Analyse

Le rapport de force du Metaverse des GAFAM contre le Web 3.0

Le 31 mars 2022 par Joë Larue

Les GAFAM sont constamment utilisés, que ce soit dans un contexte personnel avec Apple, Facebook, YouTube, ou pour des activités professionnelles comme Amazon web service, Microsoft Azure et Google cloud. Malgré le confort d’utilisation, l'utilisation des données personnelles et l'apparition d’une dépendance à leurs produits, qui pourrait être accentuée par la mise en place du Metaverse, posent des problèmes. En face, le web 3.0 entend s’affirmer comme une alternative possible et un contrepoids à l’hégémonie qu’incarnent les GAFAM : il permet en effet aux activités en ligne de sortir du périmètre des géants du numérique, en s’émancipant de leurs propriétés numériques (plateformes en ligne) et physiques (datacenters).

L’hégémonie problématique des GAFAM

Cela fait des années que les géants américains ont accès aux données de leurs utilisateurs et ont chacun mené des campagnes pour les rassurer. La campagne qui a le plus fait parler d’elle est probablement celle d’Apple avec le slogan "Ce qui se passe sur votre iPhone reste sur votre iPhone". Cependant, encore aujourd’hui, l’or numérique que constituent ces données personnelles n’est toujours pas sous contrôle, même si certaines entreprises prêchent le contraire. Assez récemment, Alexandra Elbakyan, fondatrice du site Sci-Hub, a vu ses données issues de son compte Google et Apple être partagées avec le FBI

En plus d’une sécurité partielle, ces géants tracent les profils sur internet. La plupart des activités des utilisateurs se font par l’intermédiaire de leurs propres plateformes. Google, YouTube, Facebook, Instagram, sont les sites les plus visités au monde. Et lorsqu'on souhaite évoluer sur le web ailleurs que sur la propriété numérique des GAFAM, leurs propriétés physiques (les datacenters) enregistrent malgré tout les données. La majorité des sites internet est hébergée chez AWS, Google Cloud et Microsoft Azure. Les GAFAM sont donc en mesure d’accéder à ces dernières sans même devoir les subtiliser depuis l’historique de navigation ; en effet, la moindre action effectuée en ligne génère des datas directement sur leurs serveurs.

Le web n’a pas toujours fonctionné ainsi, le web 3.0 se dessine alors pour contourner cette hégémonie. Ce dernier propose un service comparable à l’hébergement Cloud des GAFAM, tout en respectant la vie privée des utilisateurs. 

 

Le Web 3.0 comme alternative crédible à l’hégémonie des GAFAM ?

Historiquement, le web a évolué à travers le temps, commençant par le web 1, pour arriver aujourd’hui au stade du web 3. Le web 1.0 était considéré comme statique, c'est-à-dire constitué uniquement de sites/pages qui ne permettaient pas à l’utilisateur d’interagir, mais uniquement de les consulter.

Le web 2.0 a commencé à mettre en place des sites/pages plus dynamiques, l’utilisateur avait plus de liberté, pouvait poster des vidéos, laisser des commentaires, et ainsi ajouter du contenu sur les sites internet. L’utilisateur commençait alors à devenir lui-même un acteur pour les sites internet. Cette nouvelle itération du web devait faire face à un défi : la scalabilité. Lorsque le contenu hébergé sur un site web augmente, il faut augmenter la capacité de stockage ainsi que la puissance du serveur. Cette tâche pénible pour les développeurs a pu être gérée automatiquement par les services cloud, et ce à des prix ultra concurrentiels. Aujourd’hui, le choix par défaut consiste à héberger son site web sur un cloud.

Le Web 3.0 est une nouvelle itération du web dans laquelle la blockchain prend une part importante. Parmi les nouveautés possibles, on y retrouve les NFT et la cryptomonnaie. Cependant la véritable essence du web 3.0 est de permettre de construire un web sur lequel les interactions des utilisateurs peuvent être anonymes. Comment cela peut-il renverser la place des géants du Web ? Tout simplement parce qu’il est possible de créer un cloud qui ne recourt pas à leurs datacenters, avec un service tout aussi facile à utiliser pour le développeur. Cela fonctionne grâce à des utilisateurs volontaires qui mettent à disposition une partie de la puissance de leur PC personnel, l'ensemble formant ainsi une masse de calcul comparable à ce que peut proposer un géant du numérique. Les données personnelles sont encryptées et éparpillées sur l’ensemble des machines et seul leur propriétaire peut les décrypter puis les lire. Le web 3.0 porte donc en lui la promesse de contourner les infrastructures numériques et physiques des GAFAM.

 

La riposte des GAFAM : le métaverse

Le métaverse est une innovation qui s’adresse à l’utilisateur final. Si aujourd’hui Google redirige vers des sites web 2D, demain il redirigera vers des sites en 3D où les interactions seront bien plus permissives que ce qu'offrent une souris et un clavier. Pour réellement comprendre la différence entre le web d’avant et le métaverse, on peut prendre un exemple tout simple. Actuellement, lorsqu’un utilisateur se connecte à un site web, il utilise un curseur de souris qui va évoluer de page en page. Demain avec le métaverse, ce ne sera plus un curseur mais bien un avatar entier, avec son apparence et son inventaire, qui évoluera sous pseudonymat dans des mondes 3D. Le pari de Mark Zuckerberg avec le métaverse n’est pas de vendre un monde génial qui plaira à tous, mais de vendre une plateforme de création qui permettra à tous de créer son univers sans coder. Pour s’en rendre compte, il suffit de voir la vidéo où Meta présente son système de création de monde par la voix ainsi que son intention de recruter massivement des ingénieurs

La notion de métaverse ne s’oppose pas à celle de web 3.0. C’est-à-dire qu’il est possible de créer un monde 3D, hébergé grâce aux technologies blockchain plutôt que par des datacenters qui posent des questions quant au respect de la vie privée. Néanmoins, en terme de charge de travail et de faisabilité, utiliser les solutions du métaverse des GAFAM apparaîtra probablement plus pratique et bien moins coûteuse que celles du Web 3.0.

 

Joë Larue pour le club DATA de l’AEGE 

 

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