Brève

Les Etats-Unis adoubent la Méditerranée orientale comme nouveau débouché énergétique de l'Europe de l'Est et du Moyen-Orient

Le 21 décembre 2020 par Pierre-Guive Yazdani

Le soft power américain continue d'étendre son influence via une politique de sécurisation de ses alliés après la signature des accords d’Abraham entre Israël et les Emirats Arabes Unis en août 2020. Désormais Washington s'active pour lancer la réalisation du projet de pipeline EastMed qui permettra de réduire la dépendance de l’Europe au gaz russe mais également préparer l’alternative au détroit d’Ormuz.

Le secrétaire à l’énergie américain, Dan Brouillette, a réaffirmé le 17 décembre le soutien des États-Unis au projet de pipeline EastMed. Également parrainée par l’Oncle Sam, l’organisation internationale Three Seas Initiative, qui regroupe en majorité d’anciens pays du bloc de l’Est et ambitionne de développer les infrastructures énergétiques et des transports de la région, a salué l’implication de Washington. Le pipeline, prévu pour 2025, reliera la Grèce, Chypre et Israël. Tout en concrétisant l’alliance naissante entre ces trois pays, la réaffirmation du soutien américain devrait encourager l’Union européenne à réduire sa dépendance au gaz russe et arrive au même moment que l’annonce de la reprise de la construction de Nord Stream 2. Washington offre donc une porte de sortie à ses alliés européens afin que ces derniers puissent l’appuyer face à Moscou sans risque de mettre à mal la sécurité de leur approvisionnement énergétique. Dans le même esprit, le pipeline trans-adriatique (TAP) a d'ores et déjà commencé ses opérations commerciales depuis novembre dernier. 

Par ailleurs, le secrétaire américain à l’énergie s’est également rendu à Abu Dhabi et a annoncé la volonté des États-Unis d’encourager l’acheminement d’hydrocarbures en provenance du Moyen-Orient via des pipelines plutôt que par tankers. Washington souhaite ainsi résoudre le problème sécuritaire posé par le détroit d’Ormuz, qui a récemment vu l’attaque incendiaire d’un pétrolier. Le pivot de cette politique de diversification des moyens d’acheminement du pétrole du Golfe vers le marché européen semble être les Émirats Arabes Unis. En effet, le pays vient de rejoindre l’East Mediterranean Gas Forum comme membre observateur, ce qui laisse penser qu'il serait à la recherche de nouveaux débouchés pour ses hydrocarbures après avoir menacé de quitter l'OPEP en novembre. Jennifer Granholm, la prochaine secrétaire à l’énergie, issue des mêmes milieux d’affaires que Dan Brouillette et proche du lobby pro-israëlien à Washington, ne devrait probablement pas remettre en cause cette politique.

Cependant, le projet de pipeline EastMed soulève d’une part des questions de rentabilité financière et d’autre part de faisabilité notamment au regard des tensions en Méditerranée orientale entre la Turquie et ses voisins. En effet, sa rentabilité serait inférieure à Nord Stream 2 du fait de son prix (6 à 7 milliards d’euros) pour un débit d'environ 10 milliards de m3 alors qu’en comparaison le projet Nord Stream 2 devrait acheminer 55 milliards de m3 pour un montant de 9,5 milliards d’euros. Ensuite, Ankara souhaite sécuriser l’accès à certains gisements qui se trouvent dans les eaux territoriales chypriotes et grecques. La construction de ce pipeline en Méditerranée orientale devrait exacerber les tensions dans la mesure où la Turquie considère que ces gisements lui appartiennent. En outre, elle pourrait être soutenue par la Russie et les rivaux d’Israël, l’Iran en tête. 

Si le renouvellement du soutien de ce projet est une bonne nouvelle pour la sécurité de l’approvisionnement en gaz de l’Union, il pourrait aussi être un facteur de tensions en Méditerranée orientale, prête à s’embraser. En effet, la Grèce a d’ores et déjà décidé de se renforcer militairement via l’achat de 18 avions Rafale avant la fin de l’année.

 

Pierre-Guive Yazdani

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