Brève

Latécoère : entre risque de rachat qui se précise et volonté d’expansion

Le 13 novembre 2019 par Charles de Bisschop

Alors que Latécoère vient d’entamer des tractations pour racheter la branche câblage du canadien Bombardier Aviation, l'entreprise française se retrouve sous la menace d'une OPA hostile dirigée par le groupe américain Searchlight. L'État français entend contrer l'attaque en usant du mécanisme de protection relatif aux investissements étrangers (IEF) et mise sur Tikehau Capital.

Latécoère ne cesse de faire parler d’elle ces temps-ci. En effet, comme nous le disions le 1er novembre dernier, d’un côté l’entreprise ferait face à l’assaut des États-Unis, et de l’autre, elle souhaiterait racheter l’activité cablâge (Electrical Wiring Interconnection System, ou EWIS) du canadien Bombardier apprend-t-on lundi. 

Cette acquisition amènerait de nouvelles compétences à haute valeur ajoutée pour Latécoère. En effet, l’activité EWIS concerne l’ensemble des fils et câbles électriques qui peuvent composer les aéronefs. Cette dernière joue donc un grand rôle dans la gestion du maintien de la navigabilité des avions et sert la politique de l’entreprise visant à se renforcer en Amérique du Nord. Une autre acquisition de ce genre avait déjà eu lieu l’été dernier auprès de l’entreprise Aircraft Cabin Systems, principalement pour ses activités liées aux écrans situés sur les sièges des passagers

 

La tentative de rachat par un fond d'investissement américain a été confirmée hier lorsque l'auteur de l'OPA dont est victime Latécoère a été identifié comme étant le groupe américain Searchlight. L’information à une dimension hautement stratégique pour l’État français, qui tend, après de lourds traumatismes, à essayer de protéger ses fleurons industriels.

La méthode est décrite dans la procédure IEF – le contrôle des investissements étrangers en France. Cette procédure, que la France a portée et défendue au sein du Conseil européen, amenant le règlement sur le filtrage des investissements directs étrangers dans l'Union européenne du 10 avril 2019, vise à soumettre à des autorisations préalables « certaines relations financières entre la France et l’étranger ».

La direction générale du Trésor, du ministère de l’Économie français, précise que ces dernière « sont libres ». Mais le législateur a décidé d’y apposer certaines exceptions. Cela touche les entreprises évoluant dans les secteurs de la défense nationale, où les intérêts essentiels du pays sont concernés ou lorsque cela est susceptibles de porter atteinte à l'ordre public.

Rentrent dans le dispositif IEF depuis le 1er janvier 2019 les entreprises opérant dans les secteurs de l’aérospatial et de la protection civile, ou qui mènent des activités de recherche et de développement en matière de cybersécurité, d’intelligence artificielle, de robotique, de fabrication additive, de semi-conducteurs, ainsi que les hébergeurs de certaines données sensibles. Ce dispositif a réellement été porté par la France qui l’a intégré dans son cadre réglementaire avant même que le règlement européen concordant ne soit adopté, offrant une protection accrue aux intérêts nationaux du pays. S'il estime qu'il y a un risque au sens du cadre législatif relevant des IEF, le gouvernement peut cantonner l'authorisation à des conditions qu'il fixera.

Dans le cas Latécoère, Searchlight y est entré au capital il y a quelque mois à hauteur 26% et a annoncé sa volonté de croitre le 29 juin dernier. Pouvant dépasser le seuil des 33,33% prévu dans la définition d'un IEF, la société d'investissement américaine doit trouver un partenaire français agréé par l'État et s’y associer. Les critères étant fixés par Bercy, l’entreprise agréée par ce dernier doit disposer d’au moins 10% du capital et des droits de vote et avoir un siège au conseil d’administration. Le ministère de l’Économie a invité Searchlight à se rapprocher de Tikehau Capital, déjà présent dans l’entreprise, pour endosser ce rôle.

Charles de Bisschop
avec
Luc Sawaya