Analyse

USA-Chine : accusations d’espionnage économique sur le sol américain

Le 3 novembre 2022 par Sixtine de Faletans, Simon Renard et Charlotte Moineau

Le 24 octobre 2022, treize agents de renseignement à la solde de la République Populaire de Chine ont été inculpés pour espionnage par le département de la justice américaine. Plusieurs affaires sont mentionnées, qui font écho à d’anciennes accusations et rappellent la stratégie d’influence globale dans laquelle s’inscrit l’Empire du Milieu. Si Xi Jinping jubile, Biden ne serait-il pas tenté de répliquer ? Retour sur les intentions des meilleurs ennemis de la planète.

Lundi 24 octobre 2022, une conférence de presse est organisée par le procureur général des États-Unis et le directeur du FBI. Objet : l’annonce d’inculpation de treize ressortissants chinois accusés d'espionnage dans trois affaires mêlant pressions, tentative d’obstruction d’une enquête fédérale et tentative de corruption. Dans l’une de ces missions, quatre espions chinois auraient entre autres conduit une longue opération de recrutement dans le New Jersey entre 2008 et 2018, afin de tenter de corrompre des professeurs d’université américains ayant accès à des informations restreintes et stratégiques pour Pékin. Sous couvert d’un centre universitaire créé pour l’occasion (l’Institute of International Studies), les agents chinois auraient notamment entrepris de soudoyer un ancien agent fédéral américain en lui offrant de gracieux voyages en Chine contre des renseignements technologiques et un appui de taille pour contrer des manifestations antichinoises.

Cette affaire n’est qu’une énième occurrence d’une stratégie décennale et caractérisée de la part de Pékin. Déjà en 2014, le Department of Justice (DOJ) mettait en accusation l’Unité 61398 de l’Armée populaire de libération dans le cadre d’une affaire de cyber-espionnage économique. C’était alors la première fois que les États-Unis désignaient des entreprises comme premières bénéficiaires de l’action étatique chinoise. 

À mesure que la Chine quitte son rôle d’atelier du monde pour incarner un contrepoids au modèle américain, on assiste à une évolution des techniques chinoises d’influence et d’espionnage économique. En 2018, Xu Yanjun, un responsable dans la province du Jiangsu du bureau du renseignement étranger, est accusé de tentative d'espionnage économique. Il aurait tenté d’obtenir des informations sur General Electric Aviation et Safran, en faisant venir des experts et cadres en Chine sous couvert d’organisation de conférences universitaires. Arrêté en Belgique et extradé, il sera finalement condamné en 2021 aux États-Unis.

Haut fonctionnaire reconnu pour ses contributions sur les opérations de renseignement chinois, Nicholas Eftimiades alertait dès le début des années 2000 sur le risque de développement des opérations menées par Pékin. En 2018, il présente son étude de 274 affaires documentées d’espionnage chinois à travers le monde. Au-delà de l’explosion du nombre de tentatives, il en tire trois enseignements majeurs. D’abord, la Chine opère à travers un réseau composé d’agences gouvernementales, de son armée, d’entreprises publiques et privées, d’individus et d’universités ; ce maillage interconnecté garantit la redoutable efficacité des manœuvres chinoises. D’autre part, il constate que la moitié des efforts chinois se tournent vers les technologies militaires et spatiales américaines, tandis qu’un quart des opérations ciblent des intérêts commerciaux. Enfin, il estime faibles les chances que la Chine diminue ses initiatives, dans la mesure où elles permettent de stimuler son économie, de développer sa Recherche et Développement (R&D) et de projeter sa puissance militaire. 

Les inculpations du 24 octobre interviennent dans un contexte de vives tensions entre la Chine et les États-Unis, mais surtout au lendemain de la reconduction de Xi Jinping dans ses fonctions de président pour un troisième mandat

Simple coïncidence ou coup de semonce ? Ces arrestations pourraient être au cœur d’une opération d’influence bien plus grande - menée par les États-Unis - dans l’objectif de faire passer un message à Xi Jinping et réaffirmer leur puissance au Parti Communiste Chinois et ses ambitions pour les années à venir. Alors que la guerre d’influence que se livrent les deux puissances mondiales imprègne de plus en plus la scène internationale, les velléités expansionnistes chinoises ne cessent de croître. Entre ruse et corruption, l’heure est à la promotion « discrète » des intérêts de l’Empire du Milieu hors de ses frontières. Pour cela, tous les moyens sont bons : captation de ressources intellectuelles et technologiques, obstruction à la justice américaine… Les services de renseignement chinois mènent une lutte acharnée pour continuer à s’imposer de manière arbitraire sur l’échiquier mondial.

De fait, ces arrestations mettent en exergue le rôle du contre-espionnage américain afin de lutter contre les ingérences étrangères sur leur sol. « Les actions annoncées aujourd’hui ont lieu sur fond d’activités malveillantes du gouvernement de la République populaire de Chine, qui incluent espionnage, tentatives de perturbation de notre système judiciaire, harcèlement d’individus et efforts en cours pour voler des technologies américaines sensibles », a déclaré l’adjointe au procureur général américain, Lisa Monaco, lors de la conférence de presse du 24 octobre 2022.

Si les actions de Pékin pour dérober de la technologie américaine ne sont plus à prouver, il faut cependant se garder de sous-estimer les enjeux des États-Unis d’organiser une telle arrestation au lendemain du renouvellement du mandat de Xi Jinping.

 

Sixtine de Faletans, Simon Renard et Charlotte Moineau

 

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