hydrogène, n’exclut d’ailleurs pas le transport d’hydrogène jaune – produit à partir d’énergie nucléaire – via le pipeline européen. Si l’ajout du nucléaire à la taxonomie verte bruxelloise est une avancée normative prodigieuse pour la France sur la scène énergétique européenne, Emmanuel Macron devra toutefois résoudre cette délicate question avec nos partenaires européens.

Cette question n’est que la première d’une litanie d’objections et de réserves énoncées vis-à-vis de l’ambitieuse entreprise paneuropéenne. Comme le relate l’analyse de Novethic de décembre dernier, se pose l’épineuse question de l’impact sur la biodiversité, mais aussi de la pertinence même du projet compte tenu de l’imprédictibilité de la demande en énergie décarbonée. 

 

Comme l’explique Phuc-Vinh Nguyen, chercheur sur les politiques françaises et européennes de l'énergie au sein de l'Institut Jacques Delors, « Aujourd'hui [sa pertinence] n'est pas démontrée et le projet pose plus de questions qu'il n'apporte de réponses. Il y a d'une part les risques liés au transport d'hydrogène, qui constitue qui plus est un véritable défi technique. D'autre part, je me demande s'il est bien raisonnable de transformer de l'électricité renouvelable en hydrogène dans un contexte d'électrification massive des usages pour sortir des énergies fossiles. »

Une partie de la communauté d’experts insiste en effet sur le développement d’interconnexions électriques plutôt que gazières et sur l’implantation de terminaux d’électrolyse sur les lieux de production. À la différence d’un hydrogénoduc, un tel dispositif n’aurait pas de répercussions sur les écosystèmes et l’environnement. Enfin, certains soulignent l’imprédictibilité de la demande du marché européen.

Malgré un timide 0,6 % de la consommation énergétique de l’industrie française en 2021, on dénombre désormais plus de 250 projets de développement de la filière dans le sillage de l’annonce du plan « France 2030 ». Une étude de France Hydrogène révèle que la consommation d’hydrogène bas-carbone pourrait dépasser un million de tonnes par an d’ici la mise en service du pipeline, dont plus 80 % serait destiné à l’industrie.

 

Le développement de la filière se fera nécessairement de pair avec une réindustrialisation massive du territoire. L’autonomie stratégique française s’entend donc comme un prolongement d’une vision souveraine de tout ou partie de son économie.

 

Simon Renard

 

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