Brève

Fusions-acquisitions stratégiques : quand les acteurs de la sûreté française contre-attaquent face à la concurrence anglo-saxonne

Le 10 janvier 2020 par Paul-Louis BENE
© Couverture de la revue du CDSE « Sécurité et Stratégie », n°25, Mars 2017

Récemment devenus acteurs incontournables du continuum sûreté-sécurité défendu par le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner, les entreprises françaises de sécurité et de services de défense privés (ESSD) se réorganisent pour endiguer la concurrence anglo-saxonne en proposant une offre de services étendus.

Le 19 novembre 2019, l’entreprise Anticip, spécialiste des marchés afghans et irakiens en matière d’ingénierie de la sûreté (ensemble des moyens humains mis en œuvre contre la prévention des actes malveillants à l’égard des biens et des personnes), rachète son concurrent Risk & Co. pour la somme de 20 millions d’euros. Paralysée par son haut taux d’endettement, Risk & Co. était jusqu’alors sous contrôle de son créancier, LGT European Capital. Cette fusion-acquisition, en attente depuis plus d’un an, représente une étape majeure dans le processus de restructuration mouvementée que connaît le marché français de la sûreté depuis quelques années.

Développées sur leurs fonds propres, à l’inverse de leurs concurrents britanniques et américains qui bénéficient du soutien financier du milieu des banques et des assurances, les ESSD françaises ont rapidement pris conscience de la nécessité de faire front commun en mutualisant leurs ressources et compétences afin de conserver leur clientèle et leur capacité à capter de nouveaux marchés. Cette dernière, notamment constituée par certaines entreprises françaises du CAC40 comme Dassault et Thalès, possède des intérêts stratégiques sur certaines zones géographiques requérant le support de ces ESSD, à l’instar de l’Afrique de l’Ouest et du Moyen-Orient. Afin de pérenniser leurs activités, les acteurs de la sûreté visent donc à concentrer leurs activités en formant des partenariats de plus grande ampleur. 

En juin 2015, le groupe français Seris, animé par la volonté d’élargir son champ d’action ainsi que ses compétences, entre au capital d’Amarante International en rachetant cette dernière. Cette acquisition offre à Seris l’expertise et les contacts d’Amarante au Moyen-Orient. 

Au mois de novembre 2018, c’est au tour de Geos, véritable référence dans le milieu de la protection privée des biens et des personnes, de passer sous l’égide de l’ADIT, figure de proue en matière de consultance en stratégie d’intelligence économique. Ce rachat permet ainsi à l’ADIT de s’implanter sur le marché de la sécurité en zone à risques. Au-delà de l’aspect de diversification de ses activités, il s’agit d’une véritable montée en puissance de l’entreprise à l’échelle européenne, celle-ci déclarant un chiffre d’affaires de plus de 73 millions d’euros et près de 500 employés à son actif en 2018.  

Enfin, le cas d’Erys Group(15 millions d’euros de chiffre d’affaire en 2019, fondée par un ancien de Geos) soulève de nombreuses interrogations. Cette dernière serait selon les Échos en discussion avec plusieurs de ses concurrents internationaux en vue d’une éventuelle fusion. Pour l’heure, les négociations semblent toutefois en suspens. 

Concurrente d’entités françaises comme Gallice Group (aujourd’hui délocalisée en Irlande), Anticip semble avoir suivie une orientation similaire en rachetant Risk & Co en novembre 2019 mais également en se rapprochant du CEIS, spécialisé dans le conseil en intelligence stratégique, pour diversifier son offre de services.

Si cette mouvance de fusion-acquisitions est une tendance qui se généralise depuis peu sur les marchés français et européen de la sûreté, elle n’est en rien novatrice. Les ESSD américaines ont subi une évolution similaire à partir de 2008  : « aux Etats-Unis, dans un moment de grand flottement du marché, les rachats successifs de Triple Canopy (2010), de Academi (2014), Olive Group (2015) et AMK9 (2017) par le groupe Constellis donne naissance en une dizaine d’années, à un nouveau géant des services de sécurité » souligne Georges-Henri MARTIN-BRICET, directeur du développement de l’Ecole supérieure de la sûreté des entreprises (ESSE).

En comparaison, les ESSD françaises restent encore de modestes PME par rapport aux multinationales britanniques (Control Risks, G4S PLC), américaines et canadiennes. Mais la tendance est à la croissance. Le tournant que marque le Brexit et les incertitudes qu’il génère sur les marchés pourraient permettre aux entreprises françaises de prendre les devants sur certains fronts stratégiques traditionnellement contrôlés par des entités britanniques, pour peu que l’opportunité soit saisie.

« Il manquait un acteur français capable d’affronter ces géants, l’ADIT est en train de le devenir. L’idéal serait d’atteindre de 120 à 150 millions d’euros de chiffre d’affaires pour peser à l’international. » selon Alain Juillet. S’il reste encore du chemin à parcourir avant qu’un équilibre en faveur des entreprises françaises de sûreté et de sécurité soit atteint, la contre-attaque initiée par ces dernières à l’égard de la concurrence anglo-saxonne semble progressivement prendre corps. 

 

Paul-Louis BENE

&

T.H

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