Brève

L’autonomie stratégique, nouveau fer de lance de la recherche européenne

Le 27 avril 2021 par Thibault Menut

En voulant exclure le Royaume-Uni, Israël et la Suisse de ses programmes de recherche sur le quantique et le spatial, la Commission européenne souhaite promouvoir « l’autonomie stratégique européenne » au cœur de ses actions. Une décision révélatrice d’un changement de paradigme en cours au sein des instances bruxelloises, mais qui pourrait marquer un retrait définitif des 27 Etats-Membres de la course au quantique, dominée par les Etats-Unis et la Chine.

Selon Politico, la Commission européenne souhaite réduire le nombre des États investis dans le programme-cadre Horizon Europe. Destiné à la recherche et l’innovation pour la période  2021-2027, celui-ci dispose d’un budget de 95,5 milliards d’euros sur la période concernée, un montant 30% supérieur à son prédécesseur, Horizon 2020 qui couvrait la période 2014-2020. 

Cette volonté n’est pas nouvelle puisqu’en mars 2021, des diplomates européens ont déclaré que Thierry Breton, Commissaire européen chargé au marché intérieur, menait une campagne de lobbying auprès des Etats-membres destinée à exclure ces pays des programmes de recherche liés à l’informatique quantique. Dès lors, il ne resterait que la Norvège, l’Islande et le Liechtenstein comme pays non-membres de l’Union à participer dans ce projet.

Cette stratégie ne fait pas que des heureux. L’Autriche et le Danemark critiquent ouvertement cette position européenne, ce qui aboutit à un report d’une réunion prévue par la Commission Européenne le 19 avril 2021 au sujet d’Horizon Europe. Ces derniers mettent en avant que ces pays sont en avance technologiquement et qu’il est nécessaire de les intégrer à ce programme. Conscients de la nécessité de défendre les intérêts stratégiques européens, ils proposent de trouver un compromis, à savoir que les entités non-européennes ne soient exclues qu’au cas par cas et sur la base de justifications stratégiques spécifiques. Un constat partagé par la communauté scientifique, qui estime que ces pays mis en avant donnent plus qu’ils ne reçoivent dans le cadre de la recherche, notamment dans l’informatique quantique. Ils craignent également une fuite des cerveaux, attirés par des moyens plus conséquents mis à disposition à l’étranger.

L’Europe est pour l’instant à la traîne sur le sujet, bien loin des Etats-Unis, actuels leaders, qui viennent d’augmenter leur budget dédié de 30% pour l’année 2021, et la Chine qui reste en embuscade avec un léger retard. Une situation qui laisse l’Europe à l’écart, elle qui ne dispose pas d’entreprises leaders telles que IBM, Microsoft, Google ou encore Baidu.

Au-delà des débats sur les conséquences d’un rejet de ces pays du programme Horizon Europe, une prise de conscience des enjeux liés à l’autonomie stratégique s’effectue à Bruxelles, même s’il n’est pas appliqué à l’ensemble des secteurs, en témoigne l’inclusion de géants du numériques américains et chinois dans le projet Gaia-X. Il s’agit maintenant pour l’Europe de choisir les secteurs dans lesquels appliquer cette nouvelle politique à son avantage, sans exacerber son retard dans certaines industries d’avenir.

 

Thibault Menut

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