Brève

Les fonds d’investissement, levier d’intelligence économique pour les pouvoirs publics

Le 26 février 2020 par Jean-Baptiste Loriers

Le fonds Lac d’Argent recueille 1 milliard d’euros auprès d’Abou Dhabi. Mandatée en 2019 par le Ministre de l’Économie, BPI rendait public il y a quelques semaines LAC I, un fonds d’investissement comme nouvel outil de protection des secteurs stratégiques de la France.

« La vocation de ce fonds est de garantir un actionnariat stable et de long terme pour les plus grandes entreprises françaises cotées » rappelait Bruno Le Maire en saluant le geste politique et la preuve de confiance de la finance du Golfe envers l’économie française. L’investissement provient du fonds souverain Mubadala, une société d'investissement appartenant à l’émirat d'Abou Dhabi qui vise à diversifier les actifs économiques de la région. 

La guerre économique pousse les États à intensifier leurs contrôles sur l’innovation, les secteurs stratégiques, mais aussi sur la composition actionnariale des leaders nationaux. La législation et le cadre légal sont alors des armes de plus en plus souvent utilisées. Mais il en est une qui reste encore trop peu connue, la notion de Capital Patient, qui s’inscrit aujourd’hui parfaitement dans la politique économique de Bercy et les orientations de Bpifrance (BPI).

En marge du FIC 2020 Nicolas Dufourcq, directeur de la BPI, annonçait la création d’un « Lac d’Argent » afin – entre autres – de « protéger des fleurons français alors que les fonds activistes font une percée en Europe. ». Ce fonds, LAC I, piloté par la banque publique est en concordance avec le souhait de M. Le Maire de faire émerger un nouveau véhicule d’investissement venant en soutien de l’économie française et permettant d’orienter vers l’économie réelle l’épargne des ménages. On constate ici l’apparition d’un des piliers d’une politique publique d’intelligence économique par l’utilisation des capitaux patients. 

Notion anglo-saxonne souvent utilisée pour parler d’investissement dans les causes humanitaires et caritatives, elle apporte également une réponse à ce besoin d’orientation économique, de protection et de création de valeur réelle que réclament nos économies. Se définissant comme un modèle d'investissement basé sur le temps long et l’accompagnement au développement économique elle permet de concentrer l’attention d’une masse financière à la réalisation d’un but économique en faisant fi de la spéculation.

Théorisée en Angleterre c’est également en territoire hors UE qu’elle s’institutionnalise, tout comme les Nudges auxquels ses fondements portés sur la gestion des masses peuvent faire penser. En effet les deux théories, l’une économique, l’autre comportementale, visent à orienter le comportement des masses – quelles qu’elles soient – « pour leur bien », vers plus de rationalité et sans contrainte. 

Jean-Baptiste Loriers